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Pierre qui roule n’amasse pas mousse, ” dit le pro-
verhe. On traduit ici: Canadien qui mouve ne sera jamais ni rentier, ni propriétaire.
Il y a enfin une troisième classe d’émigrants, que j'ai nommée l’émigration permanente, la plus considérable de beaucoup, comme aussi la plus solide. C’est elle qui bâtit des églises, fonde des couvents, organise des centres
nombreux et bien disciplinés, et peu à peu s'empare de.
la main-d'œuvre dans toute la Nouvelle-Angleterre, C'est de cette classe de Canadiens émigrés que nous allons nous occuper désormais.
La plupart d’entre eux viennent des districts ruraux du Canada, des cantons de l’Est, des diocèses de Trois-
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Rivières et de Rimouski. Leurs terres étaient devenues trop pauvres pour faire vivre de grosses familles ; ils ont entendu dire qu'avec cinq ou six enfants en âge de
travailler: ils pourront bien vite, aux États-Unis, jouir
d’une honnête aisance, et les voilà qui laissent leurs maisons et leurs champs pour aller s'établir dans quelques centres manufacturiers de la Nouvelle-Angleterre.
En quelques années, des milliers et des milliers de cultivateurs canadiens ont ainsi échangé leur existence. rurale pour une vie d'ouvriers, dans les immenses manufactures des États-Unis. Ce déplacement de population s'est fait sans secousse, en silence, pour ainsi dire, comme si un mot d'ordre de la Providence avait envoyé ces hommes accomplir un décret mystérieux en s’implantant
au cœur même du puritanisme protestant. Cette con-
quête pacifique s’est accomplie avec une telle rapidité que la surprise a été grande au Canada, aussi bien qu'aux États-Unis eux-mêmes,
Longtemps on a contesté l'importance des résultats ; aujourd’hui il faut bien se rendre à l'évidence : 400,000 cultivateurs canadiens sont devenus ouvriers dans les fabriques de l'Est, Le travail de ces vastes usines est, en grande partie entre leurs mains ; les capitalistes américains ne peuvent plus se passer de l’'émigration camadiénne: sans se trouver en face d’une ruine com-
plète.
nues Cette dépopulation en masse est sans doute une cala- k '; ils mité pour le Canada. Îl'eût été bien préférable de garder k ge de ces hommes au pays, où ils auraient fondé des familles L jouir de colons attachés au sol. Mais, d'autre part, elle a “ leurs. permis à la race française et catholique de jeter de pro- à quel- fondes racines dans les États de l'Est, et qui sait le rôle À berre. qu’elle peut être appelée à jouer dans l'avenir ? 4
CE ‘ TA Si lon veut avoir une idée de la force du contingent
envahisseur, il suffit de jeter les yeux sur les États qui
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tence.
FF formaient jadis la Nouvelle - Angleterre, et qui se ation nomment aujourd'hui le Maine, le Massachussets, le à he Rhode-Island, le Connecticut, le New-Hampshire et le ï VE Vermont. Ces six États ont une population totale de { ntant 4,010,508 habitants, et les catholiques y comptent pour À , coni- un peu plus d’un quart, soit 1,151,000, répartis comme W idité suit : re ; . Catholiques. Canadiens-Français, FAUX Massachussets... ... 665,000 132,000
Rhode-Island.… ..... 100,600 32,000
Connecticut......... 200,000 24,234 tats ; à
Maine............. 71,900 40,919 0,000 New-Hampshire....…. 70,000 40,302 ns les Vermont........... 45,000 33,204 non 1,151,000 302,659 listes ation Les Canadiens-Français forment donc bien près du com- tiers de la population catholique total: de la Nouvelle-
Angleterre.
En outre, il faut remarquer d'abord que la moitié au moins dés catholiques de langue anglaise sont concentrés dans quelques grandes villes de l'Est, comme Boston, qui à elle seule compte plus de 250,000 catholiques, tandis que les Canadiens, au contraire, s’établissent pour la plupart duns les petites villes manufacturières, et qu'ils forment déjà la majorité dans plusieurs d’entre elles. Tout près de cent mille autres Canadiens occupent le nord de l'État de New-York et les diocèses de Syracuse et d'Albary. Enfin, ces nouveau-venus ont bâti, en vingt ans, 120 églises ou chapelles desservies par des prêtres canadiens, 50 grands couvents, où des religieuses venues du Canada donnent une éducation catholique et française à plus de 30,000 enfants. D’après ces quelques indications, il est aisé de voir quel appoint considérable est fourni par l’émigration canadienne-française à l’Église catholique dans la Nouvelle-Angleterre.
C’en est assez, semble-t-il, pour lui mériter, sinon les sympathies, au moins le respect des catholiques américains de nationalité différente. Elle leur prête déjà un concours efficace pour l'extension de la foi dans les États, et le jour peut venir où ils trouveront en elle une alliée nécessaire pour repousser les attaques de l'ennemi comrun.
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