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Barthélemy Faribault naquit à Pätis; en‘1713, et vint s'établir au pays vers le milieu du dix-hui. tièmo siècle. Il avait un poste important dans l’armée française, et il sut le remptir, a {a satisfaction de ses chefs, jusqu’à la fin de la malheureuse guerre, qui devait décider des destinées de la France en Amérique.
Lorsque la paix fut signée entre les deux grandes nations, qui, depuis longtemps, se disputa.. at la préémivence, Faribault alla se fixer à Berthier, l’une de nos plus anciennes paroisses bas-canadiennes, pour y exercer la profession de notaire. En peu de temps
il sut gagner le respect et la confiance de la population de cet endroit, où il termina ‘une vie pleine de mérite, à un âge avancé.
De son mariage étaient nés dix enfants, dont quatre seulement vécurent jusqu’à l’âge mûr. L’aîné, Barthélemy, embrassa la profession d'avocat, qu’il exerça Jendant cinquante-cinq ans. Non-seulement il sut raériter l'estime de ses concitoyens, mais il s’est acquis des titres à la reconnaissance de tous ceux qui s'occupent de l’histoire du Canada, par ses importants travaux bibliographiques ?.
Jean-Baptiste Faribault, l’un des plus jeunes membres dé la famille; naquit, en 1774, à Berthier. Il eut l’avantage de recevoir une assez bonne éducation, et il quitta l’école, à l’âge de seize ans, pour accepter : une place de commis chez un marchand du nom de Thurseau, à Québec. Après deux ans de service, il fut employé par MM. McNides et Cie, importateurs.
Quoique traité avec beaucoup d’égards par ses patrons, le jeune Faribault n’envisageait pas sans effroi la perspective de passer la meilleure partie de sa vie derrière un comptcir. À cet esprit ardent il fallait un horizon moins uniforme, un théâtre ‘plus. vaste, plus fécond.en émotions. La vie de marin avec tous ses dangers s'offrit à lui pendant quelque temps avec un irrésistible attrait, et, sans la résistance de ses parents, il serait allé braver les fureurs de l'Océan.
Indécis plus que jamais sur le parti à prendre, un incident eût décidé Faribault à embrasser la carrière des armes, s’il eût pu vaincre l'opposition de sa famili. Le duc de Kent, père de la reine Victoria, était alors
1 TÏl est l’auteur d’un ouvrage très-précieux, sous le titre modeste: Catalogue d'ouvrages sur l'histoire de l'Amérique. et particu-
lièrement sur celle du Canada, avec notes bibliographiques et littéravres,
au Canada avec le régiment des fusiliers royaux qu'il commandait. Son régiment séjournait à Québec, et les jours de parade étaient autant de spectacles vivement recherchés par la population. La tenue imposante du prince, les brillants uniformes de son état-major, la précision des mouvements des soldats, émerveillèrent Faribault, au point qu’il en fit une représentation en carton découpé, qui fut fort admirée. Faribault n’avait jamais pris de leçons de dessin, mais les quelques croquis qu'il lui prenait parfois fantaisie de tracer, révélaient du talent et du goût. Les officiers du régiment ayant communiqué son esquisse au prince, celui-ci en fut tellement satisfait, qu’il fit mander le jeune artiste, auquel il offrit une commission d’officier dans son régiment. Faribault aurait accepté avec empressement l'offre inespérée d'entrer dans l’armée, sous de pareils auspices, mais sa famille s’opposa énergiquement à son départ. Ce n’est pas sans peines qu’il renonça à la brillante perspective que la proposition du prince lui faisait entrevoir. Aussi, lorsque dans sa vieillesse, il rappelait cet incident de ses jeunes années, il ne manquait jamais d'ajouter que le respect seul pour ses parents l’avait empêché d'embrasser l’état militaire. Le prince ayant permis à Faribault de désigner l’un de ses amis pour remplir le poste qu’il lui offrait, il le pria, si l’on en croit le mémoire ? de notre héros, de confér2?r cette faveur au jeune Salaberry, pour lequel il avait une vive affection. Ce dernier, qui
4 Faribault a laissé des notes autobiogra hiques qui ont été publiées per son ami le général H. H. Sibley, de Saint-Paul, dans le dernier volume des Minnesota Historical Society’s Collections. Nous sommes redevable au général Sibley de beaucoup dé renseignements sur nos compatriotes de l'Ouest: il connut intimement, entre autres, Rolette, Faribault et Vital Guérin.
