‹ Les Canadiens de l'Ouest [microforme]Chapitre 42 sur 49 · PU AE · texte numérisé non relu

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opposée, qu'il pensait inaccessible aux plus fortes crues de la grande rivière. Cette fois encore le fleuve déjoua tous ses calculs. Quatre ans plus tard, la glace s’amassa tellement en amont du fort, que le Mississipi, contenu par cette digue formidable, s’éleva à une hauteur que, de mémoire d'homme, il n’a jamais atteint, emportant la maison de Faribault et ses dépendances, noyant ses bestiaux, et laissant partout des traces désastreuses de son passage. Averti heureusement à temps de cette crue menaçante par le colonel Snelling, qui lui envoya une barque pour faciliter sa fuite, Faribault put se sauver aver sa famille, et mettre en lieu sûr les riches pelleteries que contenait son magasin. + Ces deux inondations, d'une nature si extraordinaire, sont probablement les mêmes qui ravagèrent la régicà1 du Missouri, et qui sont mentionnées dans l’ouvrage du prince Maximilien de Wied-Neuwied sur l'Amérique du Nord. « De grandes inondations, dit-il, sont rares. Depuis l’arrivée de Charbonneau t au fort Clarke, c’est-à-dire depuis trente-sept ans, il n'y en à eu que deux, mais celles-là furent trèsgraves. Pendant la première et la plus forte de ces inondations, dont Charbonneau ne se rappelait pas !* Toussaint Charbonneau était un vieil interprète canadien qui demeurait depuis Fam 1796, au milieu des Meunitarris ou Gros-Ventres, tribu du Missouri. 11 accompagna plusieurs expéditions célèbres, entre sutres celle du major Long aux Montagnes-Rocheuses, et fut longtemps au service de la Compsgnia américaine des pelleteries. Le prince Maximilien de Wied-Neuvwied le mentionne très-favorablement dans son récit de Foyage dans l'Intérieur de l'Amérique du Nord, et dit qu'il lui est redevable de beaucoup de renseignements précieux sur les mœurs des différentes tribus sauvages qu’il a décrites. Il paraît que Charbonneau était connu dans la tribu des Manudans—-que les Canadiens appelaient Mandals—sous cinq noms différents : Le Chef du petit village, l'Homme qui possède beaucoup de citrouilles, le Grand Cheval venu de loin, lOurs do la forêt, et

un cinquième qui n’est pas très-noble, ce qui arrive souvent chez les Indiens,

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la date, l’eau s’éleva à plus de quarante pieds au-des. sus de son niveau ordinaire; on ne voyait plus que les cimes des plus grands peupliers ; la glace couvrit la terre pendant un grand mois, jusqu’à ce que la chaleur du soleil la fit fondre.

« La seconde inondation eut lieu le six avril 1826. Au point du jour l’eau s’éleva si rapidement et si haut, que Charbonneau fut obligé de se sauver avec quelques effets sur un hangar à maïs, dans le village du milieu des Meunitarris, à deux milles du Missouri, et il y resta pendant trois jours, sans feu, exposé à un vent froid du nord et à des giboulées de neige. L'eau s’éleva à vingt-cinq pieds au-dessus de son niveau moyen. Les.habitants de quinze tentes des Dacotas furent tous noyés au-dessous de l’île Sèche, près de la Grande Rivière, plus bas que les villages des Ariccaras. :

« À la pointe de la forêt, près de l'embouchure de la rivière Chayenne, demeurait un certain Pascal Séré, qui trafiquait avec les Dacoctas. L'eau s’élevant avec rapidité, il se réfugia, avec ses marchandises, sur le toit de sa maison ; mais la maison fut enlevés par le courant, et entraînée à une assez grande dis- ‘ance, jusqu'à un endroit où la glace avait formé une digue naturelle ; la maison fut portée dans la forêt qui bordait la rive, et y fut déposée tout entière. 1 »

Pei de temps après, Faribaült transporta ses pénates à Mendota,-où sa famille séjourna plusieurs

2 Voyage dans l'Intérieur d7 l'Amérique du Nord pendant les années 1832, 1838 et 1834, vol. I], p. 845, F

années. Il allait trafiquer chaque hiver à son ancien poste des Petits-Rapides.

