Miâceitanea Poiitiçû, 1799, p. il
les Autrichiens restaient graves et que plus d'un s'indignait de l'attitude peu convenable de leurs alliés.
Au milieu de cette cér(^aionie, Chasteler venait informer Souvarow que Tarmée de Massena, après avoir battu, en Suisse, Tarchiduc Charles, descendait les pentes du Gothard, à grands pas. Étonné, le maréchal n'écoutait plus un prédicateur qui, dans son apologie, comparait les soldats russes aux soldats des Croisades. A Tinstant, il voyait sa fortune compromise, et il devait prendre de promptes mesures afin d'arrêter le vainqueur. Il sortait, et, sur le parvis, donnait des ordres de concentration. Le soir, au dîner de gala, chez lui, Tarchevêque déclarait au maréchal : « qu'il serait plus facile de voir Souvarow à Paris que les Français de nouveau à Milan ».
Il arriva que les habitants, délivrés des Républicains, se plaignirent des cosaques, qui s'introduisaient à toute heure dans les maisons, bousculaient les domestiques, exprimaient par signes leur désir de boire du vin ; ces hommes buvaient jusqu'à perdre la raison ; plusieurs s'emparaient des objets de prix, arrachaient les bijoux du cou des jeunes filles, violentaient les femmes, insultaient ou battaient leurs hôtes, ce qui révoltait un peuple fier. On cria au sacrilège, lorsque la nouvelle fut publiée que des cosaques avaient forcé, dans la nuit du 28 au 29 avril, les portes des églises, brisé les tabernacles, enlevé des vases sacrés, blessé des citoyens s'employant à empêcher la profanation. Quels singuliers chrétiens, pourtant chargés par François il de rétablir les autels. Ces vols servaient, le plus souvent, à satis-
lit LES CAMPAGNES DE 17^^
faire les plus basses passions du Tarlare. A ceux qui *!*taîi^nt pris en fla^raul délit, des sous-officiers de grenadii>rs appliquaieai le knout, rîgoureusenieûl.
Un oftieier d'élat-major, que Chasleler avait ctivoyé en mission, h Lugano, lui rapportait, le 30 avril, de Iraiches nouvelh*s. Ce nt^tait point Tarniée entière de Massena, mais seulement undétacliement delà division Lecourbe. deux compagnies, qui avat(*ut précipité leur marelie, des hauteurs du Gothanl, sur le flanc droit des Austro-Russes, Lecourbe allait descendre par le Bernardino, vers Lugano; de là, il pouvait marcher sur Peschiera, en faire lever le sit*ge et se porter, en quelques heures, ausecours des défenseurs tie Mantoue, Les mesures préservatrices consistaient à lui opposer un corps d'armée qui mettrait en li^çne tl es forces respectabh>s.
Avant que ces dispositions fussent prises, Souvarow avait vu arriver de Mouza les Husses du général Rosenberf^, et, de Viniercate, les Autrichiens deWukassowicIi, Sans leur donner le temps de goûter aux plaisirs divers qu'olTrait alors Milan rempli d'acteurs et de lilles,on les envoyait sur la route de Vcrceil, pour harceler rarrière-garde française.
Après avoir rei^u à dîner le général Séruricr, prisonnier de guerre, qui était logé au palais An^nisnla et ravoir interrogé sur les projets de Moreau, sans pouvoir tirer de lui une indication quelconque, ce qui n*eniprcha poinl rte le traiter courtoisement, Souvarovv élaborait un nouveau plan de campagne, dont le quartier-maître Cliasteter devait assurer revécut ion.
Le duc de Hobrin, chef d'un gros parti d'émigrés
et le colonel autrichien Strauch, officier fort expérimenté pour la guerre de montagne, allaient garnir les deux rives du lac Majeur de plusieurs bataillons, détruire les embarcations pouvant faciliter le passage, poursuivre les 2.000 hommes de la division Sérurier, lesquels, ayant fui de Côme et de Brivio, par groupes, cherchaient h se rallier dans le Gothard. Déplus, ces deux chefs devraient s'opposer à toutes les entreprises de Lecourbe*.
