‹ Les Canadiens-Fran{rcedil}cais de la Nouvelle-Angleterre [microform]Chapitre 19 sur 129 · LE PRÊTRE CANADIEN ET LE COUVENT · texte numérisé non relu

LE PRÊTRE CANADIEN ET LE COUVENT

La besogne du prêtre le dimanche et sur semaine. — Le prêtre Juge en Israël. — Le prêtre administrateur. — Le prêtre chef officiel. — Ce que produit sa présence dans les centres Canadiens.

Si Ton me demande à qui sont dus ces résultats si consolants, je réponds sans hésitation : Au prêtre canadien et au couvent canadien.

A cet égard, la Providence a merveilleusement servi les émigrés. Elle leur a donné des prêtres zélés, pieux.

vaillants au travail, habiles à manier les esprits, doués en général d'nne aptitude étonnante pour lés affaires temporelles et l'organisation de ces paroisses où il fallait tout créer. Ce n'est pas un compliment banal que je fais ; c'est un hommage sincère, un témoignage de justice que je rends à la vérité.

Quand on a vu de près les obstacles qu'il y avait à surmonter, on reste vraiment surpris d'up succès aussi complet. Des 120 paroisses canadiennes, fondées en vingt ans dans les villes de l'Est, souvent dans des conditions où personne ne pouvait croire à la réussite, pas une n'est tombée, pas une ne s'est trouvée dans des embarras financiers un peu sérieux. Partout, au contraire, la paroisse canadienne s'est consolidée, partout elle prospère. Dans nombre de villes, il est question de donner à l'église-mère une ou deux succursales pour subvenir aux besoins religieux des Canadiens qui arrivent et s'établissent

Si important est le rôle du prêtre Canadien aux États- Unis, que je crois devoir lui consacrer un chapitre spécial, afin que l'on puisse mieux apprécier les services que ces vaillants missionnaires rendent à leurs compatriotes émigrés.

Sa situation est fort complexe. Pour réussir, il lui faut un ensemble de qualités qu'il est parfois assez difficile de trouver unies dans un seul homme.

Le prêtre aux États doit avoir un cœur d'apôtre, ui.e tête d'homme d'affaire, la prudence et le calme d'un magistrat qui connaît de toutes les causes, enfin l'énergie d'un chef de peuple qui, au besoin, sait défendre les intérêts de ses administrés et réclamer leurs droits.

Comme curé de paroisse, le prêtre dit généralement deux messes le Dimanche, ou dans son église ou dans une mission, parfois distante de 6 à 10 milles. Il prêche aux deux endroits. La messe finie, il perçoit la rente des bancs, répond aux difficultés des paroissiens, puis fait le cathéehisme aux petits enfants.

Le prêtre canadien, en effet, ne se contente pas-, comme c'est souvent la coutume aux Etats, de faire enseigner la religion par des jeunes gens et des jeunes filles de bonne volonté. Fidèle aux traditions de la vieille France et du Canada, il se charge lui-même de cette tâche fatigante, il est vrai, mais si pleine de consolation pour le cœur du prêtre, et si féconde en fruits de salut. L'autorité de sa parole fera pénétrer les vérités étemelles dans ces jeunes âmes, à des profondeurs que les passions atteindront difiicilement dans la suite. La foi restera malgré tout, et un .iour^ cette foi provoquera le remords et le repentir. De plus, cet enseignement personnel, établit entre le pasteur et les enfants des liens d'affection, de religieuse confiance que les années ne feront que resserrer. Le Canadien se souvient

toute sa vie, du prêtre qui lui enseigna le cathéchisme, comme aussi, du jour de soleil et de paix céleste qu'on nomme le jour de la première communion.

Cette cérémonie se fait toujours avec une grande solennité dans les églises canadiennes. Dieu sait les larmes de joie qu'elle fait couler des yeux des mères, et les remords salutaires qu'elle réveille au fond de cœurs coupables, mais qui se souviennent alors des jours d'innocence d'autrefois.

Durant la semaine, les occupations ne manquent pas. Il faut entendre les confessions de dévotion, toujours nombreuses chez les Canadiens, visiter les malades et enfin surveiller les écoles de paroisse. Si le prêtre veut, en effet, que ccb écoles réussissent, il doit s'en occuper activement, et paraître au moins une fois la semaine, dans les classes des petites filles et surtout des petit.s garçons, pour soutenir l'attorité des bonnes sœurs et rappeler aux insoumis l'efficacité d'une correction toute paternelle.

Qardien de la moralité publique, s'il y a quelque désordre dans la paroisse, c'est au prêtre que l'on s'adressera pour le faire disparaître.

