‹ Les Canadiens-Fran{rcedil}cais de la Nouvelle-Angleterre [microform]Chapitre 4 sur 129 · PRÉFACE XV · texte numérisé non relu

PRÉFACE XV

Son Eminence le Cardinal Taschereau daigna accueillir favorablement cet essai, et même il exprima le désir de le voir mettre en brochure pour aider les Canadiens émigrés " à conserver leur foi, en conservant lewr langue et leur nationalité, "

Ce livre est la réalisation du désir de Son Eminence.

Le premier travail a été complété par des chapitres supplémentaires, d'un intérêt plus particulier pour les Canadiens du Canada et des Etats-Unis, et enfin par une deuxième partie, où l'on raconte les origines des paroisses canadiennes de la NonveUe- Angleterre,

Dans ces pages, Tauteur a cherché :

1° A donner une idée exacte de la situation matérielle et religieuse des canadiens établis dans les Etats-Unis (le l'Est.

2** A faire connaître les efforts heureux tte ces catholiques, pour consener leur religion et leur langue.

8** Enfin à examiner les chances d'avenir et les résultats probables d'une migration si extraordinaire.

Ce livre est, de plus, un hommage rendu à l'énergique dévouement de prêtres qui, en peu d'années, ont mené à bonne fin des entreprises considérables, et en même temps un témoignage de la foi et du patriotisme de ces émigrés qui sur la terre étrangère veulent, à tout prix, rester catholiques et Canadiens-français toujoura.

Québec le 17 Octobre 1890,

en la fête de la B. Marguerite-Marie, deuxième centenaire de la mort de la Bienheureuse.

INTRODUCTI )X

Les catholiciùes du monde entier suivent avec intérêt les progrès étonnants de notre religion dans les Etats- Unis d'Amérique. Pai-tout de nouveaux diocèsesVorganisent, fies paroisses se fondent, des églises se bâtissent ; les évêques ne peuvent suffire à satisfaire les désirs des fidèles qui leur demandent protection et secours. •

L'honneur d'avoir conquis pour une bonne part ces vastes régions à la foi revient surtout aux deux races irlandaise et aliemande qui, depuis le commencement de ce siècle, n*ont cessé de jeter par milliers leurs émigrants catholiques sur les rives hospitalières do la grande République américaine.

La tâche de ces nouveaux venus fut rude et pénible. Il leur fallut surmonter bien des obstacles, endurer bien des persécutions, faire bien des sacrifices, avant de pouvoir y établir leur religion sur des bases solides et durables. Aujourd'hui, le résultat n'est plus douteux. Le concile de Baltimore a pu, à bon droit, se réjouir de la situation prospère de l'Eglise en ce pays, et remercier Dieu des bénédictions qu'il ne cesse de lui donner.

Les Allemands catholiques, au nombre de plusieurs millions, occupent principalement les Etats de l'Ouest tandis que les Irlandais ont envahi les grandes villes de l'Est et les Etats plus voisins de l'Atlantique. Mais, outre ces deux grands courants d'émigration qui ont contribué à donner à l'Eglise une position si florissante aux Etats-Unis, il en est un troisième, sur lequel je désire attirer dans ces pages l'attention de mes lecteurs. Je veux parler de l'émigration des Canadiens- Français, principalement dans les Etats de la Nouvelle- Angleterre.

Moins connue que les grandes invasions des races allemande et irlandaise, plus modeste dans ses proportions et ses visées, cette émigration canadienne n'en a pas moins, au point de vue des intérêts catholiques, une influence déjà considérable, et dont l'importance ne peut que se développer avec le temps. Elle apporte avec elle, au sein de populations fortement entamées par Taction dissolvante du protestantisme et d'une civilisation trop sensualiste, une foi robuste, des traditions catholiques

saines et vigoureuses, une vitalité qui n'est surpassée par aucune autre nation du monde, des mœurs paisibles et enjouées, un tempérament heureux et tenace en même temps, qui, tout en faisant accepter aux Canadiens leur nouvelle situation sociale, les porte cependant à rester unis, pour garder sur la terre étrangère les usages, la langue et surtout la religion de la mère-patrie.