Pendant que Lattermann pousserait activement les travaux du siège de la citadelle de Milan '^, Kaim dirigerait, sur la rivedroite de TAdda, les opérations du siège de Pizzighettone, place que les brigades HohenzoUern et Seckendorf, qui avaient 22 pièces de canon et 10 obusiers, bombardèrent de la rive gauche. De Kray, qui avait reçu des renforts, restait devant Mantoue qu'on allait attaquer vigoureusement. Somariva prendrait Peschiera. L'armée mobile, forte de 41. 000 hommes, allait précipiter sa marche et livrer bataille^.
i. Le corps Rohan-Strauch était composé de : 1 bataillon archiduc- Antoine ; 1 bataillon Victor Ronan; i bataillon Louis Rohan; 6 compagnies des chasseurs du Loup; 60 hussards. Total : 6.000 hommes.
•2. Lattermann commandait : 6 bataillons et 2 escadrons autrichiens et 200 cosaques. Total : 4.397 fantassins et 428 cavaliers.
3. Un état classé, à Vienne, dans les Archives de la Guerre, nous indique les forces de Tarméc mobile : « — Division d'avantgarde du lieutenant-général Ott. It bataillons. 8 compagnies, 8 escadrons, 4.599 hommes et 942 chevaux ; — Division Zoph, 6 bataillons, 6 escadrons, 3.922 hommes et 844 chevaux ; — Division Kaim, 6 bataillons, 4 escadrons, 4.363 hommes et .H44 chevaux ; - Division Frôhlich. 8 bataillons, 6 escadrons, 6.118 hommes et 428 chevaux;— Brigade Wukassowich, 7 bataillons, 8 escadrons, 7.151 hommes et 750 chevaux.
« Corps russes. — Rosenberg, 6 bataillons, 2 régiments de cosaques, 4.000 hommes et 900 chevau.x; — Avant-garde du prince Bagration, division Schweikowski, 10 bataillons, 2 régiments de cosaques, 6.000 hommes et 850 chevaux; — Division
Mais, quelque diligence qu'il }eût faite, Wukas- Mîwich, devenu du\ï d'avant-garde, ne put passer le Tosîïin, en vue de Boffalora, que le 6 mai, et déjà les derniers traînanls français sont loin^ Les rapportsde BrandK renseignent Wukassowich. A gauche des .soldais de François II, Souvarow, escorté de la l'^divisiion moscovite et accompagné du prince Constantin^ ocenpail Pavie. A la môme heure, Gottesheim occupail Parme et rejetait dans PApennin, d'une vigoureuse poussée, les troupes du général Montrirliïird.
Le U mai, Zopb est à Plaisance. Kleneau passe le Pô et s'avanre vers Ferrare. Ott établit son camp h Xnï di Tiiro |Hès de Pontremoli. Morsin occupe Boidjïo. Mitrow?iki garde Pontecurone et fait face à Torlom*. fhuis Vng liera, 2 régiments de cosaques
Fâ]ryl^4 9 MélUdlOf ft i régiments de cosaques, 5.000 hommes elièOOi àtâviliis^ Ifolil général : 41.153 hommes et 6.158 chevaux. l.<ï Le!""mnt,riirméeîuistro-russe se portera sur leTessin et sur le Vé, i/iivant-^ar*lL^ tdteindra Pavie, y fera rétablir le pont du Tessin, a il est CMupe, et établira une tôte de pont à Gravelone. L*i3 révisions Zopli» Kothlich et Kaim s'avanceront jusqu'à Lodi. Lfs 2 divisinns inisaivs ii'fir la division Fôrster était en arrière) se porteront par San-Donivlt), Melegnano, au camp de San-Angelo; li^itrHVfini->,ïardp se [Mulcra sur le Pô, vis-»â-vis de Piolo Morone, i^ubjînk un ps^nl tU> Imh juîx vis-à-vis de Plaisance, après avoir fait iFCinipcr reUx" \\\h\ Kni.nji et Strauch iront à Bellinzona, à Airolo iiit pK^d du fifdluiH iiiu de défendre les avenues de la Suisse dans h Mikujns,r{, suv vv (Hiint, l'archiduc Charles, vainqueur dans k^a r;rt!t«ni» et dnris iv Tyrol, viendra les rejoindre. On enverra dans k» Valus, par Dumo-d'Ossola et le Simplon, 3 bataillons piéuiordais rf^or^^npis*'î^, i lïe chasseurs volontaires tyroliens, 2 de Irnupes fï^dnVhipnut*^, 1 escadrons de hussards pour soutenir hn^urrei'tiun ilns pavs?ms. On portera dans la vallée d'Aosle H Imiiitllons piéuli^nlHi^. \ de ligne autrichienne, 4 escadrons piémuiitiii^ qiù passéfi^nt le Grand Saint-Bernard, occuperont le l^idrt* iront n Liiusaime* La grande armée détruira l'armée de i\(iplc^ a\Mnl quelle unit rejoint celle de Moreau; ensuite elle pusseni II- Pà piMti s (-m parer de Turin. Kleneau marchera sur itL*uc» uu il tr'Miv.'i-a lu tlotte anglaise. Kray continuera les sièges «Je Pvachiera et de MauLoue. (Ghasteler, p. 51-52.)
