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LES IRLANDAIS ET NOUS

La célébration du soixantenaire du régime fédératif devra provoquer des retours sur le passé. Il ne faudra pas que l’éloquence perde le droit de dire la vérité. Le souvenir devra inspirer quelque dignité à l’exubérance et, devant le rappel des conflits et des heurts, motiver les mises au point qui s 'imposent. N 'allons pas laisser à l’histoire l’exemple d’une race qui prend les avanies pour des félicitations. Que l’on n’oublie point qu’au fond de l’antagonisme qui a fait sur certains points de notre territoire s’affronter deux groupes ethniques, se dissimulent comme des explosifs les agitations irlandaises. Disons les choses comme il faut les dire : il n 'est sûrement pas de groupements catholiques qui aient fait aussi peu que la minorité irlandaise pour nous comprendre et nous rendre justice. Les intérêts communs de la foi et les exigences supérieures de la charité catholique auraient dû offrir une base d’entente et de coopération sociale. Il eût semblé de haute convenance que les menées orangistes n’eussent pas reçu les approbations tacites de certains anglophones de notre foi. Décemment encore, c’est avec un cynisme éhonté que V Orange Sentinel, au nom des loges ontariennes, invitait les Irlandais catholiques à persévérer dans leur attitude antifrançaise en leur représentant que les Canadiens français catholiques subordonnent leur foi à leur patriotisme.

L’histoire, depuis un demi-siècle, démontre que nos aggresseurs se sont souvent recrutés parmi les Irlandais. C’est un fait également que les Irlandais catholiques ont profité de notre esprit de justice et des concessions libéralement consenties pour tenter de dominer.

Et c’est un fait malheureusement général au Canada et aux Etats-Unis. Partout où les deux éléments viennent en contact et où il arrive aux Irlandais d’accéder à une parcelle d’autorité, ils ne l’utilisent que pour des fins de persécution, quittes à crier euxmêmes à la persécution si on ne les laisse partout dominer.

Que l’on réalise la mise au point faite par Sa Grandeur Mgr Gauthier lors de la confirmation dans la paroisse irlandaise de Saint-Michel. Mgr l’archevêque administrateur a protesté contre les propos tenus par certains orateurs de la Société Saint- Patrice. L’un d’eux a osé déclarer déplorable la condition faite aux catholiques de langue anglaise. « Des propos de ce genre sont trop violents pour être justes, a dit S. G. Mgr Gauthier. Ils ne s’appuient pas sur des faits. Ils sont en outre très imprudents en ce sens qu 'ils créent un état cl 'esprit susceptible de nuire à l 'intérêt des âmes. Quand on compare ce qui se passe dans la province de Québec à ce qui se passe ailleurs, la comparaison est tout à notre honneur. La population catholique canadienne-française de Montréal est plus que double de la population catholique de langue anglaise de tous les diocèses du Canada réunis. Nous ne cherchons pas dans notre province à imposer aux enfants une langue étrangère à la leur, en matière d’éducation. La prétention de certains catholiques de langue anglaise qui voudraient avoir des évêques et des prêtres de leur langue partout est ridicule et absurde. Les Canadiens français catholiques et les Canadiens irlandais catholiques constituent une même famille. Je condamne comme indiquant un esprit mauvais tout mouvement qui mettrait une barrière entre les deux groupes. »

Hermas Bastien.

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