‹ Les campagnes de 1799. Souvarow en ItalieChapitre 34 sur 112 · Voie romaine de Milan à Vcrane · texte numérisé non relu

Voie romaine de Milan à Vcrane

•JJ^-^i-

DE VAFRIO A TURIN 483

M*^"" Visconli, un vieillard d'illustre famille, avait bien voulu être, trois ans plus tôt, le collaborateur du général Bonaparte. Il avait promis à cette époque de ne plus servir TAutriche ; il avait prêché alors aux insurgés de Pavie les bienfaits que leur pouvait procurer l'occupation française. Mais, depuis. Quantum mutatiis ab illo! Le métropolitain avait oublié ses engagements.

Paré d'habits sacerdotaux, accompagné de ses vicaires et secrétaires vertus de blanc, suivi des nobles, gens heureux d'échapper au joug républicain et de centaines de curieux, dont les calèches encombraient la route, il se prosterna devant le maréchal et le compara, dans ses éloges, à Tarchange qui vient de terrasser le démon. Et, pour avoir rétabli les autels renversés par des mains sacrilèges, il lui promettait le ciel, comme la juste récom^ pense due à ses travaux, à son dévouement envers l'Eglise. Enfin, il s'engageait à publier, pour célébrer son arrivée, une lettre pastorale*.

1. Extraits de la Lettre pastorale : «Combien fut grande notre joie, dans les jours écoulés, pendant lesquels nous fûmes spectateurs des témoignages publics de votre zèle pour la sainte Religion de Jésus-Christ, pour l honneur des temples sacrés et des ministres de Tautel, pour la vénération des saints et des images pieuses et des applaudissements faits à l'entrée des troupes triomphantes de Sa Majesté 1. R. A. François 11.

< Oui, très chers Fils, vous avez réjoui notre cœur, et nous disons, après avoir admiré les secrets desseins de la Providence : — Ce bon peuple aime Dieu; il aime aussi son prince. Nous voici donc, ^âce au Seigneur, par qui régnent les Rois et commandent les Prmces, ramenés heureusement sous le très doux gouvernement de l'excellent monarque qui, à bras ouverts, s'oflre à tous comme un très tendre et très aimable père. Et nous savons bien que Dieu a placé une image de sa grandeur dans les Rois, leur créemt le devoir d'imiter aa bonté par un paternel empire sur une vaste famille réunie sous les ordres de notre commun Père céleste...

« ... Soyez tous fidèles à Dieu et soumis au Roi et à celui qu'il

Chargé de b*'riédictions, acclamé parla noblesse, le fier orthodoxe, après avoir fait, au galop, le trajet de Crescenjeago à Milan, put entrer, à quatre heures du soir, dans la grande cité. On le logea au palais du comte Belgiojoso^

M. de MVdas, log^^ au palais Castiglione, avec le comte Coscatelli nommt^ gouverneur de la ville, re*;ut Tordre d'or^^aniser une nouvelle police et une nouvelle garde nationale. H vit que les Russes saccageaient le bâtiment de la légation française pendant que la populace, criant vengeance, brisait les fenêtres des palais Serbelloni et Bovara,à lagrande joiedu parti impérialiste -, Ainsi finissait la première Réiuihlique risalpine.

donnera pour gouverneur. Ainsi, vous accomplirez votre jKHiheur. Pour ih>niier ensuite tint' (>reuve de votre obéissance si feromïuauilalile et pour accomptir les prières que vous devez faire pour le âouvcmin, mnourcK Iûuh au temple de vos curés. Vos recteurs chFinteronl un Te Deum solennul pour l'heureux retour des nrmres autrichiennes dani^ cet Elat.., » [Minola DinriOy manuscrit, voL Xtll, p. {i:L HibL AinhroiBiane/;'

î. MiliutiiL écrit: palais Cnsti^flione. C'est une erreur de sa part, car j'ai nu v^irtiier^ à Milan. A noter aussi ce fait très curieux : « Parmi les ronctionnalren de rarin^e était un nommé Fuchs qui, d^jà ii^è^ avait ruvétu un hahit rlmmarré de broderies et marchait au milieu de rêiat-major Le peuule de Milan crut voir en lui Souvarow et eria sur son passade : kttmva Suvorof/ ! Evviva Vimperaiovt Paukiff* Fuchs salua h droite, à gauche. On ne prit point garde au véritahle Souvarow, qui eut le bon esprit de ne s'en -oint fâcher. Au eontraire* il eompïimenta le fonctionnaire d'avoir ien joué son rdlpde^énéraliât<itne. {Hécits d'un vieux soldai^ par Starkoff, t. !, p. 127.)

â. Hostiîi, minii=ilre de la République risalpine, écrit àSerbelloni : << Chamberi, ïe 10 prrvirial an VIL — Dés leur entrée à Milan, les liasses $e sont i'iiii>re»si^>< de mettre les scellés sur les portes des aneiennesâ admlniiitralion». La soi-diiâant noblesse est revenue tout a coup h r^es blasons, k sf?s rjofs, à ses croix. On a jeté plusieurs patriotes daus les prisons, panni lesquels il y a quelques repré- M*nt(Uils du j^euple» Lc> prêtres font le diable et surtout TarchevOque. qui a publU'' une pastornb^ ^rnndaleuse. Rétablissement de rancii'n système. Les Russes voU'Ul r^mme des démons. » ! Arch. des AIL étr. Alfatres Turin, registre supplément, n* 8.)

Non seulement Souvarow flatla la noblesse, qui déjà encombrait son antichambre, mais il lui promit, au nom de François II, des emplois et la sécurité dans l'avenir. Vindicatif, il ordonna qu'on saisit les biens des gens ayant servi Bonaparte, Joubert Scherer et Moreau, sous le prétexte qu'ils avaient alors persécuté les serviteurs fidèles de leur prince ; et, tout à sa vengeance, il refusa de lire les suppliques présentées par d'innocentes victimes'.

Il s'était informé, dès son arrivée à Milan, s'il y avait une église consacrée au grand Saint Georges, et le secrétaire de Tarchevèque lui ayant répondu affirmativement, il dînait de bonne heure, et, le soir, étant monté à cheval, entouré de son état-major, escorté de cosaques, il allait à Téglise, y faisait de longues génuflexions, baisait très dévotement le saint-sacrement et demandait, quoiqu'il fît jour encore, qu'on allum»lt les cierges'^.

DeTéglise, il se rendit au théâtre où on l'acclama beaucoup. Après minuit, on le voit parcourir les bivouacs des soldats qui occupent toutes les avenues aboutissant au Château, qu'une garnison française vadéfendre•^ Il cause beaucoup, se renseigne. Point

i. «Milan, la République la mieux organisée de celles qu'on venait d'improviser, le foyer d'où la Révolution s'était répandue en Italie, se trouvait livrée à une armée avide de venêeance. Adieu fêtes, solennités, discours, journaux. Des habitants, les uns s'enfuirent, d'autres se cachèrent. Beaucoup se hâtèrent de mériter le pardon de leurs nouveaux maîtres. On releva les croix, les autels et les armoiries ; les terres des Jacobins furent saccagées. Ceux gui, grâce à la modération de leurs opinions, avaient cru pouvoir demeurer, furent envoyés prisonniers à Cattaro, à Sirmich ; les persécutions publiques et domestigues coiimiencèrent. » Histoire de Cent Ans, par César Cantù, II* vol., p. 121.)

Page 1