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Ces dévotions touchantes, ces pratiques de piété, lentement développées dans les familles, à travers les siècles, et qui passent du cœur des mères dans le cœur des enfants, donnent aux catholiques canadiens une physionomie religieuse particuliere, distincte, à coup sûr, de celle des catholiques américains. Il la garderont tant que, par la langue, ils resteront un peuple distinct aux Etats-Unis, et aussi tant qu'ils auront des prêtres canadiens, au courant des habitudes religieuses de leurs compatriotes, pour les entretenir et les satisfaire À l'église.
Ces dévotions ne sont pas la Foi, je le sais, mais elles protègent la foi et la font vivre. De la même façon, les feuilles et les fleurs ne sont pas le fruit, et pourtant sans elles, les fruits ne sauraient jamais venir à maturité.
Autre avantage qui, certes, n'est pas à dédaigner.
En gardant ainsi, par la langue, leur vie sociale et religieuse, les centres canadiens sont prêts à incorporer immédiatement les nouveaux émigrés qui arrivent sans cesse du Canada. Pour eux il n’y a ni tâtonr::ents, ni dangers possibles. De l’autre côté des lign:s ils retrouvent de suite ce qu’ils ont laissé en Canada : une société et une église toute canadienne. Qui pourrait dire le nombre d'émigrés qui grâce à cette protection, ont sû garder intacte leur foi religieuse ?
Qu'arriverait-il, au contraire, si la langue française cessait d'être pour les Canadiens émigrés, la langue de l'Eglise et du foyer domestique ?
Dispersés et fondus dans la mase des catholiques américains, comme l'ont tant souhaité les partisans de l'américanisation à outrance, ces Canadiens n'auraient plus dès lors aucune raison de demander des paroisses spéciales, ni de se tenir ensemble, et bien vite, ils perdraient tout d’abord, leur physionomie sociale.
Garderaient-ils au moins leur physionomie religieuse ?
D'après la théorie que j'ai exposée plus haut, il est certain que le catholique américain et le catholique canadien, unis dans la même croyance, offrent cependant des différences notables, dans les manifestations extérieures de cette foi. Chacun d'eux a ses coutumes nationales, ses manières d’être et d'agir particulières, en un mot, son cachet religieux spécial et bien tranché.
Dans l'hypothèse de la fusion, ce serait au Canadien, bien entendu, à se dépouiller de sa physionomie religieu ie nationale, pour s'adapter à cette forme nouvelle et souvent contraire à ses habitudes traditionnelles. Il lui faudrait, à coup sûr, un temps considérable, joint à une rare bonne volonté, pour refaire ainsi son éducation
et se trouver à l’aise dans des congrégations catholiquesaméricaines.
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Et l'émigration qui, pareille à un fleuve continu, descend toujours du Canada aux Etats, qu'en ferezvous ? Le travail d’assimilation n'aura jamais de fin, il sera toujours à recommencer,
Autre question, trop délicate pour que j'y réponde moi-même : Cette assimilation serait-elle favorable à la vie religieuse des Canadiens ? Leur foi en deviendraitelle plus robuste, leur piété plus tendre, leurs idées et leurs mœurs plus catholiques ?
Tout à l'heure des écrivains religieux américains ont nous donner la réponse à ces questions.
Enfin, dernier avantage de la langue nationale des Canadiens aux Etats-Unis, elle les isole du moade protestant américain si indifférent à toute croyance religieuse, si relâché dans sa morale, si profondément hostile à toute idée chrétienne, et dans ses écoles, et dans sa littérature et dans ses journaux.
Grâce à sa langue, le Canadien se trouve soustrait aux principaux dangers qui assuillent la foi des catholiques; émigrés aux Etats.
Que les Canadiens-Français des États continuent donc de garder soigneusement leur langue nationale à l’église et au foyer domestique, afin de garder en même temps leurs croyances catholiques. Qu'ils défendent énergiquement cette langue contre toute attaque extérieure au intérieure. Que toutes les forces dont ils disposent,
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église, couvent, Sociétés de St-J.-B. et journaux canadiens se donnent toujours une ain ve‘ilante pour pro-
téger cette forteresse qui abrite les trésors les plus précieux.
Tant que les Canadiens-Français parleront français aux États, ils resteront catholiques. Du moment qu'ils perdront leur langue, en règle générale, ils perdront aussi leur foi, ou du moins ils ne garderont plus que des croyances religieuses fort affaiblies,
L'expérience n'a malheureusement que trop démontré l'exactitude de cette assertion.