Voir cartes 10 et 13, p. 212 et
tant sur l'exaspération du sentiment national en Allemagne et sur l'insurrection du Tyrol, se flattant de voir es mouvements de Napoléon entravés comme en Espaime 1 archiduc Charles passa l'Inn (10 avril 1809), en faisant appe a « la nation allemande », chose toute nouvelle chez la réactionnaire Autriche, pour qui jusqu'alors les nations n avaient point existé. Une autre armée, commandée par 1 archiduc Jean, entra en Italie. Un troisième corps, avec 1 archiduc Ferdinand, entra dans le grand duché de Varsovie et eut à s'opposer aux efforts insignifiants des Russes, alliés très douteux de la France. Les Autrichiens n avaient pas renouvelé leur grande faute de 1805 • ils opposaient aux Français sur le principal théâtre de guerre a vallée du Danube, une forte masse de 200,000 hommes' 1 artout ils marchaient de l'avant avec une décision prudente aussi éloignée des tâtonnements de Beaulieu que de I irréflexion de Mack. ^
Pour se préparer au choc. Napoléon n'avait eu que les trois premiers mois de 1809. La situation de l'Empire était d'autant plus alarmante que le Rhin avait été dégarni pour l'Espagne en vieux soldats et surtout en cadres. Les hommes ne manquèrent point, car Napoléon ht de nouveaux appels sur les quatre dernières conscriptions et appela à l'avance celle de 1809. Mais de ces conscrits aux soldats de la grande armée, il y avait loin : Napoléon n'eut d'autre ressource que de suppléer à la valeur par la masse. De plus en plus, sur le champ de bataille, il fit cas du nombre, qu'il dédaignait trop h Marengo et qu'il estimait, à Ulm et à Austerlitz, juste ce qu il valait. Aux 200,000 Français de la nouvelle^rande armée, il ajouta 100,000 auxiliaires, Saxons, Bavarois A\urtembergeois, Hessois. Il ne savait au juste ce que valaient ces dernières troupes, et il ne pouvait s'y fier entièrement. *"
Décidé à marcher sur Vienne, il assigna en mars 1809 aux corps de son armée leurs points de rassemblement en Bavière et en Franconie. Les trois corps français se
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réunirent, celui de Davout à Ratisbonne, celui de Lannes à Augsbourg, celui de Masséna h Ulm. Derrière eux se
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Carte n" 13. — Friedland, Abensberg-Eckmûhl, Essling-Wagram, Borodino.
formaient la réserve de cavalerie et la garde. Les trois corps auxiliaires eurent leur place, celui des Saxons, commandé par Bernadotte, à Wurzbourg, celui des Wurtem-
bergeois et autres Allemands entre Wurzbourg et Ulm, celui des Bavarois, jeté naturellement en avant-postes, entre Munich et Landshut. Ce n'étaient point des positions de combat, mais des lieux de rassemblement provisoire. La grande concentration devait se faire à Ratisbonne, et TEmpereur dépécha, pour la préparer, Berthier, son major général. Cependant il ne pensait pas qu'il y eût péril immédiat ; il croyait que TAutriche ne commencerait les hostilités qu'a la fin d'avril.
Sur ce point, Napoléon présuma trop de la lenteur ordinaire de ses ennemis. Dès le 10 avril, l'archiduc Charles passait rinn avec 150,000 hommes. Un autre corps de 50,000 hommes, sortant de Bohème, s'avançait par la rive gauche du Danube vers Ratisbonne. Charles s'avança en Bavière, sûr que les Français n'étaient pas encore concentrés, ce qui devait lui permettre de les détruire en détail. Il passa l'Isar à Landshut (16 avril) marchant toujours vers l'ouest, et repoussant les Bavarois sur Neustadt. Dans le pays fourré et couvert qui s'étend de l'Isar au Danube, il n'apprenait que peu de choses et des choses vagues sur la position de l'adversaire. Il crut deviner pourtant que les Français étaient divisés en deux masses, l'une à Augsbourg, l'autre h Ratisbonne. S'avancer entre les deux pour les séparer tout à fait, se retourner contre la plus proche, qui était celle de Ratisbonne, pour l'écraser entre lui et l'armée de Bohème, tel fut le plan qu'il adopta. Le 17, il marcha donc sur l'Abens pour achever la séparation, et n'envoya ce jour-là vers Ratisbonne que des reconnaissances. Le 18, laissant sur l'Abens, de Mainbourg h Abensberg, les troupes du général Ililler et du prince Louis, il se prépara à tourner h droite avec 70,000 hommes et à marcher sur Ratisbonne.
