CHRISTINE NILSSON
Je lis dans Les Niebelungen : Voici venir Brunehilt. Elle est armée comme si elle voulait combattre pour la terre d'un roi. Elle porte sur son vêtement de soie de nombreuses lames d'or. Sa brillante fraîcheur éclate à ravir sous cet appareil. Et plus loin :
Voilà qu'on apporte à la vierge une pique lourde et grande, large, énorme, forte, invincible, et dont le tranchant coupait terriblement. C'était celle don
elle se servait toujours. L'œil de Christine Nilsson, tantôt vert, tantôt d'un bleu limpide et parfois à reflets d'or, a la froide et cruelle beauté des soleils aveuglants et transis sur le Falberg toujours couronné de neige et de glace, et il ressemble aussi à ce gouffre du Maelstrom à propos duquel Edgar Poë nous parle de l'étrange et ravissante sensation de nouveauté qui confond le spectateur. Chose étrange ! de loin vague et fuyante apparition, Nuit couronnée d'étoiles, cette svelte figure du Nord, quand on la voit de près, montre des traits taillés largement, comme dans les statues primitives; les joues et le menton sont solides et rassurants comme la Force; les roses y brillent sur une neige frappée d'argent, et les immenses boucles blondes à la lumière grise et rose qui, par derrière, tombent jusqu'à la ceinture, semblent être la crinière vivante et farouche d'un casque invisible posé sur la jeune tête souriante.
ALFRED DEHODENCQ
Il semble que les chauds soleils de l'Andalousie, que les ciels brûlants de l'Afrique aient laissé leurs flammes dans l'œil éclatant, fixe et dominateur de ce grand peintre, où Ton voit passer l'ombre des pensées dont son front déborde. La bouche, désabusée et navrée, par moments retrouve un sourire d'une fraîcheur et d'une jeunesse adorables.
Quand Dehodencq partit pour l'Espagne, sa chevelure brune, épaisse,
presque courte et d'un jet si rebelle, donnait à son visage césarien une sauvagerie charmante; les souffrances, les travaux, qui ont dénudé son front, n'ont pu ôter à ses traits le grand caractère que leur conservent encore une pâleur mate, un menton d'une fière ligne romaine et le regard de feu. On se demande quel nuage obstiné voile ce masque fiévreux, éloquent, mobile et d'une vie si intense; mais quelle tristesse ne doit pas séjourner dans l'âme d'un artiste merveilleux, qui, après avoir peint là-bas tant de chefs-d'œuvre pour les princes d'Orléans, n'a pu retrouver au retour son rang et sa place, même après les plaidoyers passionnés qu'a, dix fois de suite, écrits à sa louange le maître glorieux, le juge impeccable, Théophile Gautier !