Les Sioux, avec lesquels il était surtout en contact, sont l’une des iribus les plus féroces de l'Ouest, et, malgré leur amitié en général pour Faribault, il courut en plus d’une o: casion les plus grands dangers au milieu d’eux.

Une fois entre autres, en 1836, il reçut une trèsgrave blessure d’un Sioux, auquel il n'avait pu donner un certain objet qu'il demandait avec instance. Sans proférer une seule parole, le Sauvage irriié lui plongea son couteau dans le dos, un peu au-dessous de l'épaule. Il aurait expié sur-le-champ son crime, sans l'intervention de ses compagnons, qui empêchèrent à temps Olivier, l’un des fils de Faribault, âgé seulement de quatorze ane, de lui loger une balle dans la tête. Cette blessure était trèssérieuse, le couteau ayant atteint les poumons. Grâce à la vigueur de sa constitution, Faribault triompha pourtant de ce rude coup, dont il souffrit toujours plus ou moins par la suite.

En apprenant ce pénible accident, la femme de Faribault, n’écoutant que son dévouement, se init immédiatement en marche par une nuit profonde, accompagné d’un Sauvage, pour aller prodiguer ses soins à son mari blessé, et 2lle franchit d’un trait les trente-cinq milles qui séparent Mendota des Petits. Rapides.

Si Faribault eût à souffrir des procédés inhumains de quelques Sauvages, il n’en fut pas moins entcuré de la confiance et du respect de la plupart des tribus, éparses çà et là depuis le Mississipi jusqu’au Missouri, et de Là jusqu’à la rivière Rouge du Nord.

On a vu ce qu’il a fait pour leur inspirer le goût

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de la culture ; eh bien, il travailla à leur régénération morale et religieuse avec encore plus d’ardeur. Il ne perdait aucune occasion de leur prêcher le bon exemple. de leur faire voir le vide de leurs superstitions, et de les ramener à des sentiments plus chrétiens. Si quelque Sauvage avait des torts à son égard, il ne recourait pas aux représailles ; il essayait plutôt de le convaincre de son erreur par une douce persuasion qui manquait rarement son but. Ainsi, si quelqu’un a mérité le titre de pionnier évangélisateur, c’est bien lui.

Il est facile, après cela, de se rendre compte de l'influence qu’exerça Faribault sur ces terribles enfants des prairies pendant plus de soixante ans. Sa voix faisait autorité dans leurs conseils, ou dans leurs conférences aveGles représentants des autorités américaines. Bien des fois les Sauvages lui soumirent leurs différends les plus graves, certains que ses jugements seraient inspirés par la plus stricte impartialité. Ils lui avaient donné le nom de Queue de Castor—«Chapolisnitoy. » |

Il est consolant, assurément, de comparer la conduite de Faribault à ceile de tant d’autres traiteurs, qui, bien loin de moraliser les Sauvages, ne leur ont appris que les vices de la prétendue civilisation qu'ils leur apportaient.

Faribault passa plus de quarante ans au milieu des déserts de l'Ouest sans recevoir de secours religieux. Ce fut là Ja plus grande privation du courageux pionnier, qui conserva toujours l'esprit de foi qu'il avait puisé au pays natal,

Aussi, serait-il difficile de peindre la joie qu’il ressentit lorsqu’en 1817, il rencontra par hasard un prêtre égaré dans ces solitudes, qui bénit son mariage et suppléa au baptème de ses enfants.

Le premier missionnaire qu’il salua ensuite après de longues années, fut l'abbé Galtier, en 1840. Faribault trouva ce prêtre mourant au milieu des soldats du fort Snelling ; il l’amena à sa maison, lui prodigua les soins les plus empressés, et lui donna pendant quatre ans la plus généreuse hospitalité. Bien plus, il fit construire à ses frais une petite chapelle pour les Canadiens et les Sauvages, la première où se soit fait entendre la prière catholique dans tout l’Etat du Minnesota.