Si Charles avait su gagner un jour ou deux, il aurait xécuté son plan et peut-être exterminé le corps de Davout. Aux premières nouvelles du mouvement des Autrichiens, Napoléon n'était pas là, et Berthier, fort empêché, ne savait que faire. Le major général était si
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habitué à recevoir docilement l'impulsion, que toute responsabilité le rendait anxieux, et qu'il était incapable de prendre un parti, [/ordre primitif de Napoléon était de laire la concentration à Ratisbonne. Or, cette concentration était devenue impossible, et les nouveaux avis que l'Empereur envoyait à Berthier, sui- des informations contradictoires et ambiguës, manquaient naturellement de précision. De peur de se tromper, Ï3erthier ne fit rien, et trois jours furent perdus.
Enfin, le 17 avril, Napoléon arrivait à Donauwcrth, juste à temps pour conjurer les revers qui le menaçaient. L'heure était passée de taire la concentration à Ratisbonne. Le plus simple pour TEmpereur était de la faire près du point où il se trouvait. Il la fixa à Neustadt, en avant de Donauwerth. Davout dut y venir de Ratisbonne, et Masséna d'Augsbourrr. En deux jours Napoléon pouvait grouper à Neustadt des forces capables détenir tête aux Autrichiens. La nature de ce pays boisé et coupé, qui nuisait tant à (Charles, favorisait les mouvements des Français, car ceux-ci avaient tout intérêt à les cacher.
Les ordres de l'Empereur commencèrent à s'exécuter sans péril pour le corps de Masséna, qui n'avait pas d'ennemis sur sa route. Il n'en fut pas de même pour Davout. Ce maréchal se trouvait en grand danger à Ratisbonne : il ne pouvait remonter de Ratisbonne à Neustadt que par la rive droite du Danube, la seule où il veut des chemins praticables, la seule aussi qui fut occupée par l'ennemi. En outre, il fut forcé de perdre un jour pour le ralliement de son corps d'armée. Il s'ébranla seulement le 19 avril, en ne laissant qu'un régiment à la garde de Ratisbonne. Il fit filer ses bagages et ses canons sur les bords du Danube, afindo le^ir éviter toute rencontre avec l'ennemi. Mais le gros du corps d'armée, en s'avançant sur les plateaux vers Abensberg, se heurta ;i Tengen contre l'arciiiduc Charles, qui marchait sur Ratisbonne. Si les ()0,000 Autrichiens avaient résolument attaqué les Français, ceux-ci auraient eu peine l\ s'échapper. Charles, troppru-
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dent pour se risquer à fond dans une affaire qu'il savait bien n'être pas l'a flaire principale, laissa sa gauche s'escrimer vainement contre Davout, et, en fin de compte, les Autrichiens furent battus et repoussés. Davout put continuer sa route. Le soir même, il était en communication avec Neustadt.
Cependant Napoléon arrivait ii Abensberg. Ce qu'il y voyait, joint aux nouvelles qui lui venaient de Tengen, fixa ses résolutions. Les ennemis étaient évidemment en deux masses, l'une vers Tengen, l'autre sur l'Abens. Sans savoir quel était le principal de ces deux corps, Napoléon résolut de les séparer. Ayant assez de troupes sous la main pour attaquer sur l'Abens, il arrêta Davout â Tengen pour y contenir l'ennemi battu le 19, pendant que lui-même devait attaquer vivement au centre. Masséna, qui arrivait à droite, devait changer sa direction et marcher sur Landshutafin d'y cueillir au passage quelques-unes des troupes battues. Le 20 avril, les Français, Bavarois et Wurtembergeois assaillaient en avant d'Abensberg le corps du prince Louis. (Adui-ci, écrasé sous le nombre, chassé de position en position, fut culbuté sur Rohr et Rottembourg. L'eflbrt des Français s'accentuait sur la gauche, afin d'achever la séparation des deux tronçons autrichiens. La manœuvre réussit à souhait; le soir, les deux corps de Ililler et de Louis étaient rejetés sur la Kleine-Laber, dans la direction de Landshut ; les Autrichiens perdaient 8,000 hommes. Napoléon ne leur donna pas de relâche. Pensant qu'il avait devant lui le gros des forces autrichiennes, il s'avança à grands pas sur Landshut. Le 21 avril, les troupes de Napoléon et celles de Masséna convergeaient sur cette ville et l'enlevaient de vive force ; on prenait aux Autrichiens des canons, des équipages, toute la queue qui traîne après les armées ; Hiller et Louis étaient rejetés au delà de risar, et Charles, toujours immobile sur la Grosse-Laber entre Tengen et Eckmiihl, était tout à fait séparé de ses lieutenants.
