CHAPITRE X
LA QUESTION DE LA NATIONALITÉ, (suUe)
L'œuvre des vieux éinigrée. — La Bituaiion de leurs fila. — L<»s résultats de l'américanisation. — Le catholicisme de la Jeune Amérique. — Témoignages de la Catholic Remew. — Nof? perles et la cause de ces pertes. — Le travail de protection. — Le Congrès de Baltimore et les Canadiens.
L'absence de cette protection puissante offerte par une langue nationale, a été Tune des causes les plus funestes des ravages que l'influence protestante américaine a pu opérer parmi les émigrants, vofius des pays de langue anglaise.
Loin de nous la pensée de chercher à dépricier les catholiques des États-Unis ! Ils ont fait des œuvres admirables de foi et de dévouement. Au prix de mille sacrifices, avec une énergie de croyance digne de tout éloge, ces émigrés ont iini par user le vieux fanatisme puritain. Ils ont planté solidement la religion catholique cktns un pajB où, il y a un siècle à peine, le prêtre, considéré comme un malfaiteur public, était menacé de de prison et d'exil. Leur générosité a bâti des églises, des cathédrales qui rivalisent de splendeur avec les vieilles basiliques d'Europe.
Mais la plupart de ces œuvres n'ont-elles pas été l'œuvre d'une génération qui, à défaut d'une langue nationale, gardait au moins pieusement dans le cœur les traditions et les mœurs de la vieille mère-patiit^ catholique ? Ces émigrés n'avaient pas encore subi l'influence du protestantisme américain. Les écrivains religieux de l'Amérique sont les premiers à le reconnaître. Durant de longues années, l'orgueil protestant ostracisa leurs compatriotes pauvres, méprisés, persécutés, mais aussi durant ce temps, ces émigrés ralliés autour de leurs prêtres, gardèrent vigoureuse la foi de leurs ancêtres, et présentèrent à l'ennemi une phalange que rien ne put entamer.
Ces jours d'épreuves furent des jours de triomphe pour les catholiques. Ils devini^ent forts et fondèrent partout des paroisses florissantes.
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Aujourd'hui, les barrières sont tombées. La société américaine a ouvert ses portes aux fils de ces émigrés catholiques. Bien plus, elles les a élevés dans ses écoles publiques, invités à entrer dans ses cercles littéraires et même à s'enrôler dans des organisations politiques. L'unité de langue et d'éducation américaine favorisait singulièrement cette conpénétration mutuelle dune société protestante et d'une société catholique. Elle s'est opérée, au moins parmi la jeune génération élevée aux États-Unis.
Quels en ont été les résultats ?
Prêtons l'oreille aux témoignages que des écrivains catholiques américains, nous donnent sur les conséquences de cette américaiiisafion rapide.
La Catholic Revieiv de New- York publiait le 4 juin 1887, un article intitulé : Ce que nous pourrons bientôt récolter. Nous y lisons ce qui suit :
" Pendant un demi siècle on a jeté dans le sol catholique de ce pays une semence dont le fruit mûrit maintenant et dont nous pourrons être appelés, d'un instant à l'autre, à faire la récolte. Pendant cinquante ans, les catholiques de ce pays ont vécu au centre même de la tradition protestante, sans (»coles pour protéger leurs enfants, sans journaux pour protéger les parents contre les assauts n'pités de cette tradition, contre sa
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force pénétrante qui, sous mille formes, s'impose à l'attention de nos populations et altère leur bon sens et leurs affections."
" Ce serait une folie de supposer qu'un peuple, quelque solidement établi qu'il soit dans la foi, puisse dans de telles circonstances se garder complètement de tout erreur. Beaucoup ont été perdus pour la religion, beaucoup sont devenus tièdes sans renoncer tout-à-fait à la foi, et beaucoup d'autres ont tellement mêlé les enseignements de l'Eglise aux enseignements de Terreur qu'ils sont devenus une source de danger pour le Catholicisme en Amérique Si les protestants américains
n'avaient pas traité les Catholiques avec mépris et liaine ; s'ils ne les avaient pas osfcracisés dans la société domestique, dans le monde des affaires et de la politique ; s'ils n'avaient pas fait de leur race et de leur croyance un sujet de mo(iuerie et d'opprobre, la position du Catholicisme ne serait pas aujourd'hui aussi avantageuse qu'elle est. Et malgré ses avantages, apparents et réels, nous sommes eu ce moment entourés de difficultés et menacés à l'intérieur de nombreux périls qui pourront bientôt nous causer d'immenses pertes et de grandes souffrances "
" La vieille génération, avec sa foi robuste et son esprit national fortement accusé, disparaît ; tandis que Ja jeune génération élevée dans les écoles publiques, pénétrée de la tradition protestante, nourrie de la lecture des journaux et des romans à sensation, veut être américaine jusque dans ses vices. Elle n'entend parler de la foi que lors de la première communion et parfois dans un sermon assoupissant Que peut accompl'r
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une telle génération ? . . . . Quels liens l'attachent à l'Eglise ? Les liens peu forts de la coutume et d'une croyance affaiblie dans ce que les ancêtres ont cru. Et encore ces liens sont-ils tendus au point d'être exposés à se rompre tout à fait." (Catholic Beview.ijwm 1887)
Le 3 août 1889, le même journal publiait un auti-e article remarquable sur le même sujet. En voici quelques extraits :
'' On discute beaucoup l'existence, parmi nos jeunesgens catholiques, d'une indifférence déplorable à l'égard de la religion. Et cependant peu de personnes sont en état de dire exactement quelle est l'étendue des ravages qu'elle a causés. On fait, de temps à autre, l'assertion alarmante, qu'un très grand nombre de nos jeunes gens ne s'approchent jamais des sacrements après Ja première communion. On dit même qu'un tiers des fils de parents catholiques sont perdus chaque année pour l'Eglise. Cela est-il vrai ? . . . "
" Pour nous aider à former une opinion plus arrêtée sur rétendue du mal, il est bon de considérer quelques faits importants qui nous sont présentés par des publicistes catholiques. "
" Ainsi, on affirme que la population catholique des États-Unis est aujourd'hui de dix millions.
