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PAROISSE ST-AMÉDÉE— ST^OSEPH

Curé fondateur... . Mgr Rapp, ancien évéque

de Cleveland (1872-1877)

Sème curé résident : Rév. J. Kerlidon .... (1886- . . . ,)

Les Canadiens des îles et des bords du lac Champlain pauvres et pour la plupart travaillant sur les terres, au service des Améiicains, se trouvaient depuis longtemps dcois une situation religieuse déplorable. Incapables de se bâtir même de modestes chapelles, ils ne pouvaient que recevoir de temps à autre la visite des prêtres du Canada, ou de Burlington, qui venaient, en passant, leur apporter les secours de la religion.

Dieu leur envoya enfin un missionnaire et un apôtre

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Mgr Rapp et les Canadiens du Vermont.

En 1870, Mgr Rapp, évoque démissionnaire de Cleveland, se retirait chez son araî Mgr de Goësbrîand. Encore vigoureux et plein d'un zèle tout apostolique, Mgr Rapp reprit aussitôt en faveur des Canadiens du Vermont, la vie de missionnaire par laquelle il avait débuté dans louest. Il se mit à parcourir les centres isolés du Vermont, prêchant, catéchisant, réveillant partout la foi endormie dans les cœurs.

L'on garde encore un pieux souvenir des travaux héroïques de TÉvêque missionnaire et des mortifications qu'il pratiquait. L'on se rappelle aussi la belle humeur avec laquelle il supportait les incidents variés de sa vie

d'apôtre.

A Alburg, il se retirait dans une pauvre cabane isolée, tout près du cimetière, et à plusieurs' milles de toute habitation.

Là il passait la nuit, la plupart du temps sans feu, enveloppé seulement dans ses couvertes. Et encore, son Bommeil était-il troublé par des rats tapageurs qui, en quôtô de pitance s'en prenant pai'fois à la garderobe de révêqiie, tandis qu'à son réveil. Sa Grandeur était saluée par une bande de crapeaux qui, la tête hors do leurs trous, le contemplaient " avec des yeux si doux ! "

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Jamais, du rester le bon evêque n eût la pensée de troubler ces hôtes étranges depuis longtemps en possession de la vieille masure.

A Enosburg, Mgr Rapp pensionnait chez un vieux Canadien, nommé Lafontaine.

Le père Lafontaine était pauvre, bien pauvre, mais il avait un bon cœur et un fonds inépuisable de belle humeur, qu'il mettait bien simplement au service de l'évêque missionnaire.

" Monseigneur vous aimez le poulet, n'est-ce pas, la ** dinde, un gigot de mouton ? Eh bien, vous n'avez qu'à " parler. Monseigneur, vous serez servi. En attendant, " voici ce <iue j'ai à vous offrir. " — Et le vieux déposait solennellement sur la table, au déjeûner, au dîner et au souper, les humbles grillades de lard, flanquées du sempiternel plat de patates cuites à l'eau, qui composaient tout le menu du répàs.

L'évêque riait de bon cœur et mangeait de bel appétit.'

Parfois pourtant, le bonhomme jouait, sans le savoir, des toui-s moins plaisants à son hôte.

Un soir, faute de chaise dans le réduit, Mgr avait jeté ses vêtements sur un petit poêle, qui se trouvait au milieu de l'app^irtcment, et s'était endormi profondément. Or, ce soir là, contre son habitude, le vieux Lafontaine avait allumé le poêle, sans en rien dire à l'évêqu^, au milieu de la nuit. Mgr se réveille à moitié

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suftV)qué par la fumée, il se lève en toute hâte, et sauve a grand'peine, comme il peut, les restes de sa garde rolie qui brûlait.

Le bon évêque était le premier à rire de ces inésarcntures. Il continuait avec ardeur ses coui*ses apostoliques, regrettant seulement de n'avoir à mettre au service de ses pauvres Canadiens, qiie son grand cœur et son zèle d apôtre, quand la Providence lui vint en aide d'une manière fort extraordinaire.

Lors(jue Mgr Rapp était évêque de Oleveland. un américain lui avait donné plusieurs actions sur une mine d argent du lac Supérieur. Durant de longues années, ces titres parurent n'avoir aucune valeur, quand tout-à coup, en 1872, l'évêque apprit à sa grande joie, que ses actions lui donnaient droit à des dividendes considérables.