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Charles, toujours surveillé par Davout, ne bougea pas le 20 et le 21, de peur de commettre des fautes, comme si la plus grande faute n'avait pas été de rester immobile. Se doutant cependant qu'il était débordé vers le sud, il fit face de ce côté, le dos au Danube, et pour assurer ses communications au delà du fleuve, fit enlever Ratisbonne dès le 20 avril, sage précaution qui lui épargna une aventure comme celle de Hohenlohe à Prenzlow. Il se décida h recevoir la bataille sur la Grosse-Laber, à Eckmiihl, et à tenter par son extrême droite un mouvement sur Abach afin de menacer les communications des Français. Ces vues nécessitaient une coopération del'armée de Bohème : en attendant qu'elle put entrer en ligne, Charles demeura l'arme au pied devant Davout, à qui des renforts envoyés à propos par Napoléon permirent de prendre une attitude ferme et même ofl'ensive, jusqu'au moment où l'Empereur vint le rejoindre.
A la nouvelle de la prise de Ratisbonne, Napoléon avait compris que le principal corps autrichien n'était pas celui qu'il venait de pourchasser au delà de l'Isar. Immédiatement il rebroussa chemin vers le nord dans la nuit du 21 au 22 avril. 11 fit ordonnei* à Davout d'attendre son arrivée pour s'engager. Les corps de Lannes et de Masséna se hâtèrent vers Eckmiihl. Les Autrichiens, tout occupés de leur mouvement vers Abach, se contentaient de se barricader à Eckmiihl et dans les villages environnants. Soudain, vers midi, débouchèrent de la route de Lansdhut les colonnes françaises (22 aviil) ; en même temps, Davout assaillit avec vigueur la droite des Autrichiens. Pour Charles, il ne fut plus question de tourner l'ennemi : il eut assez à faire de se défendre. Davout enleva à la baïonnette, maison par maison, les deux villages d'Ober-Leuchling et d'Unter-Leuchling. Napoléon, au centre, balava la chaussée d'Eckmiihl et les bords de la Laber. Au delà d'Eckmiihl, vers le nord, le sol se relève. Les Autrichiens, que favorisait cet accident de terrain, s'arrêtèrent sur le plateau et repoussèrent longtemps
les attaques des Français. Ce n'est que lorsque Napoléon esquissa un mouvement vers la gauche que les Autrichiens craignirent d'être débordés de ce côté, comme ils l'étaient déjà sur leur droite par Davout. Ils battirent en retraite vers la plaine de Ratisbonne, après avoir perdu 10,000 hommes. La nuit déjà avancée arrêta la poursuite.
La bataille d'Eckmiihl rendait intenable pour l'archiduc Charles la rive droite du Danube. Il s'empressa de faire filer ses troupes sur l'autre rive par Ratisbonne. Le passage se fit avec tant de célérité, que les Français, en arrivant devant la place (23 avril), ne virent que les derniers bataillons autrichiens, au delà du fleuve. Quelques troupes laissées dans Ratisbonne en disputèrent l'entrée à Napoléon. L'Empereur fut même blessé légèrement. Enfin la ville fut prise, et Charles s'éloigna vers la Bohême.
