‹ [Les Cancans]Chapitre 213 sur 297 · C'EST ENCORE UNE FÊTE POUR NOUS · texte numérisé non relu

C'EST ENCORE UNE FÊTE POUR NOUS

Le 4 novembre... la S t -Charles I Eh bien! oui, la St.- Charles est encore une fête pour nous, qui ne barbotions pas clans le gâchis doctrinaire et le mortier royal ^ qui ne sommes ni la jsoeur de M. Thiers, ni le portier de M. Guizot, ni le souffleur de grand poulot , dans ses improvisations tricolores, ni Persil , ni Fontaine, ni maçon aux Tuileries, ni pairs de France au Luxembourg, ni lieutenant-colonel de la Charte, ni faux témoins à Blois, ni procureur du roi à Nantes I Oui, Messieurs^ ricanez, haussez les épaules! Nous sommes gens de peu , qui honorons la vieillesse, respectons le malheur et n'avons pas ôté leur vieux sens aux mots français de fidélité et de reconnaissance ! Or , quand la

f»orte est close, à la nuitée, au coin du feu, qui chasse îhumidité de novembre , nous aimons, ce joui-là, à nousî souvenir... Et ce souvenir est encore , comme presque ton-' jours, une source de regrets, car il est un motif de comparaison.... ■- Eh bien ! oui. .. et où est le rna! ? Nous comparons lé présent au passé , notre aisance d'hier à nos souffrances <l*àu-' jourd'hui , nos gloires d'Alger, d'Espagne et de Grèce auk' humiliations d'Ancône, de Belgique , etnous regrettons celui <{ui , sans le dire , nous faisait croire que la prospérité àé\ la France était une vérité! Elle en vaut une au ire , celle-là, voyez-vous, mes camarades; et quand les journées étaient bonnes au comptoir et à l'atelier, au diable qui, en bien chopinant, le soir, grâce à ce pauvre gouvernement si critiqué , s'aigrissait le caractère des affaires de l'état et s'occupait des jésuites, de la Ciiarte , de Polignac et d'autres. La Charte, nous l'ainàons tous: c'est vrai. Il fallait la respecter : d'accord 1 Mais, voulez-vous que je vous le d^se, la Charte, c'était un livre singulier; quand ou le lisait à gauche, on croyaily voir bien des choses cju'on n'v vovait

log

pas à droite , et quand on le lisait à droite , on y voyait réelieinént des choses qu'où faisait semblant de ne pas voir à gauchcl Mais enfin, vous qui parliez tant de cette Charte, vous qui disiez que qui voulait plus ou jvoinc n'était pas bon Français, vous ne l'étiez pas bons Français, puisque vous la vouliez avec l'article i4 en moins! .. Vous l'aviez aussi jurée cette Charte avec cet article... Vous le connaissiez! vous le citiez t\ souvt>nl ! H était toujours là quand il fallait arracher quelque concession : c'était , à vous enten«<lre, ce qui suppléait à tout ce (|ue la royauté sacrifiait, c'était là son asile inviolable... Vous avez attendu qu'elle s'y fût réfu{;iée. pour prouver comment vous entendiez cette inviolabilité... Vous avez respecté cet asile comme vous avez tenu votre serment. Ah! sans contredit , vous êtes d'adroits comédiens ! Seuls parjures , seuls protitans du mensonge et de la tromperie, vous criez bien fort au mensonge et au parjure ! c'est tout simple : dans l'espoir de donner le change, le fripon ne crie-t-il pas aw voleur! plus haut que celu» qui a été volé.

Mais encore une fois, Charles eût été réellement parjure s'il n'eût pas exécuté cette Charte comme il l'entendait, comme vous l'aviez vous-mêmes comprise , et si bien comprise, que votre premier .soin, dans votre révision, a été de supprimer cet article , que dans sa royale bonne foi il avait cru saoré, et juré comn.e les autres. Vous parlez de jésuite! Taisez-vous, il n'y a de jésuites que vous; car si vous croyez encore au serment, vous avez fait celui-là avec restriction... Mais non , vous n'en avez que faire : les paroles pour vous sont de vains sons qui n'ont de sens que celui que lui prête votre intérêt; et qaand vous levez la main , ce n^est pas pour attester le ciel , c'est pour la mettre à la hauteur de quelque place à prendre, de quelques écus à empoigner !

Vous ne conspiriez pas, n'est-ce pas?... Il n'est plus temps de le nier; vos avetix ont été recueillis : il y a eu entie vous ce règlement de compte qui suit un mauvais coup, quand, dans une Ircupe. . . de héros^ l'un vient demander tant pour avoir attiré la victime dans le piégr : celui-là , pour avoir retenu ses mains; l'autre, pour avoir étouffé sa voix; celui-ci, pour lui avoir porté le premier coup. Pour repousser toutes ces attaques, Charles n'avait que l'arme que ses ennemis lui avaient traîtreusement laissée. . . Eldisons-le franchement : s'il est coupable, ce n'est pas parce qu'il l'employa peut-être; c'est qu'il le fit sans vigueur, c'est au'il la remit à des mains traîtres.ses ou impuissantes !

