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— C'est à monsieur Troubletal que j'ai l'honneur de parler?
— A vos ordres, citoyen; qu'y a-t-il pour vot' service?
— • Je viens vous proposerr.ne petite affaire, monsieur Trou- })lelat. J'ai enlemiu parier avantageusement de vos talens; ils ont fait du bruit dans le monde , et je ne >-eraii pas fâche de les mettre à profit : en un mot, j'aurais besoin d'une petite émeute. -
— Vous faudrait-il ça tout de suite?
— Mais, le plus tôt sera le mieux.
— Et tenez-vous à ce qu'elle soit chaude?
— Oh ! absolument , il me la faut très-chaude.
— J'entends, j'tntends, dans le soigne; au reste, ça de'pcnd du prix (jue vous voulez y mettre : j'en fais àSosous par tête; mais c'est un peu mou... Pour avoir quelque chose de piopre , il faut mettre 3 francs. Avez-vous vu la dernière? Heini, ça ronflait, j'espère! Et quanti on dit, pas un homme d'empoigne'...; rien que les curieux, les amateurs. Oh! l'alîaire était bien monte'e... On entendait de temps en temps mes f^rosses voix populaires : A bas! à bas! à bas ! ! Le diable en aurait eu la chair de poule.
Combien voulez-vous que je vous mette de voix populaires?
— Mais, je n'y tiens pas.
— Ce n'est donc pas pour le gouvernement?
— Eh ! non.
— C'e>tsans doute pour la republique ou Napole'onlJ? Dans ce cas, il vous faudra des drapeaux tricolores, force drapeaux ; il n'y a que cela pour allumer le peuple...
— Vous n'y êtes pas , monsieur Troubletat ; il n'est question ni de la re'pubiique ni de Napoléon If ; il ne s'agit que de faire briser la boutique d'un insolent pâtissier qui est venu s'établir à ma porte, et qui me souffle mes pratiques.
— Oh ! c'est bien différent ; c'est une émeute bonrgeoi.se qu'il vous laut. Alors, deux fiacres qui s'accrochent devant la mai- .^on du drôle; une dispute s'engr.gc ; vos garçons et les .siens sortent en bonnats et tabliers blancs; moi, j'ai eu soin d'aposter des hommes qui ont aussi des bonnets et des tabliers blancs.
Ils tombent à l'improviste chez le voisin nui vom gêne, et son afFaire est faite. Ileitn ?
— Permettez, monsieur Troubletat, je vois là dedans bien des bounets blancs ; si on allait prendre vos hommes pour des carlistes?
— Quel grand mal! Les carlistes ne peuvent -ils faire une émeute comme les autres? J'espère bien avant peu avoir leur pratique. J'ai travaillt; pour les républicains, pour les buonapartistes, pour le juste-milieu ; je ne serais pas fâché défaire un peu de commerce avec les carlistes. Vous concevez? ce serait une pratique de plus. Ajoutez à cela les petites fournitures bourgeoises, les commandes qui me pleuvent de la province... £h ! eh! eh! {Il se frotte les mains. )
— Oh! je vois bien, monsieur Troubletat, que vous ferez de bonnes affaires , si cela continue.
Il y a de bonnes gens qui s'imaginent que, parce que la branche aînée des Bourbons dépensait tout son argent (ce qui, disent-ils, faisait aller le commerce), la branche cadette doit en faire autant. Cela ne s'appelle pas raisonner.
Comment, en effet , supposer à la maison d'Orléans, qui a recouvré à sa rentrée de l'émigration une niasse de biens tellement considérable, qu'elle pourrait suffire à la fortune d'une province entière ;
Qui vient de loucher dix millions pour sa part de l'indemnité accordée aux émigrés ;
Qui récemment encore a hérité de la plus grande partie des biens de la maison de Condé ;
Qui, dans la personne du roi-citoyen, touche tous les mois un provisoire d'un million 5oo,ooo fr. de liste civile, et reçoit encore deux millions de rentes du roi de Naples... ;
Comment , dis-je , supposer qu'elle parvienne à dépenser tout cela?-.. Il y a impossibilité.
MM. les députés se plaindront - ils que la jeune cour imite les scandaleuses prodigalités de son aînée ?