La campagne de Bavière était finie. Elle n'avait duré que cinq jours, et chaque jour avait été signalé par une bataille. Napoléon avait eu d'éclatants succès, achetés plus cher qu'à Ulm, moins décisifs que ceux d'Ulm, aussi méritoires pour qui considère que la valeur combattante de l'armée n'était plus la même qu'en 1805. Eckmiihl permettait à Napoléon de se consoler de l'insurrection du Tyrol, de la mollesse des Russes en dalicie, des revers du prince Eugène de Beauharnais en Italie. Ce dernier, surpris par l'archiduc Jean au moment où ses troupes étaient dispersées, n'avait su que reculer depuis l'isonzo et s'était encore fait battre à Sacile (16 avril). Après cet échec, il avait continué sa retraite jusqu'à l'Adige. Mais h la nouvelle des- événements d'Allemagne, les Autrichiens s'arrêtèrent, pour se retirer bientôt, comme en
Napoléon marcha sur Vienne par la rive droite du Danube, en repliant devant lui les troupes de Louis et de Hiller. L'archiduc Charles aurait pu, même après Eckmiihl, lui disputer la route de la capitale en repassant
sur la rive droite du Danube, soit à Linz, soit à Krcms. Mais Charles ne profita pas de ees deux débouchés. Il s'arrêta à Chani, sur les frontières de la Bohème, pendant que Masséna s'avançait rapidement dans le bassin de Linz. Le 3 mai, les Français attaquèrent de front la forte position d'Kbersberg, qui commandait le passage du Danube et de la Traun. Masséna sacrifia des milliers d'hommes, sans grande utilité, car il était facile de tourner Lbersberg. Le massacre et l'incendie, les cadavres bridés, les sillons tracés par les canons dans les tas de chair humaine, tout fit du combat d'Ebersberg une des scènes les plus atroces des guerres de l'Empire. Ce premier débouché fermé aux Autrichiens, l'armée française leur ferma le second, celui de Krems et de Saint- Pœlten. Au reste, Charles renonçait à disputer à Napoléon la route de Vienne. Il refaisait son armée sur la rive gauche, y rappelait tous les corps détachés, faisait ordonner à l'archiduc Jean de quitter l'Italie pour soutenir une nouvelle et décisive lutte au cœur de la monarchie autrichienne. Le 10 mai 1809, l'armée française arrivait devant la capitale. Les Viennois essayèrent cette fois de résister : quelques obus les mirent à' la raison ; les dernières troupes ennemies évacuèrent la ville, où Napoléon entra le 13 mai. Mais la situation des Français n'était pas si favorable qu'en 1805, car ils n'avaient sur la rive gauche aucun débouché.
Entré a Vienne, Napoléon commença par y prendre ses sûretés contre une intervention possible de l'archiduc Jean et de l'armée autrichienne d'Italie- Il étendit un vaste réseau de cavalerie sur toutes les routes par lesquelles l'ennemi pouvait déboucher ; il ordonna au prince Eugène de suivre Jean, à Marmont de sortir des provinces illvriennes. Le 1 I mai, l'archiduc Jean avait repassé l'Isonzo, talonné par le prince Eugène et son conseiller militaire Macdonald. Les Autrichiens s'étaient divisés en deux corps, l'un fdant vers Laybach, l'autre vers Gratz. L'armée d'Eugène s'était divisée de la même façon. L'archiduc
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Jean, suivi de près, obligé de faire un détour immense, ne pouvait paraître de longtemps sur les champs de bataille de Vienne ; Napoléon se retourna en toute sécurité contre Charles, qui avait reformé son armée en face de Vienne, dans la plaine du Marchfeld. Pour l'atteindre, il fallait passer le Danube, fleuve large, profond et rapide, et le passer en face de l'ennemi.
L'entreprise n'était pas impossible. Elle demandait surtout du temps et une mûre préparation. Mais l'impatient génie de l'Empereur ne tenait compte ni du temps, ni des obstacles. Dès son arrivée à Vienne, Napoléon avait fait réunir à la hâte tous les moyens de passage, bateaux, cordages et amarres, qu'il avait pu trouver; quoiqu'ils fussent insufïisants pour une armée de 80,000 hommes et pour le passage d'un fleuve tel que le Danube, il voulut s'en servir de suite. 11 désigna pour le passage le point d'Ebersdorf. Le Danube est divisé en cet endroit en deux bras principaux entourant l'île Lobau. Le bras du nord, qui sépare l'île du Marchfeld, est assez étroit. Le bras du sud est le grand Danube. Napoléon résolut de faire de l'île Lobau sa base d'opérations. II fallait d'abord s'installer dans cette île. Dès le 19 mai, malgré la rapidité du courant et les inquiétants symptômes d'une crue du fleuve, un pont de bateaux était établi sur le grand bras, et l'île Lobau était occupée. De suite l'Empereur fit préparer le passage du petit bras (20 mai). On choisit pour l'opérer un rentrant assez sensible du fleuve dans l'île Lobau: ce rentrant permettait, au moyen de quelques volées de canon, de rendre la rive gauche intenable aux tirailleurs. Les premières troupes qui traversèrent le petit bras au pas de charge s'emparèrent presque sans coup férir d'Aspen et d'Essling. Cependant le passage continuait d'Ebersdorf dans l'île Lobau, lorsqu'il fut brusquement interrompu, dès l'après-midi du 20, par la rupture du grand pont. Ce pont ne tarda pas à être rétabli : mais la fragilité de cette unique communication aurait dû inspirer à Napoléon des réflexions d'autant plus
sérieuses, que Tarmée autrichienne arrivait en niasses profondes du Marchfeld pour jeter les Français au
Danube.