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brilait de prendre du service, se garda bien de réfu. ser une pareille chance et il justifia surabondamment le choix de Faribault en gagnant d'embiée tous les grades auxquels peut aspirer un soldat canadien dans l’armée anglaise, et en se signalant par maints exploits—dignes préludes de la victoire de Chateauguay qui allait l’'immortaliser.
Nous devons faire remarquer, à ce sujet, que le mémoire de Faribault est seul à prétendre que c’est à notre héros que M. de Salaberry est redevable de la protection du duc de Kent. Sans l'autorité de son témoignage, il ne serait guère facile d'ajouter foi à cette assertion ; car le duc de Kent se lia d'amitié avec la famille Salaberry presque immédiatement après son arrivée à Québec, au mois d’août 1791, et fut un habitué du manoir seigneurial qu’elle occupait à Beauport 1.
Salaberry ne reçut sa commission d’officier qu’au commencement de l’année 1794, à une. époque où le prince faisait des démarches actives pour récompenser dignement le seigneur de Beauport, M. Louis Ignace de Salaberry, des services précieux qu’il avait rendus à la cause anglaise dans la dernière guerre. Aussi, est-il plus que douteux que le héros de Chateauguay doive à l'incident raconté plus haut, d’avoir obtenu la haute protection du duc de Kent qui, dans ses lettres à M. de Salaberry,
1 Le duc de Kent était lié mas pon-senlement avec
M. de Salaberry, mais encore avec plusieurs Lo et pré-
tres e distinction, entre autres eu Renan, curé
parle toujours dans les termes les plus affectueux de “son jeune protégé. »
Le mémoire de Faribault dit encore que Salaberry était commis à l’époque où il fut l’objet des faveurs du prince. Il est permis d’en douter, car Salaberry n'avait que seize ans lorsqu'il fut nommé officier, et il avait servi les deux années précédentes comme volontaire dans le #4me régiment,
Deux ans plus tard, la Compagnie du Nord-Ouest ayant annoncé qu'ello avait besoin de trois ou quatre jeunes gens actifs pour faire la traite avec les Sauvages, Faribault s’'empressa d'offrir ses services, qui furent acceptés. Ses parents le supplièrent vainement de ne pas quitter le toit paternel. Fasciné par la perspective des aventures que lui promettaient ses courses dans les bois, il resta C2tte fois insensible à leurs remontrances.
Faribault quitta Mon‘réel, a: mois de juin 1796, en compagnie de trois autres jeunes Canadiens, et de deux agents de la Compagnie du Nord-Ouest, pour se rendre à Michillimakinac, lieu de leur destination. Ce trajet dura quinze jours et ne se fit pas sans beaucoup de peines et de difficultés. Il fallait aux hardis voyageurs non-seulement ramer presque tout le jour, mais faire enco:e plusieurs portages le long des nombreux rapides qui accidentent la route, c’est-à-dire transporter sur leurs épaules leur canot, leur bagage et leurs provisions.
À son arrivée à Michillimakinac, Faribault fut chargé d'aller fc der un poste de traite à Kankaki, qui a vu naître depuis une jolie petite ;:.le moitié fran-
çaise et moitié américaine. Ce poste étant situé sur le territoire des Etats-Unis, Faribauit, accompagné d’un guide Potouatomi, dut se reridre à Port-Vincent, sur la rivière Ouabache, où demeurcit le surint:ndant des Sauvages, le gouverneur Harrison, nour ob'onir un permis de traite. Penuant six jours il chevaucha à travers la prairie sans ymuvoir échanger une seuie parole ave” son guide, dont le langage lui était absolument étranger.