La Providence semble réserver à ces Canadiens-Fran • çais un rôle important dans les États de TEst, où ils s'implantent d'une manière si rapide et si extraordinaire. Déjà même, l'on peut entrevoir les grandes lignes de ce plan divin, et prévoir la noble mission qu'auront à remplir ces lîls de la vieille France, pourvu qu'ils restent fidèles à leurs traditions catholiques et à la direction sage et intelligente de leurs pasteurs. ~ ^

Avant de rechercher quelles pourront bien être les destinées de ces Canadiens-Français émigrés aux États- Unis, faisons d'abord connaissance avec eux. Voyons quelle est, sur la terre étrangère, leur situation matérielle et sociale, comment ils y pratiquent leur religion, les secours et les difficultés qu'ils rencontrent.

Nous pourrons ensuite examiner plus sûrement s'il y a des chances probables, pour ces émigrés, de former un jour au sein de la grande République un peuple distinct de langue, de mœurs et de religion.

L'émigration canadienne dans les États de l'E^t re-

monte à peine à quelque vingt-cinq ans. Les troubles politiques de 1837 avaient bien, il est vrai, jeté un certain nombre ,de Canadiens sur les bords du lac Champlain, dans les montagnes du Vermont et le nord do l'État de New- York, mais ces groupes avaient peu de consistance. Isolés au milieu de populations protestantes, encore fortement imprégnées du vieux fanatisme puritain, les Canadiens eussent bien vite perdu et leur foi et leur nationalité, si le zèle de Mgr de Goesbriand, évêque de Burlington, ne fût venu à leur secours en leur donnant des prêtres fran<,*ais et canadiens i\u\, peu à peu, les ramenèrent à la pratique oubliée de leui's devoirs religieux.

L'émigration (»n masse commen(;a seulement après la guerre civile de ISGO. L'industrie prit alors dans les États de rE.st un essor prodigieux. Partout Ton se mit à construire des manufactures, et les Canadiens vinrent en grand nombre y demander du travail. Alarmé par cet exode (\m mena(;ait de dépeupler les campagnes, le gouvernement canadien, d'accord avec Tépiscopat, tâcha par tous les moyens possibles d arrêter le mouvement et de le tourner vei*s la colonisation à Tintérieur. Ce fut en vain. Le flot de l'émigration renversa tous les obstacles, franchit toutes les digues, et, poussé par une force irrésistible, continua d'envahir les villes et les villages de la Nouvelle-Angleterre.

()y s*est appliqué à lechereher les causes d'un mouve-

ÏNTRODÙCriON 5

ment si eztraoïxlinaire, et Ton en a assigné plusieurs. L'amour des aventures, inné chez le Canadien ; le luxe, rineonduite, qui £oroent à vendre le patrimoine paternel et à chercher un asile à l'étranger ; le manque d'industrie en Canada, l'appât de salaires relativement élevés : tout cela, sans aucun doute, a dû pousser nombre de nationaux à émigrer aux États. Pourtant ces causes n'ont aucune proportion avec les résultats que nous avons sous les yeux. Elles n'expliquent d'une manière satisfaisante ni la position qu'ont acquise les Canadiens émigrés, ni surtout la résolution arrêtée chez la plupart d'entre eux de se fixer dans leur nouvelle patrie. Il faut, je crois, regarder plus haut pour comprendre cette migration étrange. La rapidité avec laquelle elle s'est accomplie, la facilité avec laquelle les Canadiens, transplantés sur une terre étrangère, ont immédiatement reformé le moule catholique de la paroisse qui les fit si forts au Canada ; l'énergie qu'ils ont déployée pour bâtir des églises, élever des couvents, se grouper ensemble et s'organiser en congrégations florissantes, soutenues au dedans par tout ce qui peut alimenter la piété chrétienne, défepdues contre les influences pernicieuses du dehors par la force de Tassociation et d'une presse généralement bien dirigée : tous ces éléments de vie catholique organisés en un quart de siècle, au sein même de la citadelle du vieux puritanisme, semblent indiquer, comme je l'ai déjà dit, une action aussi bien qu'une mission providentielle dont l'avenir seul nous révélera toute l'importance. En attendant, ce qui a été réalisé déjà nous aidera à comprendre ce que nous sommes en droit d'attendre encore.

6 INTUODUCTION

Ub séjour de vingt années au CiMiada, des mûsioas données pendant dix ans chez les Canadiens émigrés aux États me mettent à même, je crois, de fournir sur eux des informations qui, à défaut d'autre mérite, auront du moins celui de la véracité et de Texpérience.

Page 1