JEAN-BAPTISTE LANGEVIN
1 Signé et assermenté devant moi, juge de paix, à !a Baïie-Verte, ce dix-sept septembre 1823.
«J. Porn, d. P.»
Langlade continua aussi, malgré son âge avancé, de rester à la tête de la milice. Pour honorer ce vétéran de l’armée, on plantait tous les ans, le premier mai, suivant une ancienne coutume des Canadiens, devant la maison du capitaine, un long pin ébranché, auquel on faisait la toilette. On saluait le mai, qui devait donner son nom à la fête, d’une bruyante volée de coups de fusils, et on le noircissait de poudre jusqu’à ce qu’il tombât en éclats. Le héros de la fête acceptait avec plaisir ces bonnes et franches démonstrations des Canadiens qui l’entouraient, heureux de pouvoir lui manifester leur respect et leur admiration.
Langlade, usé par l’âge et les fatigues de sa laborieuse existence, s’éteignit au mois de janvier 1800, après une maladie de deux semaines. Sa mort causa
une émotion facile à comprendre dans tout le Nord- Ouest, où il était universellement connu et estimé. La petite colonie de la Baïe-Verte tout entière alla pleurer sur sa tombe, que l’on peut encore apercevoir dans le vieux cimetière de la ville.
Les regrets unanimes occasionnés par la mort de Langlade étaient amplement mérités, car la vie de ce héros ne fut qu’un long et vaillant combat pour sa patrie. Après avoir noblement défendu le drapeau français pendant bien des années, après avoir vainement accompli des prodiges de valeur pour une cause irrévocablement perdue, il resta ensuite également fidèle à la couronne anglaise, montrant en toutes occasions un courage et un dévouement admirables. Aussi bien peu de soldats peuvent offrir de plus beaux états de service. Il se complaisait à en faire l’'énumération : il avait pris part à quatre-vingt-dixneuf batailles et escarmouches, et, quoiqu'il fût sur le soir de la vie, il exprimait vivement le désir d’aller encore une fois au feu, afin de rendre plus complète sa couronne militaire.
Mais le seul titre de Langlade, aux yeux de la postérité, ne sera pas d’avor été un militaire habile et intrépide. Il pourra encore réclamer la gloire moins bruyante peut-être, mais non moins méritoire, d’avoir été l’un des plus intrépides pionniers de l'Ouest, l’un des premiers à braver les dangers qu'’offraient les farouches indigènes de ces contrées, en jetant au milieu du désert les humbles bases d’établissements aujourd’hui prospères et pleins d’avenir. C'est Ce que la population américaine a su déjà reconnaître en lui décernant le glorieux surnom de fondateur du Wisconsin—Father of the Wisconsin ! Langlade était doux et patient, mais il ne pouvait
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