‹ [Les Cancans]Chapitre 270 sur 297 · HOMMAGES RENDUS A MADAME · texte numérisé non relu

HOMMAGES RENDUS A MADAME

Oii cciit (le Nantes, qu'au sortir de la fournaise où S. A. R. Mk-^ t>A.ME a tai'li être brûlée vive, dès qu'elle entrevit les couleurs tricolores que partaient le maire et ses agens , elle leur intima l'ordre de ii-s quitter, s ils voulnicnt paraître en sa présence, ce qu'ils firent imniédialemenl. On a remarqué également que , sur la roule que la princesse eut "a parcourir pour se rendre h la prison, la plupart des soldats qui formaient la haie avaient eu soin d'ôter leur cocarde, et que les gardes nationaux avaient leurs schakos a la main.

Nous recevons la lettre suivante de Paris, et nous la donnons au< loyalistes sans y changer un seul mot ; nous témoignons notre reconnaissance a celui des prisonniers qui nous l'a adressée, et voyons avec plaisir que notre journal soit parvenu jusqu'à la prison où sont entassées tant de nobles victimes de leur dévouement a la légitimité. Puisse l'Espéiauce adoucir les rigueurs de leur captivité, et répandre .-roiivent quelques «onsolations dans leurs âmes généreuses !

et Sainte-Pélagie , le ao novembre i83a.

«Monsieur le rédacteur,

c« Nous avons lu avec le plus grand plaisir, a Sainte-Pélagie, les premiers numéros de f Espérance , qui nous sont parvenus de IjJ i;xt;lle3 par je ne sais quelle voie, car je présume bien que la poste n'est pas assez complaisante pour s'en charger. Il faut que vos orangistcs de Bruxelles entretiennent des comuiunications avec nos carlistes di: France : ce serait encore une nouvelle conspiratioVi a signaler a la police deThiers. Quoi qu'il en soit, vous avez eu parfaitement raison de vous réfugier "a Bruxelles; Saas cela, il est probable que vous seriez a Sainte-Pélagie comme nous; et il vaut mieux être libre à Bruxelles que captif ii Paris, où il n'existe plus de liberté depuis les glorieuses. La, du moins, vous pouvezvous moquer toui a votreaise des Persil etdes Desmortiers , et laisser gronder la ragcinutiledeces messieurs, dussent-ils en crever! ce qui nousaccmmoderaitfort.Vouspouvez aussi donncraux choses etauxhomnies leur véritable nom , et appeler un c/iaf un c/.'n^, et Louis-Philippe un lâche usurpateur. Pour lui, l'art de gouverner ne consiste qu'en deux choses : d'abord, a remplir les prisons de son royaume de tous ceux qui ont le malheur de lui déplaire; ensuite, a entasser dans son coffrefort les trésors de la France pour les faire passer à l'étranger, parce qu'il prévoit le moment où il sera contraint par le vœu national de céder la place 'a l'héritier légitime du trône, voila toute sa politique en deux mots. Rien ne lui coûte pour satisfaire son avarice et son ambition. Il n'a pas dédaigné de se faire lui-même le premier geôlier de son royaume , et il ne lui manque qu'un trousseau de clefs pour ressembler parfaitement a l'un des gardiens de Sainte-Pélagie.

«Le misérable sycophaute'. l'effronté coquin! il paie de la prison notre fidélité et notre dévouement inaltérables pour le roi; etcel.i, parce que lui» duc d'Orléans^ a été s'asseoir sur un trône qui ne lui appartient

pas; parce qu'il a coraspiré pendant quinze ans contre tics princes qui avaient eu la générosité d'oublier Ips crimes de sou père; parce que les p;ivé3 de Paris ont été teints du sang de nos soldats. Dis-moi, due d'Orléans, s'il n'est pas vrai que ce soit toi qui aies massacré a coups tl- pavés notre fidèle garde? Et pourquoi as-tu mis tant d'empressc meut a recueillir le fruit de ce crime? Pourquoi as-tu ramassé dans le sang la couronne de Charles X? Pourquoi as-tu appelé glorieuses ces (•frro3al)!es journées ? Pourquoi as-tu chassé qaatre-vingt-treize pairs qui ne soûlaient pas de loi pour leur roi? Pourquoi as-tu arraché les suffra£,'es de la minorité des Chambres h l'aide des bandes armées qui avaient fait feu pendant les trois jours? Pourquoi as- tu proscrit les Bour- })0!is de la brandie aînée? Pourquoi enfin as-tu emprisonné ta nièce, la veuve du duc de Berry et la mère de ton roi? Allous, duc dOrléaus , laisse tomber le masque qui couvre ton frout hypocrite; c'est toi qui as commis le crime , puisque tu en as profité; c'est toi qui as tué nos soldats; cela est aussi évident qu'il est incontestable que tu nous retiens h Sainte -Pélagie pour nous punir de notre dévouement a la cause d'Henri V.

