LE VÉRITABLE MATHIEU LAENSBERG A PARIS
Vous le connaissez... vous l'avez vu sur la couverture azurée de ses petits almauachs, le difjne maître Laensberjj, astronome, et qui plus est astrologue liéjjeois, comme chacun sait !
Vous l'avez vu , l'œil à .^a lunette, ni plus ni moins que Grand-Poulot regardant de loin si Chassé se rend, et vous avez admiré, Messieurs et Mesdames , sa belle Loupelande garnie de fourrures, sa grande barbe, tous ses globes célestes , et de chaque côté de sa vénérable tète le soleil et la lune qui lui font une grimace comme n'en feraient pas un carliste et un républicain attachés comme deux feuilles de poirier à la droite et à la gauche d'un fruit juste-milieu !
Ce vénérable savant, Messieurs et Mesdames, dont vous n'avez vu que la portraiture , je l'ai vu moi en cliair et en os... Il est à Paris... C'est c(jmme j'ai l'honneur de vous le dire, à Paris, en personne, lui, Mathieu Laensberg, astronome, et, qui plus est, astrologue liégeois, commechacun sait.
Ilaquitté, rexcellentBelge, sestourbes, ses tartines et son eau chaude qu'il nomme son thé... Le bruit de la guerro l'a fait déguerpir. Il est venu chercher â Paris la paix si nécessaire aux graves études, aux lont;s calculs , prétendant qu'il y en a bien assez d'autres sans lui, qui d;ins .'ou f)ays, se trouvent mal de toucher à la lunette , et que tous es pistolets du Pout Royal, en pariant même, une bonne fois, et pour tout de bon , ne feraient pas tant de bruit que les détonations d'Anvers.
Il est donc à Paris ayant les révolulionnaircj; pour le fournir de /o«r^ej, trouvant des tartines àd(xis\t Moniteur,
et sAr lie «;; pis innii{j,nci- d'eau iiiau<lciaiiLijiie M Lohcau sern là... Voilà qui es. Lieu
Ce ;;iave et myst<;ii.';ux |)or.soniia|;e aime la Fondre ! (It goûl se conçoit dans un parliculier familiarise comme iui avec les piiénomènes célestes. Quand um lui paile des républicains, il (lit sans lie'siler : c'est la ^re!e !... Il voit le brouillard où les autres n'apeiçoivent que des doctri:iaires. Il pl.ice san-.; façon M. Trois étoiles dans le sij-ne de l'Écrevjsse et niademoiselle sa sœur dans celui de la î'rande Ourse; il se baijjne dans !aro.<;ée; et sans s'en faire des cravattes, il est vrai de dire qu'il a fait des gorges chaudes de X arc- en- ciel. Je vous demande après cela s'd ne doit pas être familiarisé avec la Foudre.
C'est donc pour elle et non pour d'autres , qu'après deux nuits passées dans la gouttière doù il ciiassa les chats épouvantés , il traça, avec unepiume de corbeau, sur un papier entouré de figui-es cabalistiques , les prédictions suivantes, que nous offrons à nos lecteurs...
Faut-il y croire? vont-ils .s'écrier tous.
Messieurs et Mesdames, je ne vous dirai point : Crci désormais sera uns vérité... .le ne suis pas roieîje n'ai point envie de vous attraper.
PREDICTIONS POUR 1835.
Janvier. Temps sombre et nébuleux. On n'y verra goutte dans plus d'une chambre qui se trouve sans lustre. Singulier dire d'un jardinier qui prétend que le meilleur tuteur pour une asperge monice est Ja canne d'un caporal anglais. Ertorts d'un riche cônhseur pourfer:nersans 6?(n/ce«r.y la bouche à ses pratiques: il aura beau jeter des diablotins à gauche et à dr;>ite , et faire des papillotes de la Charte , plus d"ua l'enverra faire... sucre. Un général assiégé donnera son nom à l'assiégeant. Gare la bombe !
Février. Froid... eiïroi. Hausse, baisse. Zéro. Crotte. Un jeune et beau guerrier recevra la décoration anglaise àiie du Bain. L'Arc-de-Triomphe ne sera pas encore fini ce mois là. Neige, verglas : il fera tomber plus d'un personnage qui se croit solide sur ses jambes. Fourrures à la mode. On verra beaucoup de fonctionnaires recouverts de peaux de bêtes.
