LA FOLIE DE L'ÉMIGRATION
que tous les volumes que l’on pourrait écrire. Durant deux siècles, disons de 1675 à 1875, des centaines de mille Canadiens ont laissé la province de Québec. Ils allaient faire le commerce des fourrures, ou prendre des terres nouvelles, ou travailler dans les chantiers, ou chercher de l'or en Californie, ou tenter la fortune dans les manufactures de l'Est. Sur le grand nombre beaucoup étaient des hommes remarquables, qui se sont rendus célèbres par leurs exploits. Ils ont supporté tous les dangers et toutes les peines des premières découvertes. Qu'ont-ils eu pour tant de travaux, pour tant de périls? Pas un seul n’a pu 8e faire une position réellement éminente dans la république voisine. Un bien petit nombre ont pu atteindre à la fortune pour laquelle ils avaient tout sacrifié; et ceux-là mêmes n’ont pu en général la conserver pour leurs enfants.
I1 n’y a guère plus d’un demi-siècle les Canadiens-français étaient les seuls propriétaires du Michigan, du Wisconsin, de l'Illinois, du Minnésota et des régions au-delà. Aujourd’hui dans toutes ces immenses contrées, si on voit encore un Canadien riche ou occupant quelque position publique importante on en parle comme d’un prodige, comme d’un phénomène ; les journaux se passent son nom et le jettent aux quatre vents comme la preuve des rapides progrès de notre nationalité aux Etats-Unis! Et les babitants de la province de Québec croient ça à la lettre, et s’imaginent peut-être que chacun d’eux peut arriver à semblable position en allant aux Etats-Unis! Mais n'anticipons p°*.
J'ai dit que je veulais établir l’exacte vérité au sujet de l’émigration. or, cette vérité, c'est que, toute proportion gardée,