‹ Les canadiens-français de la Nouvelle-Angleterre [microforme]Chapitre 157 sur 190 · STE. MARIE · texte numérisé non relu

STE. MARIE

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Heureusement pour les paroissiens de Ste Marie, ce jour n'arrivera pas de sitôt,

: Manchester est traversé par le Connecticut, sur lequel s'élèvent les inmenscs fabriques de la compagnie américaine l’Amoskeag, qui emploie plus de 12,000 travailleurs.

Jusqu'en 18890, la ville ne s'était bâtie que sur la rive droite du fleuve. Les collines de la rive gauche étaient presqu'entièrement inoccupées. Le Rév. D. Halde eut alors l'idée de construire une chapelle sur le sommet de ces collines, comptant bien que la beauté du site et le bon marché des terrains y attireraient bientôt les Canadiens en grand nombre.

Ses espérances se réalisérent.

En 1882, M. Hulde quittait Ste Marie ct M. Hévey le remplaçait.

M. Hévey est un des premiers prêtres Canadiens qui se soient consacrés au salut de ses compatriotes émigrés.

En 1871, il avait commencé la paroisse de Lewiston et bâti la belle église de St Pierre. En 1881, il la céla aux RR. PP. Dominicains et fit un voyage en Europe pour raffermir sa santé, ébranlée par des travaux excessifs.

À son retour, l'Evêque lui offrit la paroisse Ste Marie, alors en formation. M. Hévey accepta et se mit à l'œuvre avec toute l’activité d'un jeune homme.

Ste Marie comptait alors 2,500 âmes et avait une dette de 10,000 piastres (1882).

+ * + Durant, quelques années, les progrès furent assez lents, le ‘Curé formait ses plans; bientôt il les mit à exécution.

À côté de la chapelle, il acheta d’abord une bonne résidence privée dont il fit son presbytère.

De l’autre côté de la rue, il y avait un vaste plateau tout planté de beaux pins ; il s'en rendit propriétaire.

Autour de lu chapelle, en arrière, les terrains étaient encore inoccupés : M. Hévey acheta et acheta encore.

Et les bonnes gens tout ébahis de se dire les uns aux autres : “— Mais qu'est-ce que notre Curé compte donc “ bien faire de tous ces terrains-là ? A quoi va-t-il les “ employer ? ”

— Patience : vous le saurez bientôt.

En 1885, tout près de l’église, M. Hévey construisit un splendide couvent en brique de 88 x 47, et le confia aux Sœurs Grises de St Hyacinthe

De l'ouverture des classes date aussi l'accroissement rapide de la paroisse Ste Marie. Dès la première année, le couvent se trouva trop petit pour les enfants qui se présentaient.

Il fallut songer à diviser.

En 1886, M. Hévey bâtit pour les garçons une grande académie de 88 x 50.

Elle se compose d’un sous-sol dont une partie sert de salle de récréation aux enfants en hiver, d'un entre-sol

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d'un étage complet et enfin d’un second étage de 19 pieds de hauteur. (C’est une vaste salle avec galeries, qui s'étend sur toute la longueur du bâtiment et qu’on utilise pour réunions, concerts, représentutions dramatiques, etc.

Cette salle décorée à fresques est d’un fort bel effet, Elle peut asscoir 800 personnes.

En 1886 encore, M. Hévey fit à la chapelle temporaire une addition de 32 pieds.

En 1888, nouvelle addition nécessitée par l’'augmentation constante de la population.

En 1888 encore, deux ailes de 19 x 18 sont ajoutées à l’Académie des garçons.

En 1891, M. Hévey va construire en arrière de son église actuelle, sur les vastes terrains qui lui appartiennent, une basilique qui fera la gloire des paroïssiens de Ste Marie.

Enfin en 189., au milieu de ce beau bouquet de pins, dont nous avons parlé plus haut, l’infatigable Lâtisseur ! élevera un grand orphelinat, où les petits orphelins jouiront d'un air pur ct d'une vue magnifique sur la ville et la vallée de Manchester, tandis que les bonnes ÿ sœurs en charge de l'établissement, n'auront que la rue gai à traverser pour se rendre à la maison-mère ou à l’église. He

Voilà ce que M. Hévey, secondé par ses paroissiens, a déjà fait et compte faire pour sa paroisse de Ste Marie, si Dieu lui prête vie et santé quelques années encore.

Mais, direz-vous, tous ces achats et toutes ces cons- È ‘“ tructions ont dû coûter des centaines de mille piastres ?” A — Sans doute, — “ Où donc le Curé de Ste Marie prend- L “ail cet argent ? Serait-il, par hasard, propriétaire de is ; quelqu mine d'or, ou ses paroiïissiens sont-ils des q

“ richards dont la générosité est inépuisable ?”

— Ni l'un, ni l'autre.

M. Hévey n'a pas de mine d’or, ni d'argent à sa dispo- V sition, ct ses paroissiens, loin d être des richards, sont

tout simplement de braves ouvriers gagnant de mo- S diques salaires et qui, la plupart, ont de nombreuses d

bouches à nourrir à la maison.

Seulement, le Curé de Ste Marie possède deux secrets S qui assureront toujours le succès de ses entreprises.

Tout d’abord, il connaît à fond ses Canadiens, et, sans

les pressurer, il sait pourtant les tenir toujours en

haleine pour son église et ses œuvres. Il demande peu à

la fois, mais il demande souvent, puis, il a toujours bien

soin de leu: montrer de l’ouvrage fait pour leur argent, Les Canadiens de Ste Marie sont fiers de leur couvent, fiers de leur belle académie, comme ïils seront bientôt fiers de leur magnifique église et de leur orphelinat. C'est là le premier secret,

Le second secret est plus difficile à expliquer.

M. Hévey a toujours été un grand bâtisseur, et par conséquent un grand quêteur. Il lui faut à tout prix, faire tomber l’argent dans sa caisse. Or le Curé de Ste

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Marie est si engageant, il sait si bien enjoler son monde, il est si habile à combiner ses plans d'opération que, lorsqu'il ouvre un bazar, qu'il donne un souper, une soirée quelconque pour son église, protestants aussi bien que catholiques, se font un plaisir d'aller lui faire plaisir.

La recette est toujours abondante.

Zélé pour le temporel de sa paroisse, M. Hévey ne l'est pas moins pour le spirituel.

in 1886, les PP. Hamon et Larue $. J., donnèrent à Ste Marie, une grande mission pour y établir la Ligue des Hommes. Ils enrôlèrent 576 membres.

Depuis que ces lignes ont été écrites, il est arrivé à Ste Marie deux événements importants.

Le Rév. M. Hivey a été élevé par Rome à la dignité de Protonotaire Apostolique, et les amis si nombreux du vaillant missionnaire, se sont réjouis de voir ce beau couronnement d’une carrière pleine de mérites et de bonnes œuvres.

Le 25 octobre 1890, la chapelle de Ste Marie devenait la proie des flammes. Ce malheur temporaire a immédiatement amené comme compensation un heureux résultat.

La grande église projetée est en marche et Mgr Hévey verra ainsi se réaliser plus tôt qu'il ne pensait, le rêve qu’il caresse depuis qu’il est Curé de Ste Marie.

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