L'abbé Ravoux, vicaire général de Saint-Paul, arriva de France, en 1843, pour évangéliser les Sioux et remplacer l’abbé Galtier, qui alla raviver la foi des-Canadiens établis à Saint-Paul. Il reçut également l’hospitalité chez Faribault, jusqu’à ce qu’il apprit le dialecte sioux. Faribault donna, en un mot, en toutes occasions, des témoignages non équivoques de son attachement à la religion catholique et de son respect pour ses ministres.

Ce bon missionnaire, qui a fait tant de bien parmi nos compatriotes de Saint-Paul, nous écrivait, il y a quelques années, au sujet de Faribault et de son fils aîné, Alexandre: «Il y a trente ansenviron que j'ai connu Jean-Baptiste Faribaultet Alexandre, son fils ; je les ai toujours considérés comme mes amis, et ils le méritaient. L'un et l’autre se sont constamment montrés amis généreux de la religion catholique et de ses ministres. Jean-Baptiste Faribault, qui est décéde depuis quelques années, était réellement ur. homme d’une piété exemplaire.»

Faribault avait perdu sa femme en 1847, et la mort l’enleva à son tour à l’affection de sa famille et de ses concitoyens, le vingt août 1860, à l’âge de quatre-vingt-sept ans. Depuis longtemps il se préparait à sa fin, et il quitta la vie sans regrets, plein de résignation, avec le calme d’une âme anxieuse de participer aux jouissances éternelles. IL vécut assez longtemps pour voir se réaliser ses rêves les plus chers, et assister au merveilleux développement d’un pays qu'il avait trouvé à l’état vierge.

Il fut inhumé le vingt-deux août au milieu d’un grands concours de parents et amis, et ses restes furet déposés dans le caveau de sa famille.

Faribault avait eu plusieurs enfants de son mariage; mais trois seulement lui ont survécu: Alexandre, le fondateur et le principal propriétaire d’une ville qui porte son nom ; Emilie, la femme du major Fowler, de Saint-Paul, Minnesota, ancien marchand et vétéran de la guerre du Mexique; David, qui cultive une magnifique terre sur les bords de la rivière Cheyenne, dans la réserve des Sioux.

Tous ont été instruits à grands frais, à une époque où l'éducation était fort négligée et l'apanage du petit nombre. Mais Faribault sentait bien que la civilisation allait en peu de temps envahir le Minnesota, et il voulait que ses enfants fussent au niveau ‘ du prugrès qu'elle allait imprimer à ce pays.

Alexandre demeure encore à Faribault, et semble avoir hérité des principales qualités de son père. Pendant de longues années, il a fait Ja traite avec les Sauvages, ce qui lui a permis d'acquérir sur eux

beaucoup d'influence. Au mois d'avril 1850, le gouvernement le nomma l’un des commissaires chargés :’établir la paix entre les Sioux et les Sauteux. L'annve suivante, il fut élu par le septième district du Minnesota pour le représenter dans la législature,

C’est avec raison que l’abbé Ravoux loue son attachement à la religion catholique, car il en a donné plus d’une preuve éclatante. Lorsque l’abbé George Keller entreprit, en 1855, de bâtir une église à Faribault, il donna seul la belle somme de trois mille piastres.

. Il est aujuurü’hui père de plusieurs enfants, et a atteint l’âge avancé de soixante-douze ans. Ilest malheureusement menacé d’une cécité presque complète. Pour faire son éloge il nous suffira de dire qu’il a dignement marché sur les nobles traces de son père.

Nous ne saurions mieux terminer ce rapide aperçu de l’admirable vie du pionnier canadien du Minnesota, qu’en reproduisant quelques-unes des réflexions qu'elle a inspirées à deux écrivains d’origine différente: «Qu'on cherche en dehors de l’histoire chrétienne,» dit l'abbé Casgrain, «un plus beau caractère, un. carrière mieux remplie, une existence plus digne de fMieu et des hommes. C'est le vrai type du pionnier chrétien dans toute sa mâle beauté, tel qu’il nous apparaît à toutes les époques de notre histoire.» Le général Sibley affirme de son côté, « que de tous les pionniers du Minnesota, il n’y en a pas un dont :e nom mérite mieux d’être respecté et conservé que celui de Jean-Baptiste Faribault.»

Le Minnesota a voulu reconnaître ses services en donnant son nom à l’un des comtés de l'Etat.

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