Mais il a fait tirer sur le peuple ! . . . Nous en sommes du peuple, nous! et nos fils, nos frères sont tombés dans les

( 3 ) rangs de la garde royale, avant que vous eussiez dos luarlyrs à compter I De quelle arme sont sorties les premier.es balles qui ont frappé ces généreux soldats, et ensanglanté nos rues?. . . Le savez-vous , bons Français?... D'un fusil anglais! ! I Et le lendemain de la prise d'Alger ! . . . Celait le boulet de la Casauba que 1 envieuse Albion nous payait en monnaie. Ab ! ne criez plus aux Suisses. . . Ne faites plus montre de votre iiaine de l'étranger. . . Vous aviez les Anglais avec vous... Vous avez fait de l'héi^oisme ensemble... Le lendemain , ils vous complimentaient sur les murs de Paris, et vous assuraient de Tamitié du peuple anglais ! I... ÎJoble et patriotique alliance, signée du sang de l'armée française sur les débris du trône I. . . Commencée par un assassinat, elle ne devait avoir poiu' résultat que la honte et l'opprobre.

// a fait tirer sur le peuple ! Mais tous les jours, dans vos journaux révolutionnaires, vous déclarez qu'il y a nécessité de réduire par la force les fractions dissidentes d'un peuple qui veut changer le gouvernement adopté par tous. . . Est-ce devant votre Lafayette que vous adresserez ce reproche au vieillard détrôné?... Le peuple a été frappé par balayette au Champ-de-Mars. . . Le peuple a été mitraillé par l'empereur que vous déifiez.. . La mitraille de novembreet dejuin est encore chaude dans lesmursdeLyon et de Paris , et vous savez qui l'envoyait à ce peuple que vous îi'ompez , que vous égarez . quand vous ne le décimez pas!

Pour nous, que vous n'avez pas trompés encore ; pour nous, que vous décimerez peut-être . il y a des larmes, des souvenirs , des regrets dans la journée du /^ novembre ; car, nous le répétons, nous sonuues gens de peu qui honorons la vieillesse, respectonsle malheur, etn'avouspasôtéleur s'ieux sens aux mots français de reconnaissance et de fidélité.

UIN OUVRAGE D£ MADAME DEGENLIS.

Et du quel, s'il vous plaît, prétendez-vous nous entretenir?... Est-ce du Siège de la Rochelle? — H y a bien du siège dans ce dont je veux vous parler. . . mais ce n'est pas le nom de l'ouviage ea question. — Sont-ce les Petits Emigrés'?.,. — Eh ! eh ! ils ont bien avec lui quelque rapport ; mais ce n'est pas encore cela ! — ( e sont donc les Veillées du Château ? . . . — Il y est aussi fait mention des VeilUes du Château , et je vous assure que ce n'est pas la partie la plus gaie du sujet. — Est-ce V Herbier Moral? — C'est bien aussi du règne végétal : mais je vous assure qu'il n'y a rien de moral. — Ah I les Chevaliers du Cj-gne, peutêtre?. . . — C'est d'une autre couleur, et il y a un chapitre complet contre le signe des chevaliers. — Je ne vois qu'A-^

dilc et Jhcudoi-e ou V Educaiiun. . . — L'Kdiuationl .^. par madame de Gculis?. . . Attendez doncl vous en approchez ; mais c'est l'autif; lilie c^ui diffère... Tenez-vouS beaucoup au titre } . . . Non , n'est-ce pas ? à quoi cela vous servivait-il d'ailleurs ? J/ouvrage dont j'ai à vous dire deux mois en a cliangé déjà , et peut en changer encore. . . qui sait ? et je vous assure qut vous le reconnaîtrez bien san.s cela . . . Ecoutez-itioi I c'est un jjros volume qui a quelque rapport pour rép»»i^!ieur avec le Cuisinier Bourgeois et le Guide de l étranger à Paris ; on pourrait le prendre aussi pour un Daréme ou Comptes-Faits^ k l'usaye des boutiquiers. Il est d'ordinaire relié en veau, et quelques personnes voudraient l'avoir à dos brisé ; on le trouve quelquefois doté sur tranche ; mais le plus souvent il est broché en papier gris. On le débitait autrefois au Palais-Égalité; ujais , depuis quelque temps , il pai'aît sur un étalage du côté des quais, en face du Pont-Royal , où, l'on doit le dire, il fait triste fjgure. Voilà pour l'extéiieur. A l'intérieur, ou reuiarque que le papier n'est pas blanc, que le caractère n'est pas franc, et que les épreuves n'ont servi à rien j car tous les jours on y découvre de nouvelles fautes, et la dernière édition ne sera composée que d'errata.

Vous voulez savoir quel est le genre de l'ouvrage?.. . que vous dirai-je ? C'est comme tout ce qu'a fait madame de Genlis, un mélange de faux et de vrai , où , sous le nom d'historique, on propage de bons gros mensonges ; le commencement est républicain ; on ne sait pas au j usf e ce qu'est le juste-milieu. Quant au dénouement, ... on le prévoit, et nous vous en parlerons plus tard. On blâme généralement le plan; on trouve que le style est diffus,.. . et que les mêmes mots s\ répètent trop souvent. Quelques puristes prétendent même qu'il n'est pas écrit en bon français. On l'a composé pour faire suite à un ouvrage généralement estimé, mais il est resté bien loin en arrière de ses devanciers ; et l'on espère que les éditeurs, éclairés par cet essai, s'arrêteront au premier volume. Quant à nous, qu'il a bien et duement ennuyés, nous n'avons qu'un conseil à donner au spéculateur qui se chargera de la première édition : si la fin de l'ouvrage répond au commencement, mettez à ce mot fin un errata, et imprimez en gros caractères : Lisez : FI !

Page 1