Une fois engagé, l'Empereur ne voulut pas reculer: il accepta la bataille que lui ofiïait Tarchiduc Charles, tout en n'avant comme ligne de retraite que la Irèle voie du pont de bateaux (21 mai). Les deux points d'appui occupés la veille, Tun, Aspern, par Masséna, et l'autre, Essling, par Lannes, furent attaqués furieusement par toute l'armée autrichienne, h laquelle les deux maréchaux nepouvaientencoreopposerque25,000 hommes. Les Autrichiens firent de vigoureux efforts contre Aspern, et peu à peu, sous la pression de masses toujours plus nombreuses, ils en délogeaient les soldats de Masséna. Ceux-ci rêvenaientà lacharge sans se lasser, au milieu d'une fusillade enragée, sous une grêle de bombes et de boulets; Aspern incendié croulait au milieu des flammes; Masséna réussissait enfin à regagner du terrain sur les Autrichiens, mais l'ennemi demeurait maître de l'église. Mêmes scènes h Essling, même résultat négatif. L'archiduc avait essayé de forcer la ligne française entre Essling et Aspern ; une charge de la cavalerie de Bessières et l'arrivée de quelques renforts l'arrêta net sur ce point comme sur les autres. Cette affreuse boucherie cessa avec le jour. Les renforts continuaient h alHuer du côté des Français, l'île Lobau se remplissait de troupes, et tout faisait présager pour le lendemain une action décisive.
Cependant le niveau du fleuve montait d'heure en heure. A minuit, le pont du grand bras se rompit encore. Pendant plusieurs heures les renforts furent retenus sur la rive droite. On ne put rétablir la communication qu'au lever du jour (2'2 mai). Avec le jour recommençait la lutte à Aspern et à Essling. Les deux tiers de l'armée seulement pouvaient y prendre part. C'était une action d'une extrême gravité, presque désespérée. L'Empereur ordonna à ses maréchaux de prendre les devants, de réoccuper l'église d'Aspern et de percer le centre assez faible de la
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ligne autrichienne. Les Autrichiens furent expulsés d'Aspern. Malgré l'insuffisance de l'artillerie et la rareté menaçante des munitions, Lannes forma une masse de 25,000 hommes pour enfoncer le centre de l'ennemi. Les Français commençaient à entamer la ligne qui leur était opposée, quoique Charles leur disputât chaque pouce de terrain, lorsqu'une troisième rupture du grand pont se produisit, celle-lii définitive et irréparable. Elle priva l'armée du concours de Davout, qui se préparait à passer ; elle la priva aussi de son ravitaillement en munitions; et les munitions se faisaient rares ; à peine les batteries pouvaient-elles répondie coup pour coup aux Autrichiens. Il fallut renoncer à toute offensive. Le maréchal Lannes ramena ses troupes entre Essling et Aspern. L'ennemi, encouragé par ce mouvement de recul, recommença ses attaques acharnées contre les deux villages. Ces points d'appui enlevés, l'armée française eut été jetée au Danube. Il fallait les garder jusqu'à la nuit. Au prix d'héroïques efforts, les Français se maintinrent à Aspern et à Essling; le maréchal Lannes fut blessé à mort; les Autrichiens écrasèrent de boulets les réo-iments immobiles. Lorsque la nuit tomba, l'armée se retira dans l'île Lobau. Masséna resta le dernier sur la rive gauche pour protéger la retraite. Les Français laissaient plus de 15,000 hommes sur ce stérile champ de bataille.
