LA NOUVELLE DU 8 NOVEMBRE
« La duchesse de Berri est arrêtée!... elle est prisonnière! » Arrière!... vous mentez, imposteurs!... Vous mentiez quand vous disiez que la charte serait une vérité , quand vous annonciez que nos drapeaux flottaient sur les murs de Lisbonne ; quand vous proclamiez !a grande victoire des héroïques Polonais: quar^d vous assuriez que le roi d'Espagne était mort! î... Vous mentez tous les jours ; car tous les jours vous parlez de liberté, d'ordre public, de commerce en face de Sainte-Pélagie , en face des émeutes, à côté de la place du Châtelet... Arrière! vous mentez encore !
Tel a été notre premier cri.
A nous, qui croyons à la fortune delà France, à l'honneur
national aatant qu'à volrc perfidie, autant qu'à votre audace menteuse , il a été permis de douter de la nouvelle du 8 novembre !
Nous ne sommes pas les seuls qu'elle ait trouvés incrédules... Tant mieux, nous ne sommes pas les seuls bons Français...
Oui, il y en a, oui, leur nombre s'accroît de jour en jour, et cette conviction nous soutient au milieu de notre affliction. Ces jor.rs ont été pour nous un singulier amalgame de douleurs et de joies ; car, inaperçus, mêlés au peuple , nous l'avons suivi, étudié à Paris dans les différentes phasesde l'inva^sioa de celte fatale nouvelle.
Nous l'avons vu l'accueillir comme nous d'un rire d'incrédulité et de moquerie.. Puis ia pâleur sur les visages^ la consternation dans tous les traits, croissaient avec les preuves qui la confirmaient... Puis, quand on n'en douta plus, il y eut des pleurs dans les rues, d'énergiques exclamations, d'étranges torsions de mains dans les marchés, et des bâtons, aux promenades, qui fendaient l'air , comme si devant eux eussent été les portes d'une prison ou le geôlier en chef qui les fait fermer sur l'héroïque mère !
Et quand vous vous réjouissiez de cette importante capture, vous ne saviez donc pas, hommes du juste-milieuvos espions ne vous avaient donc pas dit tout l'intérêt qu'elle inspire , tout l'amour qui s'attache à cette fenilue adorable, que toutes les femmes pleurent, que tous les hommes un jour voudront venger ! . . .
Une mère, misérables ! Mais une bête' féroce s'attendrit, dit-on, à l'aspect d'une mère qui lui d-emahdait son fils... Il est vrai que ce fut un lioa qui se montra généreux à Florence, et que c'est une hyène, à Paris, à qui il faut ensemble"à dévorer et la mère et l'enfant!
Enfin elle est eu votre pouvoir, dites-vous. .. Oh I félicitez-vous de votre nouveau trophée!... Honteux parodiste de tous les grands crimes, creusez dans votre iuiagination un fossé de Vincennes autour de sa prison ! Faites valoir ce gage qu'on semble tout prêt à donner à la révolution; prouvez-lui, qu'aussi débouté qu'elle, vous pouvez frayer ensemble ; effrayez le monde de cet accouplement inique ; faites-vous des voix- avec de l'infamie , comme un autre se fit de la pourpre avec le sang de Condéî... Cette pourpre, vous le savez, ne peutieiudre qu'un linceul, et ces voix que vous achetez à ce prix crieront un jour aussi anathème au traîti'e, au parjure', à l'ingrat !
Ah ! que déjà vous avez où pâlir et trembler, si l'on vous a répété les maléuicUons dont le peuple a salué votre triomphe I C'est que votre triomphe est une atteinte à la morale publique^ c'est qu'il blesse ce qu'il a de plus pré-
ùeux, lui , le peuple : sa conscience et sa foi ! Dans ce temps où vous avez confondu toutes les idées du juste et de l'injuste , obscurci ce qu'il y avait de plus clair, dérangé ce qu'il y avait de mieux établi, mis l'argent à la place de l'honneur, flétri, glacé tous les sentimens, désenclianté tous les devoirs, en cotant leur produit comme on fait d'une niarcliandise de Bourse , le peuple^ qui a besoin de foi, de croyance, de chaleur pour son ame, les a cliCi\,hées avidement auprès de ceux qui en montrent encore ; et qui en montre plus que sa bonne duchesse! Que de motifs de sympathie entre elle et luil... Il souffre : elle est malheureuse, errante, proscrite ; il s'impose mille privations pour ses eofans : elle brave la mort pour son fils ; il a besoin de courage : elle en donne à l'univers le plus sublime exemple. Elle est pour lui plus que l'espérance : elle est la foi I II la remercie : par elle, il n'a pas désespéré de lui-même, par elle il a senti que leurs systèmes de calcul, leurs leçons d'égoïsme n'avaient pas encore rendu son ame stérile coinme leur cœur.; qu'il y avait encore là de la sè\e pour nourrir des sentimens noblés , vrais^ désintéressés, et un écho pour répondre à leur appel.
Honneuràtoi, noble femniel noble mère! Bu fond deleurs chaumières vendéennes, de leurs chemins creux, de tes dangereuses cachettes, tuas trouvé, dans tous les cœurs français, tu as remué un sol fécond, et ton héroïque persévérance l'a ensemencé de lys. Pour h:- ter le moment de la récolte, il y avait un moyen tout trouvé : la persécution ! Tes ennemis l'emploient..;.. Comme toi , nous nous en remettons au
ciel, au temps Va vienne le temps de la £loi"aison ,
Henri et sa mère ne manquerout pas de couronnes !