ce Croirirz-vous , monsieur, que cette maison, qui deviendra désormais célèbre dans les annales de l'histoire des ve>:alions du juste-milieu , a vu pass'jr plus de trois mille prisonniers depuis moins d'un an? Ici sont entassés pêle-mêle les royalistes et les républicains, et généralement tout ce qui ose professer en France des scnlimens nobles et généreux. De ces prisonniers, il y eu a eu cependant un (chose inouie ! ) qui appartenait au juste-milieu par sou opinion ; c'est le sieur Schuiick , pianiste de Marie-Amélie, dite reine dts Français : mais c'est le seul; encore n'arriva -t- il a Sainte-Pélagie que parce f[u'uu royaliste, fort habile sans doute, eut l'art de le substituer a sa place un beau matin, et de le faire tomber dans les griffes de la police, qui s'empressa bientôt de lâcher sa proie, voyant ou'elle s'était trompée. Le pauvre diable n'a jamais pu savoir comment et à propos de quoi cette farce a été jouée : c'est une histoire' singulière que j'aurais beaucoup de plaisir a vous raconter, si je n'avais h vous entretenir d'une des plus brillantes expéditions qui aient jamais sit^'ualé les geôliers du juste-milieu.

l' Il y a il Sainte- Pélagie, un dortoir affecté depuis long-temps aux roy.disies; ce dortoir est une pistolc , c'est -à- dire que les détenus y paiLui leur loyer, moyennant la somme de 78 fr. 20 c. par an pour chaque prisonnier. Aussi se sont-ils cru en droit de le décorer comme un appartement dont ils sont locataires. Ou y remarquait partout des fleurs de lys, et uîêmc les armes de France. Ou avait, en outre, incrusté dans les murs une inscription en plâtre vert portant ces mots : Vwe Henri V ! Cette iuscripltion était placée entre deux gienadiers de I cx-garde, cliarb amés sur ia muraille , au port d'armes , et ayant une magidfi.pxj cocarde blanche a leur bonnet. Que vous en semble, ?>!. le rédacteur? cela pourrait être séditieux dans une rue ou sur les iwxws du château des Tuileries. Mais dans une prison , ces petites consolations, ces espèces de reliques p:)ur ainsi dire de la foi mon.îichiqiie , ne doivent-L'lIes pas nous être permises eu échange île la lih-rlé (jue le justeinilien nous a ravie? Dans les enfers de l'antiquité, lis héros grecs ou troyens conservaient les objets qui avaient fait le charme de leur vie : les uns s'excrraienl a la lutte , les autres a conduire à^^s chars et à tirer do l'arc. Dans celte lugubre Sainte-Pélagie , véritable enfer de

ce monde terrcsire , où nous sommes, pour ainsi dire, cnlerrcs tout vivans, qcoMe plus douce compensation pouvons-nous désirer b nos maux qi:e I:- pliiisii- de repo^-er de temps en l'tnp'i r;os regards sur des pf^lraits de Jljiidainè , de Henri jT, de Mademoiselle ; 9,\\r\on\. lorsrpie nous savons oue lit nierc fin duc de. Bordeaux est captive comme nous? De qu IJe fuitrc (lecoralion pcrriDos-nous oruer «es murs (i'un jaune sale, que f.e l)!!!cs fleurs de lys ? ffiuls antres des<:iiis peut- ou crayonner que cU's Soldats de rox-fiarde ou des armes de France? N'est-ce pas honorer ce; ti-islei .lieux bien loin de les déparer? Aiincrait-on irrieux qu'on v repn'xenlAt un coq ou ujie poire?