Napoléon venait de subir un grand revers, que ses ennemis firent sonner le plus haut qu'ils purent. Victime de cette impatience dévorante qui s'Jiabituait à ne plus compter les obstacles, il avait exposé son armée à être précipitée au Danube, et peu s'en était fallu que l'échec ne se changeât en catastrophe. L'inutile carnage d'EssIin<r, venant après celui d'Eylan, semblait révéler au monde que le génie militaire de l'Empereur s'épuisait, et que Napoléon s'habituait à compter sur d'effroyables sacrifices d'existences plutôt que sur les ressources de sa stratégie. Au moins l'expérience d'Essling servit-elle pour cette fois à Napoléon. 11 continua à occuper l'île Lobau et la Vallaux. ig
rive droite, où il prépara tout pour un nouveau passage, mais il mit clans ses mesures autant de prudence et de réflexion qu'il avait mis de témérité dans sa première tentative. Après avoir paré au plus pressé, rétabli une communication provisoire, ravitaillé les troupes de lile Lobau et mis cette île en état de défense, il attendit la baisse des eaux du Danube et l'arrivée de Farmée d'Italie.
Le prince Eugène n'avait pas cessé d'avancer à la suite de Tarchiduc Jean, qu'il cherchait h rejeter le plus loin possible en Hongrie. Eugène avait occupé Gratz et s'était approché du Raab. L'archiduc Jean essaya de l'arrêter sur cette rivière et se fît battre 14 juin.) Cette bataille força Jean à repasser sur la rive gauche du Danube, fort loin de son frère l'archiduc Charles, qu'il ne put joindre le jour deWagram. Napoléon, tout en ne réussissant pas à détruire le pont de Presbourg, en interdit l'accès à l'armée autrichienne. Tandis que Jean et Charles ne pouvaient se donner la main. Napoléon rapprochait de Vienne son armée d'Italie, assez près pour qu'elle fût en état d'accourir sur le champ de bataille au jour choisi. Le corps de Marmont, venu de la Dalmatie, se joignait aussi à la grande armée. Napoléon avait toutes ses forces à portée.
Cependant les travaux de l'île Lobau touchaient à leur fin. Cette île était devenue une grande place d'armes. Elle était armée de 109 bouches à feu de gros calibre, sans compter les batteries de campagne. Elle était reliée à la rive droite par deux ponts solides sur pilotis. L'Empereur y avait entassé les vivres et les munitions. Restaient à fixer le point où l'on aborderait la rive gauche et la manière de l'aborder. 11 était impossible d'attaquer vers Aspern et Essling, où les Autrichiens avaient élevé de formidables retranchements ; il était pourtant utile de leur faire croire qu'ils étaient menacés sur les mêmes points que le 21 mai, et Napoléon fit dans ce but plusieurs démonstrations. Mais il se détermina pour
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le vrai passage à aborder la rive gauche à l'est de l'île Lobau, entre Enzersdorf et le grand bras, sur des points que l'ennemi ne oardait pas. Quant au mode de passage, Napoléon se décida, sur les conseils du chef des pontonniers de Salle, à employer un pont tout d'une pièce, préparé à l'avance, qui devait permettre le passage d'une avant-garde en cinq minutes. Trois autres ponts du modèle ordinaire seraient jetés de suite sous la protection de cette avant-garde. Craceà ces communications, toute l'armée devait se trouver en quatre heures sur la rive gauche. Ce plan fut exécuté dans la nuit du 4 au 5 juillet, avec autant de rapidité que de bonheur. Les batteries de l'île Lobau firent feu de toutes leurs pièces sur Aspern, sur Essling, sur Enzersdorf, pour diviser l'attention de l'ennemi. A 2 heures du matin, 4 ponts reliaient l'île Lobau a la rive gauche, et l'armée y défilait en colonnes serrées. Pendant la journée, les pontonniers établirent encore 5 communications. Napoléon se saisit immédiatement d'Enzersdorf, ce qui se fit aisément, car l'archiduc Charles ne se gardait qu'il Aspern et à Essling. L'armée se déploya au lever du jour dans le Marchfeld, appuyant sa gauche à Enzersdorf et pivotant peu à peu sur ce point. Napoléon avait 150,000 hommes et 550 bouches ii feu.