font leur entrée. Le soir, un parti d'infanterie russe arrive à Lomello, entre Garlasco et Morlara. C'est là que va coucher Souvarow, qui veut attendre, avant de frapper un grand coup, les résultats de rinsiirrection piémontaise.
Des rapports, annonçant que les Français sont traqués entre Alexandrie et Ce va, l'ont trompé; il dit et il écrit que ses adversaires sont au bord de leur tombeau ; mais en apprenant, par un courrier parti de Chivasso, quelle héroïque résistance fait Moreau, il se montre exaspéré. Par la suite, amené h examiner sa position, il reconnaît que M. de Mêlas et Chasteler ont trop étendu le cercle des opérations, en raison des contingents réduits dont on dispose, car, en arrivant dans la haute Italie, Macdonald pourrait, s'il ramène de Naples 3U ou 40.000 hommes, couper ou tourner Ott, prendre de Kray à revers et délivrer Mantoue; puis, faisant de cette place un point d^appui, au signal du canon, appeler Lecourbe à la pointe du lac de Garde, et, de là, marcher, en deux colonnes, sur Vérone et sur Milan. Pris ainsi entre deux feux, qu advieadrait-il de Souvarow s'il subissait un échec?
Ses anxiétés durent peu de temps. La capitulation des places d'Orzinovi, Peschiera et Pizzighettone ' rendirent disponibles plusieurs régiments avec lesquels il renforça quelques brigades trop isolées.
1. € Dans Orci-Novi, qui se rend le 30 avril, on prend lil7 hommes, 19 canons et 10 quintaux de poudre. On trouve dans Peschiera, qui capitule le 7 mai, 1.500 hommes, 100 pièces de canon, un fçrand magasin d'avoine, 19 chaloupes canonnières qui furent transportées sur le lac de Mantoue pour activer les travaux du siège. La reddition de Pizzighettone, où commandait le capitaine Jacquet, donna, le 10 mai, 30 officiers, 600 hommes et 95 pièces de canon. » (Chasteler, p. j3.)
t^2 LËN CAMPÂti.NES D£ 1799
Lorsque la marche de Macdonald est retardée, des renforts autriclûens traversent le Tyrol, et, le 9, la division russe, commandée par Fôrster, qui était restée en arrière, arrive à Plaisance; son effectif est de Ô<000 fantassins et de 1.000 cavaliers,
Le généralissime aurait pu, h ce moment, garder Sf's conquêtes et as^servir définitivement l'Italie, par ses propres moyens. Il appelle soudain les Piémontais auxarmes'. Sa proclamation alarme M. de Mêlas chargé défaire la loi à Turin, et, dès son arrivée, d'y préparer Tannexiou du royaume de Charles-Emmanuel au domaine impérial. Mais le chef russe impose toujours ses volontés, sans vouloir écouter des considérations politiques ou militaires. Encore une fois, le ch<?f des troupes autrichiennes doit courber la tête devant le Moscovttt* et ne peut que protester, dans l'impossibilité de remplir sa mission, auprès de son maître, François 11.
Passant de nouveau à l'offensive, Souvfiurow avait ordonné qu'on s'emparât de Tortone, le 9 mai. Le régiment d'Alvinzy, formant l 'avant-garde de la division Frfthlicb, s approchait des murailles, tirait 20 coups de canon et fort^aitla faible garnison française à se retirer dans le Château, autour duquel Zoph échelonnait 4 bataillons et 3 escadrons, qui pourraient défendre, au [)esoin, le passage de la Scrivia contre un ennemi venant d'Alexandrie.