«Ces images cependant , que de farouches répnhlirains voyaient tous les j6urs sn-is frémir, ojit blessé la délicate sensibilité de .\\. Prat, notre honojaMe directeur, '

« Mr<îs rominehls'y prendre pour effarer ces signes séditieux, trans-

miS(!c détenus eii détenus fians un dortoir cjui a vu passer plus de

.deux eenis prisonniers depuis le? (glorieuses? On voulut d'^ibord parle-

menle^' avec "nus, poiir non faire; consentir a lcs;!cfracer ; mais une

•prop;>S!tion aussi injurieuse rencontra la plus opiniâtre résistance. Nous,

roya.istes, briser nos armçs, détruire notre ccus-'on ! A la bonne

Jieurc pour Loufs-Pîiilippe , qui a iirraché de ses palais le blason de sou pore, et ces fleiirs de lys qu'il tenait e:;corp a conserver, même après la rcvolutjqndc juillcf.Libre àluid'imitcr l'exemp e d'£'g-<^j///e,qui a renié FOî titres , son nom , sa famille , qui a (léshoiioré sa mère. Le petithl&dii|cocher Moutfbrt n'a rien a perdre du rôle de l'honneur. Mais Tîous,.:;.. Vous nez, Til. le directeur, car vous savez bien que nous ne nous abaisserons jrjinais jusqu'à marchersur les Iracesde Louis-Philippe. ^« A.or.;, M, Prat fit tout pour nous fléchir : il parla même de la £ orce. : < eja la voilure qui devait nous enlever était a la pt)rle; il avait 1 oj-drc^daus sa poclie, ordre si^'né Gisquet. 1! n'y avait plus qu'à se mettre en foule. Que sais -je? il allégua même l'aulorllé paternelle que toîjt d^irecleur de p;isou préienrl faire v.iîoir^ur ses administrés, q'u soy-t, a ses yeuy, cuume ses en fans, ses,rnci!leurs amis. Singulière f:!!to!ito .paicrii'elle que celle qui ouv.-e et ferme les verroux a la voix de Gisqwel I Toutes, ces exhorlalions furent inutiles : c Vous les cnleycrez vous- niêiije ces' signes sédiîieuxî s'écrièrent les piisonnie:s; donnez cette preuve de dévouement a Louis-Phi!ii)pe. "

" ; " y::'''^'^''' plus à- reculer; le directeur se trouva dans la nécessité do refcici- h Gi!=q!!ct de cette importante affaire , et des ordres précis ai rivèrent :,« ATce-ivre^. M. Pratl arrivez avec trois garçons de service ; fippoj-îos; iHie pioche pour démolir l'inscription , du plâtre pjur recrépir îemijr, dés éponges pour cflaccr les fleurs de lys et les armes de JFiancc ! ! 1 1»

'. « .>!. Prat-sc mit donc a l'ouvrage, lui et sou brigadier. A la vue de celle (icsiruction-.ies insignes de la légitimité, de ce carnage de fleurs uélys,iious no- « rappelions que bouis-Pliilippe lui-même avait'signalé sa v.deui; de la . même manière, après l'émeute de Saint - Gerniainl'Auxeirois , n nous disions : Te/ maîlrn , tel valet.

^ « Nous ne .Ion ons pas ■ uc M. Prat n'obtienne inressamment la croix d'h:>nneur pour prix de ce haut fait. Ils'y attend ; il déclare même que sou ambition ,seî)aî'jie a ceh , c\ il "faut avouer qu'elle n'est pas

AVIS

Le traître Hyaclnllie-Gonzagiie Deutzn'esi j)lus a Paris. Effrayé sans docte des visites qu'où se disposait a lui faire, il est paiti dppuis qiielf]ues jours pour l'Angleterre, einporlanl le prix de son infùtne trahison; mais nous nous empressons <1k donner "a nos lectenrsi son a.lresse a Londres, Il est descendu chez un banqueroutier de Paris réfugié, nommé Dtvi , Grosvenor-Stieet, n° 73. Ce Dcvi n'est autre qu'un Juif Qommé Léi'i, ancien niarehand de soieries rue de Granuuoiit . et qui a Londres a changé son nom de Léi'i en celui de DÉvr.

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