Jamais fortune n'arriva plus à propos, ni à un homme dii^osé à en faire meilleur usage.

Aussitôt il employa pour les Canadiens, la plus grande partie de cet argent providentiel. A Enosburg il leur bâtit une école qui sert aujourd'hui de presbytère au prêtre résident ; il donna au P. Cam, de Swanton, une somme considérable pour son couvent, il construisit une jolie petite église pour les pauvres catholiques d'Alburg, une autre à l'île Lamothe, se réservant pour lui-même un petit appartement, immédiatement au dessus de la sacristie. C'était bien modeste. Il y avait ïk juste place pour un Ht, un prie - Dieu, et une table de

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travail, et révêque en entrant chez lui devait courber sa haute stature pour ne pas aller donner de la tête 'eonti-e les soliveaux de la toiture.

N'importe, Mgr Rapp éttiit content.

Pendant plusieurs années, il desservît ces populations tîomnie un .simple missionnaire. Après avoir donné la messe à ses catholiques d'Alburg. il franchissait souvent à pied, hiver comme été, les sept milles de distance qui le séparaient de ses enfants de Tîle Lamothe. TA surtout, au milieu de cette population simple et bonne, Tévêque se sentait en famille. Jeunes et vieux il les réunissait à l'église, et durant de longues heures leur parlait du bon Dieu et de la religion, puis, le soir venu, il faisait la .prière avec eux, comme un père «le famille au milieu de ses enfants.

Il chercha même à améliorer généreusement leur contlition matérielle.

La plupart de ces Canmiiens étaient des journaliers, au service des Américains. Mgr Rapp rêva de les faire propriétaii-es. Il leur avança à chacun quelques centaines de piastres pour s acheter un emplacement et se bâtir un petit chez eux. L'essai, il faut le dire, no fut pas très satisfaisant. Ces pauvres gens comptant trop sur la générosité du bon évêque, négliijèrent le travail, et leurs petits cottages furent bien vite mangés par les hypothèques. Pourtant l'élan était donné, et aujourd'hui bon nombre de ces Canadiens ont une modeste maison et quelques arpents de teiTe à eux autour de leur église.

Mgi- Rapp se proposait encore de bâtir d'autres chapelles pour les Canadiens des bords du lac Chainplain. quand la mort vint tout-à-coup arrêter ses desseins charitables.

Il prêchait une retraite à la Grande Ile, lorsqu'une hernie dont il souffrait depuis longtemps, se débanda. Il n'y avait pas de médecin sur l'île, il fallut donc, au milieu de grandes souffrances, transporter le malade à St Albans chez scn ami M. Druon. Mgr Rapp eut à peine le temps de recevoir les derniei-s sacrements, puis il expira le jour de la Nativité de la Ste Vierge, le S septembre 1877.

Le vaillant missionnaire avait dispî\ru, mais sou œuvre resta pour dire son zèle des anus et son amour pour les Canadiens du Vermont.

Il y a quelques années, Mgr de Burlington put enfin donner un curé résident à ces petites paroisses du lac Champlain. Ce fut le Rév. M. Kerlidou, prêtre pieux et zélé, qui, à force de privations et de sacrifices, a réussi à mettre ces centres Canadiens sur un très bon pie<l. En 1888, il acheta à l'île du Nor<l, un grand hangar à marchandises, qu'il transforma en église fort conve nable.

Tous ces centres sont pauvres, très pauvres, et M, Kerlidou n'a pas à sa disposition la mine d'argent de Mgr Rapp. Quelques minots de patates, des légumes, de temps à autre un quart de farine, sont à peu près les seuls présents qu'il reçoit de ses i aroissiens : mais M.

Kerlîdou est breton et apôtre. Il a réussi depuis quatre ans à tenir la situation, et il espère bien la tenir longtemps encore.

Entre ses courses de missionnaire, le bon M. Kerlidou a trouvé le moyen d'écrire l'histoire du fort Ste Anne, bâti jadis par les français à Tîle Lamothe. Sur remplacement de ce fort, il a rêvé de constiTiire une chapelle k la patronne des Bretons et des Canadiens, et d'en faire un lieu de pèlerinage pour les catholiques des États voisins.

Puisse ce rêve devenir bientôt une réalité !

Puissent des âmes généreuses aider de leurs aumônes le vaillant missionna're, à exécuter un dessein si patriotique et en même temps si glorieux pour la bonne Ste Anne.

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