" Le regretté Mgr Lynch, archevêque de Toronto, dont l'autorité en pareille matière n'est sui-passé par celle d'aucune autre personne, calcula, il y a dix ou quinze ans, que la population catholique des États-Unis, aurait dû (dors, par suite de l'immigration et de l'augmentation naturelle, atteindre le chifire d'environ seize mil-
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lions. Sans doute, c'est là un calcul bien fait qui montre quelles pertes immenses nous faisons."
" Sur les 10 millions de catholiques aux États-Unis, il y a, au moins, un million de garçons qui ont fait ou qui vont faire cette année leur première communion. Et* le tiers d'un million, c'est 333,000. '
" Pensez-y. Plus de trois «ent mille jeunes garçons que l'Eglise catholique va perdre dans une seule année aux États-Unis. Et ces pertes durent depuis des années et dureront. Dieu sait combien de temps encore ! "
(Gatholic Review, 3 août 1889)
La Revue cite, dans une note, les paroles d'un ministre protestant, le Rév. Fulton qui, le 19 octobre 1873, disait, se basant probablement sur les calculs de Mgr Lynch :
" Il devrait y avoir aux États-Unis 17,000,000 de catholiques et il n'y en a que 5,000,000. Où sont-ils allés ? Ils se sont rangés sous le drapeau de notre glorieuse République ; et à cause de nos bibles, à cause de notre système d'écoles publiques, à cause de nos journaux et de notre politique, à cause de l'ensemble des influences libéralisantes du peuple américain, dix millions de catholiques romains sont sortis de l'esclavage papal et participent aujourd'hui avec nous aux glorieuses libertés de ce pays."
(Gatholic Review, 3 août 1889, note.)
Si rapide a été le mal, si effrayants ses ravages, que partout aujourd'hui les pasteurs des peuples sont à l'œuvre pour élever ou relever les barrières qui doivent protéger leurs troupeaux contre les entreprises de lennemi. L'on ouvre des écoles paroissiales afin de transmettre aux enfants l'éducation, les mœurs, les traditions des ancêtres catholiques ; l'on décourage de toutes manières les mariages mixtes. Ton fait les efforts les plus louables pour ranimer et réchauffer les sentiments qui peuvent rattacher le cœur des émigrés aux souvenirs et à la foi de la vieille patrie catholique.
Et au moment même où les Evoques d'Amérique» effrayés par l'intensité du mal que l'assimilation américaine a causé à leurs ouailles, cherchent à raviver la flamme vacillante de la nationalité catholique, au moins dans son sens le plus élevé, des laïques du Congrès de Baltimore viennent parler aux Canadiens d amalgamation et de fusion ! Ils dénoncent les efforts qu'ils font pour garder ce qu'eux, malheureusement, ont perdu ; la langue nationale et les coutumes nationales du vieux pays catholique ! lis voudraient voir tomber les remparts qui ont protégé jusqu'ici les Canadiens émigrés, contre l'envahissement des idées protestantes américaines!
Il y a eu là certainement, une ingérence regrettable en contradiction flagrante avec las idées et les manières d'agir de l'Eglise catholique.
" EUe ne reconnaît ni Nord ni Sv/l, ni Est, ni Ouest " c'est vrai, sa charité est universelle, mais ce qui est vrai aussi, c'est qu'elle maintient et encourage tout ce qni peut contribuer à conserver la vie catholique au cœur de ses enfants : Or la langiie, les traditions les sociétés nationales sont d'un puissant secours pour atteindre ce but. Les Canadiens-Français avaient donc le droit d'entendre de la bouche de leurs conéligionnaires d'autres paroles que cette condamnation étrange :
• Les sociétés nationales comme telles n'ont pas de raison d'être dans V Eglise de ce pays. " .
(Congrès de Baltimore.)
Cet Ukase américain du reste, loin d'être le coup de mort des Sociétés nationales, leur a, au contraire, communiqué une impulsion, une vie toute nouvelle.
Rien de mieux pour mettre de l'entrain et de la vaillance dans le cœur d'un homme que de vouloir entraver ses désirs légitimes.
Plus énergiques que jamais, les Canadiens- Français, ralliés autour de leur drapeau et de leur programme national, ont répondu à cette provocation malheureuse, en fondant des Sociétés nouvelles et en affirmant de plus en plus leur foi dans la devise patriotique "notre Religion, notre Langue et nos Mœurs."
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