Le gouverneur Harrison le reçut avec tous les égards possibles, lui donna l’hospi'rlité pendant trois jours, et accueillit favorabiemeni sa demande. Après avoir été comblé de politesses, Faribault prit congé äe son hôte. Il comptait rencontrer à l’embonchure de la rivière Saint-Joseph, quatre voyageurs canadiens, qui devaient passer l’hiver avec lui à Kankaki; mais il n’en trouva que trois, l’autre ayant péri malheureusement dans le voyage.
Après un examen attentif des lieux, Faribault alla fixer son poste de traite à l'embouchure de la rivière Kankaki. Ses marchandises ne tardèrent pas à arriver, et pendant que ses compagnons travaillaient à la construction de leurs quartiers d'hiver, il commença à trafiquer d’une manière active avec les Potouatomis.
Faribault fit un commerce Jucratif avec ces Sauvages, et, le printemps suivant, il se rendit à Michillimakinac, pour remettre à l’agent de la Compagnie du Nord-Ouest, a. Gillespie, toutes les précieuses fourrures dont il avait fait l’acquisition. Ce dernier fut tellement satisfait de ses opérations qu’il lui confia un poste beaucoup plus important, celui de Bâton- Rouge, sur la rivière De: Moines, à deux cents milles environ de son em! ‘’aure. Les Sioux sur.
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tout fréquentaient ce poste, et comme Faribault ne comprenait pas leur dialecte, bien différent de celui des Potouatomis, qu'il avait appris l’hiver précédent, il se fit accompagner d’un nommé Debord, qui connaissait parfaitement leur langage et leurs mœurs.
Faribault resta quatre ans au même poste dans une solitude presque complète. Malgré l'attachement que lui témoignaient les Sauvages en général, il courut plus d’un danger dans cette région lointaine, et faillit même être assassiné par un Métis. Cette région abondait en castors, en loutres, en daims, en ours, et autres animaux sauvages, et était surtout habitée par les Sioux, les Sacs, les Renards, les [oouas et quelques autres tribus.
A cette époque, le salaire d’un commis était de deux cents piastres par an, celui d’un interprète de centcinquante, et les voyageurs touchaient cent piastres. La compagnie au service de laquelle ils étaient employés se chargeait de leur subsistance, qui laissait souvent fort à désirer ; dans ce cas, l’abondance du gibier suppléait à l’absence des aliments ordinaires. Les articles de la traite se composaient de couvertures, de vêtements, de coton, de tabac, d’objets d’orfèvrerie à bon marché et de verroterie, qui remplaçait au besoin le numéraire pour l'échange.
Traiteurs et voyageurs passaient l'hiver oisivement dans dès huttes de troncs d'arbres ; au printemps ils allaient visiter différents camps de Sauvages, afin de faire l’acquisition des produits de leur chasse. Tout ce commerce se faisait au comptant.
Son engagement terminé, Faribault se proposait de revenir au Canada, vers lequel son souvenir s'était reporté bien de fois, au milieu de ses courses solitaires, lorsqu'il eut le chagrin d’apprendre la
mort soudaine de son père et de sa mère, survenue à quinze jours d'intervalle. Cette double et douloureuse perte brisant les liens qui le rattachaient le plus au pays natal, il se décida à continuer de servir dans la Compagnie du Nord-Ouest. On lui confia le poste de traite des Petits-Rapides, sur les bords de la rivière Saint-Pierre, à quarante milles de son embouchure, et il fit un commerce très-lucratif avec les Sioux du voisinage.
Dans l'hiver de 1804-05, Faribault se lia d'amitié avec un traiteur du nom de Campbell, qui demeurait à environ quinze milles des Petits-Rapides. Campbell trafiquait pour son propre compte, et avait à son service deux commis, dont l’un, du nom de Des Coteaux, avait épousé une Sauvagesse.
Cette fille des bois était loin d’être de mœurs irréprochables, et son mari lui ayant à maintes reprises vivement reproché son inconduite, elle conçut contre lui un vif ressentiment, qu’elle réussit à faire parta. ger par son père. Celui-ci, une fois dominé par la passion de la vengeance, était capable de se porter aux dernières extrémités, et il profita du moment où DesCoteaux était sans défiance pour le massacrer froidement ainsi que l’autre commis.