L € La v'irtoficiise année austro-russe vient secourir votre légitï me sou verni n. Elle veut rétablir votre roi sur le trône. EUe Têut faire triompher \a sainte Religion, détruire rimmoralité Introduite par les Français.
* Braves PiémoTiliiis* si votre fidélité est toujours la même envers riJJustre niftison de Savoie, il faut lever l'étendard et rejoindre la vftlnnvetise ftrmte que je commande. » (Arch. diplouiatiqiieii de Milan. Hegii^tre 4ti*i,;
DE VAPKIO A TURIN 193
Le 10, la cavalerie de Karatschay et des cosaques vont occuper le terrain situé entre Scrivia et la Borraida. En môme temps, des patrouilles s'approchent d*Alexandrie, de Pozzolo-Formigaro et de Novi. Le H, la division Fôrster entoure (kstelnuovo di Scrivia où s'établit le grand quartier générah Karatschay prend Novi, place importante, et pousse des cavaliers dans l'Apennin, des deux côtés de la route de Gftnes, pendant que, manœuvrant au nord, le prince de Kohan, qui a laissé Strauch contenir Lecourbe, gardait Ivrée, et que Wukassowich, cet intrépide général d'avant-garde, après avoir canonné Casale occupait Settimo, k 4 milles de Turin.
Pour que Farmée austro-russe pût circuler sur les deux rives du Pô, c'est à Rosenberg que Souvarow réserva l'honneur de prendre Valence. L'aile gauche des Français garnit cette ville et peut, des hauteurs qui l'environnent, surveiller l'embouchure du Tanaro. Le corps de Rosenberg, qui a suivi d'abord Wukassowich, passe la nuit du 10 au dl mai dans Frascarolo, où son chef apprend l'échec éprouvé par les Autrichiens à Pontestura.
Dans la matinée du 10, 120 Allemands et 51 volontaires ou insurgés de Trino avaient passé le Pô sur des barques, envahi les rues de Pontestura, chassé un poste ennemi, abattu l'arbre de la Liberté, planté une croix à la place, exigeant du curé qu'il bénit ce calvaire. A trois heures du soir, 150 Républicains tentaient de reprendre le bourg; ces assaillants étaient repoussés; ils abandonnaient 6 morts et 5 prisonniers. Un renfort de 'MM) hommes avait grossi le détachement autrichien lorsque, le 11, 2 bataillons de la lOG" demi-brigade de ba-
194 LES CAMPAGNES DE \lm
taille, revenus de Casale, passaient le iirana, se formaient H Mirabello et à San-Salvatore i*n :î colonnes, qui attaquèrent Pontestura à la fois par la frrande route d\\lexandrie, par la cassine du Pô et par le cliemîïi d'Ortiglia. Les Autrichiens et les paysans
! armes montrèrent, dans leur résisUnice, une grande
bravoure, mais les Français, ayant pénétn* dans le jardin du Château, restèrent bientôt maîtres de i la place où 3W Autrichiens furent pris; les insurgés
f et les habitants abandonnèrent la placée Le vaîn-
I queiir pilla les maisons.
l Le camp russe se gausse des Autrichiens Rosen-
J hcrg va effacer, croit-on, par un brillant faîl d'armes,
la défaite de Pontestura. C'est le gén/^^il Tschubaroff ) qui conduit son avant-garde*. Sorti d(* Frascarolo,
I il envoie le colonel Schukoffet 2 bataillons à Borgo-
Franeo.
De liorgo-Franco, le terrain descend, en pente douce, vers le lleuve. Le sol est, dans ce pays fertile, fouvert de blé et de maï}^ au mois de mai. Des ressauts, on voit, au loin, les deux bras du Pô enserrer d'un double canal d'eaux verdàtres nie oblongue du Mugarone, cou vert p h lest de saulaies» et d'oseraies. Un détacljement, t|ni prend pied sur la rive droite, peut marcher sans peine au sud -ouest, à travers les sinuosités des manie- Ions peu élevés, sur Mugarone, Pelissari et Peeetlu, ce dernier village couronnant le contrefort d*un mamelon qui s'avance dans la vallée; ou bien au midi, dans cet angle formé par le Pu et le Tunaro;