L'archiduc Charles, qui perdait ses points d'appui sur le Danube, en avait d'autres dans le Marchfeld. Sa gauche occupait derrière le Russbach le plateau de Neusiedel et de Wagram. Son centre et sa droite. Avisant une courbe largement ouverte, se prolongeaient par Gerarsdorf et Stamersdorf jusqu'au fleuve. Napoléon, s'avançant dans la plaine, rencontra d'abord peu d'obstacles (5 juillet). Sa droite, où était Davout, occupait Glinzendorf et Grossholen ; le centre, avec Bernadotte, s'avançait jusqu'à Aderklaa ; la gauche, avec Masséna, s'emparait sans résistance d'Essling et d'Aspern. La ligne ennemie paraissait assez mince. Dès lors Napoléon voulut, pour la percer, faire enlever Wagram. L'échec qu'il subit lui fit comprendre que l'archiduc se préparait à une journée décisive.
Le 6 juillet, rarchiduc Charles, sans se flatter, comme h Essling, de jeter les Français au Danube, projeta de couper leurs communications avec Tile Lobau, et dans ce but il porta son elVort sur la gauche (rançaise, vers Essling et Aspern. Il appela à lui de Presbourg l'archiduc Jean, trop tard pour que celui-ci [)ùt prendre part à l'action. De son coté, Napoléon, sans avoir à l'avance de plan très déterminé, penchait pour une attaque vers Neusiedel, sur l'extrême gauche de l'ennemi.
Pour tromper les Français sur leurs vrais desseins, les Autrichiens commencèrent par assaillir le corps de Davout. C^elui-ci, avec sa solidité ordinaire, garda ses conquêtes de la veille, Glinzendorf et Orosshofen. Le feu s'étendit rapidement sur toute la ligne, de Glinzendorf au Danube, dans toute la largeur du Marchfeld.
Au centre la ligne Irançaise lormait un saillant marqué, depuis que Bernadotte avait occupé Adcrklaa. Les Autrichiens l'v attaqueront avec vivacité et l'en délogèrent.
Vainement les Français cssavèrent d\ rentrer. L'archiduc
Charles, encouragé par cet heureux début, prononça son mouvement vers la droite pour saisir Aspern et Esslinor. Il fallut défijarnir le centre des Français si menacé déjà, pour protéger les communications avec le Danube. Heureusement la réserve d'artillerie, ainsi que l'infanterie de Macdonald, vinrent soutenir le centre ébranlé.
A la droite, Davout recevait de Napoléon l'ordre d'attaquer de front et de revers les hauteurs de Neusiedel. C'était une escalade à entreprendro sous un feu plongeant. Mais Davout avait les trois divisions Friant, Morand et Gudin. II réussit, et chassa l'ennemi de Neusiedel.
Pendant que la droite française obtenait des succès décisifs, le centre reprenait l'avantage. Une canonnade acharnée avait fait dans la ligne autrichienne une trouée profonde où l'infanterie de Macdonald se précipita. A gauche, Masséna se contentait de tenir ferme à Essling et à Aspern : c'était assez de ce coté. Lorsque Napoléon, embrassant du regard l'ensemble de ce vaste champ de
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^vlftJ' " **'■"•*; '^r'*^"î victorieux, à gauche Masséna tris Ici me au centre les Autrichiens ébranlés il hncn
es soldats d'Oudinot sur le point décisif, su iv,™ La conquête de Wagram, a^rès celle d; Xeus edel fit tomber au pouvoir des Français tout le plateau l'donnne le Russbach. Les Autrichiens ne 'iouva e t plus
en.r. A 3 heures l'archiduc Charles battait en rë irrite Il va. perdu 30 000 hommes, les Français 18 000
L fô n^T"'^^'î '"xf "S; q"<-I"« ''"-'H^eautrichienne ne fu point anéantie. Mais la monarchie des Habsbourg,
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L'armée de l'archiduc Charles se retira vers la Bohème poursuivie par le corps de Marmont, qui enlevait chaque jour des prisonniers et des traînards. Charles fut heureux
devait s attendre a de dures conditions de paix : Napoleonayait songé un instant à l'effaccrde la car'tc d'Europe Sans être détruite, ell,. fut (ort maltraitée à la paix^de Vienne (l'i octobre 1809). Elle tombait h l'état dT puissance de second ordre. '