Convaincuque ce Sauvage avait pu seul commettre une action aussi horrible, Campbell l'en accusa hautement. Cette dénonciation était un acte de courage, car vindicatif comme l'était ce barbare, Campbell courait risque, dans l’isolement où il se trouvait, de périr de la main même qui avait donné la mort à ses deux commis,
Peu de jours après, le Sauvage accompagné de ses proches, se dirigea, en effet, vers la demeure de Campbell pour se venger de son accusateur. Ce dernier, aidé de Faribault et de quelques autres amis, venus à sa rescousse, s'était préparé à renousser les assaillants avec son énergie ordinaire.
Les Sauvages entourèrent d’abord la maison de Campbell en jetant de grands cris, puis le chef de cette bande sanguinaire escalada le toit de :'habitation et commença à renverser les pierres de la cheminée. Mal lui en prit, car une balle que lui lança Campbell l’étendit raide mort; un autre Sauvage fut blessé au nez, puis, tous, animés d’une crainte salutaire, décampèrent en toute hâte
Faribault et Campbell ne s’éloignèrent pas de la maison pendant plusieurs jours, de crainte d’être surpris et assassinés par les parents des victimes.
Quelque temps après, Faribault eut à déplorer la mort prématurée de son ami Cam; hell. Celui-ci ayant eu un différend très-vif avec l’un des agents de la Compagnie du Nord-Ouest, du nom + ‘ rawford, le frère de son adversaire épousa sa querelié et le provoqua à un duel.
Campbell était bon tireur, d’une taille herculéenne, tandis que son antagoniste, grêle, décrépit, ne semblait pas de force à se mésurer ayec lui. Campbell accepta le défi, malgré les vives représentations de ses amis, et les. deux adversaires, escortés de leurs témoins, se rendirent à Michillimakinac, et de là à une petite île, à l’embou:uurie de la rivière Sainte-Marie, près l’île Drummond, pour y vider leur querelle.
Cette lutte, qui semblait si inégale, trompa toutes les prévisions. Au premier coup de fusil, Campbell
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tomba frappé mortellement, tandis que Crawford ne fut que légèrement blessé. |
To+ descendants des deux rivaux ne semblent pas
r hérité de 1eurs haïnes, car le petit fils de Crawiord, un nommé La=hapelle, de Wabasha (Minnesota), a épousé la petite-fille de Campbell.
Après trois années de séjour aux Petits-Rapides, Faribault, las de son isolement, épousa une Métisse, fille d’un L siauso, ci levant surintendant des Sauvages. Il avait alors trente et un ans, et sa femme vingt-deux. Son mariage le fit renoncer à l’idée de retourner au pays natal, et le décida de se fixer définitivement au milieu des solitude. de l'Ouest.
En 1805, Faribault forma des relations très-amicales avec le lieutenant Pike 1, chargé par les Etats-Unis de faire le choix de l’emplacemer: d’un fort, sui les bords de la rivière Saint-Pierre. Le lieutenant P: explorait en même temps la partie supérieure du Mississipi, à la tête d’une petite bande de soldats, et il donna aux Sauvages de l'Ouest, par sa ferme attitude, une haute idée de la force des Etats-Unis. Il avait pour interprète un nommé Pierre Rousseau, qui lui rendit de grands services ; un autre de ses aides s’appelait Alexandre Roy.
Des hostilités ayant éclaté, dans l’antomna de 1808, eatre les Sioux des Petits-Rapides et les Sauteux. Faribault crut devoir aller passer l'hiver suivant au
4 Dans con je .nal de voyage, Pike mentionne Faribault, qu’il apps’ 6 avec erreur Fénébault. ‘Nous passâmes, dit-il, le camper) de Fénébault, qui avait brisé sa pirogue et était
venu ea sur Le côté ouest de la rivière, à environ six milles en bas de Saint-Pierre. »— Voyage to the Sources of Mississippi.
milieu des Sioux Yankton, qui habitaient les bords de la rivière Des Moines. Bien des dangers l'attendaient en se rendant à ce poste, car la tribu des Ioouas l’arrêta au passage, dans le but de l’obliger à trafiquer au milieu d'elle. Faribault ne voulant pas se prêter à leur demande, les Ioouas menacèrent de le tuer, de s'emparer de ses marchandises, et ils lui auraient certainement fait un mauvais parti, sans l'apparition d’une bande considérable de Sioux Yanktons, qui l’escortèrent jusqu'au poste de la Compagnie. Il fit des affaires très-lucratives pendant l’hiver, et expédia le printemps suivant à Michillimakinac une quantité considérable de pelleteries.