Confident des familles, conseiller universel, si quelque ménage est en désaccord, si une mère de famille a du trouble avec ses enfants ou avec ses voisines, ce sera au

DE LA NOUV£LL£-àNOL£T1RRE 103

prêtre a rétablir la paix et ï'union. A M. le curé encore, l'on apportera les petits enfants malades, pour qu'il les guérisse, ou du moins les soulage par ses prières. En un mot, on lui dit tout, on le consulte sur tout ; pour ses paroissiens, le prêtre canadien est un véritable juge en Israël.

Ce rôle est touchant, sans doute, mais il exige de la part du prêtre, une patience et une charité à toute épreuve. A tout ce monde, il faut faire bon visage, avoir une parole de bienveillance pour chaque visiteur, prendre bien garde surtout, de ne pas frqisser par des manières trop brusques, la naïve confiance de pauvres femmes , toujours un peu longues, naturellement, dans leurs confidences. Il lui faudra aussi connaître à fond les mœurs et les habitudes de ces braves gens, pour donner des conseils efficaces et mettre un peu de baume sur des cœurs parfois profondément ulcérés. Un prêtre canadien réussira dans cette mission délicate, un prêtre, étranger aux mœurs de ces émigrés aurait-il le même succès ?

Chef officiel du culte, le prêtre est encore administrateur unique de tous les biens temporels de sa paroisse. ^jlji'y a pas de fabriques paroissiales aux Etats. Le curé gère toute les propriétés ecclésiastiques, il passe les contrats pour la construction des églises ou couvents, surveille les travaux, perçoit la renie des bancs, et âdmi-

nistre en toute indépendance les revenus de Téglise. Une fois Tan, seulement, il doit rendre compte de l'état financier de sa paroisse, à TEvêque et aux paroissiens.

Cette situation, tout en favorisant la liberté d'action du pasteur pour les œuvres nouvelles qu'il désire créer, lui impose en même temps une charge bien pénible, surtout dans les grandes paroisses, et lui fait encourir une responsabilité, qui n'est cert.es pas exempte de périls. Ce ne sera pas assez pour lui, d'être un prêtre pieux et zélé, il faudra encore qu'il possède les qualités d'un administrateur temporel vsage et prudent.

Les Canadien» sont généreux pour leurs églises, j'en conviens, mais ils ont toujours au cœur, le souvenir des vieilles fabriques du Canaxia. Il faut bien le reconnaître, ce n'est pas sans quelque difficulté qu'ils se soumettent à la discipline qui régit les paroisses de la Nouvelle- Angleterre. Ils aiment à savoir où va leur argent. Si donc le pasteur néglige de leur donner un état satisfaisant des finances de l'église, et de l'emploi qu'il en a fait, les murmures ne tarderont guère à se faire entendre, et les revenus diminueront dans la même proportion.

Les panasses canadiennes aux Etats-Unis forment, pour ainsi dim, des colonies distinctes, au milieu de populations diSérentes dç langage et d'habitudes sociales. Ces émigrés récemment installés aux Éteints, se sentent pas mal dépaysés, au milieu des Américains

DE LA NOUYELZJS^ANQLETERBE 105

protestants. Ce sont des groupes d'hommes qui ont besoin d'un chef, des catholiques à qui il faut un pasteur. Le prêtre seul a les qualités nécessaires pour réunir ces éléments épars en un faisceau solide et résistant. Seul aussi, il peut, par son influence morale, faire contrepoids à l'autorité suprême des agents de fabriques, et prévenir ou supprimer, en grande partie du moins, les causes de troubles entre les employés et les patrons.

I Au temps de la conquête, le curé canadien parvint à conserver à son peuple sa langue et son autonomie nationale, malgrés les assauts répétés des races anglosaxonnes qui cherchaient à l'entamer et à le détruire. La forte organisation de la paroisse sauva la nationalité canadienne, en ces jours^'épreuve. La même force la maintient et la maintiendra longtemps je l'espère, au milieu des populations protestantes des États-Unis.

L'arrivée d'un prêtre canadien dans un centre industriel, produit en peu de temps, des changements merveilleux. Les Canadiens isolés jusqu'alors, se connaissant à peine, se rallient autour du chef qui leur inspire confiance, et bientôt, Ton s'occupe avec ardeur à élever la citadelle qui gardera la langue, la religion et la nationalité, l'église canadienne catholique. Nombre d'hommes oublieux jusqu'alors de leurs devoirs de chrétiens, reviennent au Dieu de leur enfance, les désordres cessent, la jeunesse se discipliiiie, elle prend des

106 LES CANftDIEKS-FBANÇ^IS

allures respectables, le quartier canadien qui, assez souvent, jouissait d'une réputation peu enviable, devient très vite calme et rangé.

Témoins de ce changement, les Américains sont les premiers à en exprimer leur étonnement, et à féliciter le paâteur de Theureuse influence qu'il exerce sur ses compatriotes.

On le voit, elle est noble et féconde en fruits de salut la mission que le prêtre canadien remplit aux États près de ses concitoyens émigrés.

Page 1