Mars. Retour d'un triompliateur manqué. Mars en carême. La couleur de la violetie sera encore la couleur de l'espérance. Coups de tonnerre dans le nord. Giboulées. Pas d'espoir pour les fruits et les légumes : les poires tombent et il grêle sur le pei sil. Pluie de pierres aux Tuileries. Sauve qui peut. Grand charivari à Orléans. Accouchement
d'une haute 4cmoisi;ile. Heureuse fccnndité. Un bouton de pi lis à !a rose.
Avril. Le Constitutionnel annoncera une grande victoire de Don Pedro. Un roi parlera solennellenu'iit île son respect pour les has, de son anioiir pour son peuple. Ce sera encore la mode des poissons d'avril. Signes dans le ciel. Bien des étoiles lileront. Les couleurs de l'arc-en ciel s'effaceront. Dans beaucoup de pays ou croira au revenant. Ze Deum laudamiis .
Mai. L'astre du printemps prend tous les jours de nouvelles forces... Gai-eaux coups (le soleil. Apparition extraordinaire dans une province de la France qui fera lever les mains vers Nolre-Dame-tle-Bon-Secours. Grand succès aux Français, d'un drame dont le sujet sera Ricliard délivre' par Blonde!. La pi<'ce nesera pas de ?•!. Yiennct.
Juin. Trt;mb!ement de terre. Ec'ipse en plein jour, visible dans toute la France. Un ministre louche, pour ne pas fjuitter les sceaux, .se fait porteur d'eau. Fripons punis. Quand on ne veut jias être volé, il ne faut pas admettre un tiers dans son intérieur. Un maréchal , qui a liquide' sa j^ioire , proposera à la chambre une loi pour faire fondre la colonne de !a place Vendôine , afmd'en faire des canons à son usage. — Herborisation à la mode : beaucoup A\i simples dans le département de la .Seine. Les chaleurs ne diminueront pas !e nond)re des trcndileurs! I ..
Juillet. Il fera ciiaud à Paris et sur les bords dun grand fleuve. Grande parlie de bains sur la rivière, en iace du Palais-Bourbon. M. Ihiers est toujours fort sur la coupe, et Dupin sur la ])lanche. M. Guizot continuera à nager entre deux eaux. M. Odilon.-Barrot boira nn coup. (îratid-Poulot fera le plongeon sous le pont de ia Cpncorde. Mort du chien du ]>ouv';e. Le dernier des héros de juillet.
/tout. Récolte de poires inespérée ; il y en a tant et tant,
qu'on les jette... personne n'eu veut à un liard tous les
Anglais I Résurrection. Une femme célèbre forme de noîiveaux liens. Choix difficile entre Dentz et Vidocq. Augcnentation en longueur du plus long des nez ministériels: eu pa.ssant auprès, M. Thiers sera reniflé: on n'en
entendra pus parler. Au bout du fossé la culbute
\. bas les Javoris ! Grande procession, l'un reprendra son cierge , l'autre les cordons du dais. Esc&rpins acculés, t'oq c^ui liait par n'être qu'un pauvre pigeon. Départ d(- rar;illeur du juvte-milieu pour oeringapatan LV
Septembre. Espérance de vendanges. Le vin blanc sera bon cette année, l. faut savoir se raccrocher à toutes les branches... quand l'une vous manque, on trni-.ve l'autre... Harpagon sera sifflé aux Fr.-.nçaiv;, au moment oiî il emuorte sa cassetlt.
Octobre. Nouveau soiiiiueil d'un {jrand donneur. Le Pantjiéon seHa fermé. On réparera réjjoût Montmartre. Dénouement prévu <:t >;énéralcment applaudi. Le [;il>ier .sera abondant, et l'on cliasserala tjrosse bête ; IL,.. V....
tr s. bonne ... v.lle d. ..ris .u es rép... de vive L r.
de ....ce.
C'est là que s'arrête le travail de notre savant Liégeois. La reste est inintelligible conïme les lignes de lettres et de points que j'ai copiés sans y rien comprendre. On dirait que ce brave homme, effrayé d'avoir laissé échapper tant de vérités, a , comme Fontenelle, vite refermé la main....i C'est la plus importante peut-être qui a été mutilée au passage.