Après dix années de service dans la Compagnie du Nord-Ouest, Faribault crut devoir mettre à profit son expérience et son influence sur les Sauvages pour faire la traite à son propre compte. Il alla se fixer dans ce but à la Prairie-du-Chien, poste important, fréquenté principalement par les Ouinébagons, les Renards et les Sioux de la bande Ouakpa Kouta. Durant plusieurs années il y fit un commerce important, qui lui donna des bénéfices considérables. Ce genre de vie offrait plus d’un danger, car Faribault fut sérieusement blessé un jour par un coup de couteau, que lui donna un Ouinébagon ivre, auquel il refusait de la boisson.
Outre la traite, Faribault échangeait des marchandises contre du plomb provenant des mines qu'exploitait son ami et compatriote, Julien Dubuque, là même où s’élève aujourd’hui la capitale de l’Iowa. Il faisait ensuite transporter ce minerai dans des barges à Saint-Louis, où il le vendait à gros profits. Le trajet de la Prairie-du-Chien à Saint-Louis prenait alors quinze jours, en moyenne.
Lorsque la guërre de 1812 éclata, les autorités anglaises firent de grands efforts pour engager les Sauvages de l'Ouest à prendre les armes contre les . Américains. Comme les traiteurs canadiens avaient une influence considérable sur ces tribus, on leur offrit des commissions d'officiers pour stimuler leur dévouement à la cause britannique, et tous les acceptèrent, à l'exception de Jean-Baptiste Faribault et de Louis Provençal, qui avouèrent hautement leurs sympathies pour les Etats-Unis.
Le colonel McCall ayant été informé du refus de Faribault de servir sous le drapeau anglais, le fit arrêter et amener prisonnier à bord d’une canonnière, commandée par le capitaine Anderson, laquelle transportait à la Prairie-du-Chien un corps de troupes chargé d'en délôger l£ garnison américuine, On voulut forcer Faribault à prendre les rames à son tour, mais il répondit fermement qu’un gentilhomme comme lui ne devait pas condescendre à faire le service d’un simple matelot. Le capitaine Anderson ayant fait part au colonel McCall de cette fière réponse, ce dernier, au lieu de punir Faribault de son refus d’obéissance, admira son courage et sa fermeté, le reçut à bord de son propre bateau, et le traita avec tous les égards possibles.
Les soldats anglais, joints aux Canadiens et aux Sauvages, se préparèrent, dès leur arrivée à la Prairie-du-Chien, à attaquer la garnison américaine. A leur approche, les familles qui demeuraient en dehors du fort, abandonnèrent précipitamment leurs foyers,
et la femme de Faribault, accompagnée de ses enfants, partit en canot avec plusieurs de ses amies pour aller se réfugier à Ouinnona («la fille aînée. ») Cette courageuse épouse, ignorait que son mari füt entre les mains de l'ennemi, qui allait s'emparer de la Prairiedu-Chien.
Le fort fut bombardé et se rendit après une résistance très-énergique, qui dura trois jours. La garnison américaine fut faite prisonnière, et deux cents soldats anglais la remplacèrent au fort. Après la capitulation, Faribault ayant été relaché sur parole, n'échappa aux mains de l'ennemi que pour mieux sentir combien son hostilité à la cause britannique devait lui être funeste. |
Durant le siége, les Ouinébagons avaient détruit de fond en comble sa maison, enlevé ou tué ses bestiaux, et fait un pillage complet de ses marchandises, qui avaient une valeur de quinze mille piastres. Pour comble de malheur, les Sauvages s'étaient aussi emparés de tout le minerai de plomb qu'il avait laissé à Dubuque.
