MADAME LEROY (URBAIN
Je voudrais indiquer d'un trait net et résolu une des figures qui se sont imposées à l'attention pendant que se déroulait la Tragédie étonnante et sinistre qui a suivi l'horrible poëme de la guerre, et celle-ci ne me semble pas manquer des conditions particulières de beauté qui doivent tenter le regard curieux de l'artiste. Madame Leroy est une blonde énergique, c'est-à-dire qu'elle se rapporte à l'un des types les plus compliqués et les plus inattendus de la race humaine. Son visage attire par une remarquable expression de
force calme». Le front. est large, presque carré; l'œil est brun avec une pupille très-dilatée; le sourcil suit l'arcade sourcilière et protège cet œil intrépide. Le nez un peu large à sa naissance, s'en* fonce entre les deux yeux pour ressortir, je dirais violemment, s'il n'avait l'esprit de s arrondir, comme un nez de caractère ferme, mais pas méchant.
La bouche, bien arquée et belle, est très-sérieuse, car la lèvre supérieure* par un plan qui s'ombre nettement, domine un peu la lèvre inférieure. Le menton arrêté affecte pourtant de la rondeur et une certaine bonhomie; mais les pommettes saillantes et les joues larges de Madame Leroy viennent montrer que cette femme, fidèle à son dessein, est dévorée de toutes les soifs et armée de toutes les volontés. Aussi devait-elle jouer un rôle pendant le moment, affreux comme tout un siècle, où l'Histoire a ressemblé à une horloge dont le grand ressort est cassé, et qui court vers rien du tout avec une rapidité vertigineuse!