‹ Les Canadiens des Etats-Unis [microforme]Chapitre 5 sur 22 · L'ÉMIGRATION COMME MESURE DE LA PROSPÉRITÉ · texte numérisé non relu

L'ÉMIGRATION COMME MESURE DE LA PROSPÉRITÉ

d’un pays, la position des Etats vers lesquels la plupart de nos compatriotes s’en vont n’est pas plus belle que celle du Canada. Le recensement des Etats-Unis nous fait voir qu’une forte partie de la population de chaque état l’abandonne pour aller chercher fortune ailleurs. Ainsi, en 1880, on comptait 4,753,547 enfants du New-York vivant aux Etats-Unis; mais sur cenombre il n’y en avait que 3,556,394 qui vivaient dans l’état même, 1,147,158, c’est-à-dire que 24 pour cent du total, avaient émigré dans d’autres états. Le nombre de Canadiens vivant à cette époque dans toute

l'Amérique était de 4,432,649; sur ce nombre il y en avait 717,157, c'està-dire seulement 16 pour cent, vivant en dehors du Canada. L'émigration de l’état de New-York était donc beaucoup plus forte que du Canada. Ainsi, dans le Michigan on trouvait 145,968 Canadiens et 229,657 New. Yorkais: dans le Minnesota :5,28S Canadiens et 47,006 New-Yorkais ; dans le (Connecticut, 15,42S (Canadiens et 39,172 New-Yorkais; dans l'Illinois, 32,131 Canadiens et 120,000 New-Yorkais: dans le Kansas, 11,758 Canadiens et 42,779 New-Yorkais; dans le Wisconsin, 29,182 Canadiens et 86,580 New-Yorkais, et: Et le New-York n’est pas l’état le moins prospère de l'Union américuine; le mouvement d’émigration a été tout aussi fort dans beaucoup d’autres états. Tandis que le Canada perdait par l’émigration 16 pour cent de ses enfants, le Connecticut en perdait 26 pour cent; le Maine, 24 pour cent ; le Massachusetts, 20 pour cent; le New Hampshire, 34 pour cent; le Rhode Island, 24 pour cent; le Vermont, 41 pour cent; l'Ohio, 27 pour cent; l'Illinois, 24 pour cent, et le Wisconsin, 2? pour cent.

La déperdition dans le Maine, le New Hampshire et le Vermont a été si forte depuis trente ans, que de 1860 à 1890 leur population n'a augmenté que de 7 pour cent. Durant ce temps, celle de leur voisine, la province de Québec, augmentait de 22 pour cent.

Mais, sans doute, depuis longtemps on m’objecte que ceux qui laissent un état pour aller dans un autre restent sous le même drapeau, tandis que ceux qui partent du Canada s’en vont dans un pays étranger. L’objection est soutenable au point de vue politique; mais au point de vue commercial et industriel, l’émigration d’un état à l’autre prouve que la population n’est pas satisfaite de sa position, ou qu'elle obéit à quelque puissance occulte. Et la perte pour ceux qui restent dans le New Hampshire par exemple, est aussi grande lorsqu'un homme en part pour aller s'établir dans l'Ohio que s'il allait en Afrique ; il en résulte les mêmes inconvénients, la même dépréciation dans la valsur de la propriété.

La leçon à retirer pour nos compatriotes de tous ces chiffres est encore plus claire: Ils ne peuvent rie’: agner en s’en allant dans des Etats comme le Maine, le Massachusetts et le New York qui sont abandonnés par ceux qui y sont nés.

Page 1