Quelques jours après ce funeste événem.
apprit que sa famille, dont le sort Iui in. ‘nt. sérieuses alarmes, s’était réfugiée à Ouinnr
Cette perte ruinait Faribault. Elle lui un jour le fruit de longues années d’un i: n ble. Toutefois, elle ne put abattre son indomptable courage, et il se remit à l’œuvre avec une nouvelle ardeur pour réparer les brèches faites à sa fortune.
La bande de Sioux, au milieu de laquelle sa femme avait trouvé un asile sûr, lui manifesta ses sympathies en lui apportant du gibier en abondance et une quantité considérable de pelleteries.
Lorsque la paix fut signée entre l’Angleterre et les
Etats-Unis, le commandant de la garnison anglaise à la Prairie-du-Chien mit le feu aux bâtiments du fort et transféra ses quartiers à Michillimackinac. Mais le fort fut rebâti le printemps suivant par un détachement de carabiniers américains, commandé par le colonel Chambers, qui y tint garnison.
Chaud adrairateur des institutions américaines, Faribault se fit naturaliser citoyen des Etats-Unis, et prit une part très-active, quelque temps après, à l’organisation d’une compagnie de milice, dont il devint premier lieutenant.
La Compagnie du Nord-Ouest n’ayant pu, après la guerre, obtenir la permission de continuer ses opérations sur le territoire américain, verdit toute sa propriété à la Compagnie américaine de pelleteries. Joseph Rolette fut nommé l’agent de cette association, et Faribault fit des arrangements avec lui pour s’approvisionner de tous les objets nécessaires à la traite. |
Faribault continua son commerce avec succès durant trois autres années, à la Prairie-du-Chien, puis, cédant aux vives instances du colonel Leavenworth, il alla se fixer dans l’île de Pike, près de l'endroit où on a érigé le fort Snelling. Dans un récent voyage à Ja Prarie-du-Cüien, le colonel Leavenworth avait ét6 tellement frappé de l'étendue des connaissances de Faribault sur les tribus de l'Ouest et en particulier sur les Sioux, qu’il l’avait fortement sollicité de venir s'établir près du fort en question, lui promettant tout l’encouragement possible. Les Sauvages qui fréquentaient la Prairie-du-Chien, étant
bien moins nombreux que par le passé, Faribault accepta sans hésiter cette proposition, qu’il crut avantageuse sous tout rapport.
Faribault avait un goût prononcé pour la culture, et comme le sol de l’île de Pike était très-fertile, il commença sans retard une exploitation agricole. Sa famille, qu’il avait laissée à la Prairie-du-Chien, vint le rejoindre peu de temps après, et 1l récolta bientôt une quantité de légumes et de céréales suffisante pour sa subsistance. Bien plus, il fit venir de Saint- Louis, un grand nombre d'instruments ara‘oires, tant pour son propre usage que pour celui des Sauvages des alentours, auxquels il réussit à inculquer le goùt de la culture, malgré leur répugnance traditionnelle pour tout travail manuel.
Tout l'Etat du Minnesota n’était à cette époque qu'un vaste désert, où la civilisation n'avait nas encore pénétré ; aussi Faribault 1 le premier défriché le sol à l’ouest du Mississipi et au nord de la rivière Des Moines.
En 1520, le colonel Leavenworth réunit les chefs et les principaux membres de la tribu des Sioux, et obtint d’euy la cession d’une étendue de terrain de neuf milles carrés, au confluent du Mississipi et de la rivière Minnesota. De plus, les Sauvages consentirent, dans le traité qui fut conclu à cet effet, à abandonner leurs droits sur l’île de Pike en faveur de la femme de Faribault et de ses descendants. Voici l’article qui fut inséré à ce sujet dans le traité: « Et nous réservons, octroyons et transférons par les présentes, à Pélagie Faribauit, femme de Jean-Baptiste Faribault,.et à ses héritiers pour toujour, la grande Île située à l'embouchure de la rivière Saint-Pierre, qui contient environ trois cent-vingt acres..…..[a
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