‹ [Les Cancans]Chapitre 283 sur 297 · LE TRAITRE D'ARGENT · texte numérisé non relu

LE TRAITRE D'ARGENT

Il nous vient dé nouveaux renseigu( mens de Paris sur le tiatlrc que nous avons dénoncé et signalé dans notre N" 3. On nous écrit qu'7v"/t'(;nor de Geld, dit d'Argent, se cache autant qu'il peut le faire en raison de ses nouvelles fonctions a la police liéncrale. 11 a quitté le logement qu'il occupait , rue IMàcon-Saint-André-des-Ajts, n^S, et l'on n'a pu encore découvrir son nouveau repaire ; m«h on est sur ses \xem

ces, et quel |ucs royalistes se jiioposciil de lui Jeiii..u l»r comple de sou infàuic ti aliison. O.i nous l'uucpie en outir «-ju'on lui av;iit j)romis une 60in!i)c de 3u,ooj fr. pour livrci- ses I) onfniirur? , cl din- tout ce qu'il Fav:i!i ou jutlpiid.iit savoir ; mais quo îi'.iyanl pu dénfincir que peu de cUuses et livrer que qucIfiur^-itiH"; ries pi.'i sount s 'ju'On voulait faire arrétei-, on uc loi a donné (pi'.iue fiiiljlc pirliedi; hs souinic pi émise : c'est dcja nwc prcuiit'i e piiBitimi de sou ci iinr. Enfin, ou nous mande que la pi>li€<; rvict tant <i'îic!iaii;pmcnt li s'rnitjnîcr d'iMi rovalisto qui depuis un an s'est souslrailii ses rerlif rcht-s, qu'elle a jv.oni'is clt^ nonveau G;),m)0 Ci-, il celui qui le livi; rait. JNoiis s atiuif^s liiiii aisos do pou voir lui dorjiur 0:' rcifsuigiiemeul par iH)trc joiiru«l, l'aveitissaul qu'il est puis* a de honi'.cs sources, et afin qu'il soit su scsgaidrs,

COUPS DE SABRE

— LéopoM et ffes trois iainisl:cs sont Ta comuic qnfdrc meiHlinns cuire la poire ei !o Frouiagc.

— Pour nous distraire, le ui.uistèi'c a fait venir s/.i- venues i\y l.i Laponif*. li a beau faire, ses syri-;i's ne nous cndoruiir.n.il pjs.

— Un aids-de-6naip de Poulot a l'ordre do tenir tiujanrs le hcz en l'air derrière hii, et do preudre roîc do tor.s l's boulets qui passeront par-dessus sa tête.

— Le maicclial du c/yscir est très-piqué qu'.sn ait ronfle le siège d'Anvers à un autre que lui : il j)rélend que les tr.cncfices soiît daus ses atlribulioiis , et il dit to^.ijuis f[;i'on auia'l du tjur.i'Cr la place et prendie les Holbnd«is ^xir clerriirc.

— Un voleur, saisi pu" le uiund , vicjit <lc restituer Sooo fr. qu'il a%ait (Wrobés. Quel exe«iple pour MM. Soult , ïh:e»vS et autres honïrêlrs ;;cns de ce gouvernement.

— On Mvait ouvert ia by^-J un pari oîi !a question "a r^^oudrc éfaitcelleci : Quel est le plus plat orateur, de M. Fiilc'iiron ou de M. lloul? lequel des deux a dit tt dira rdns de bêtises ;i la tribune? Le pari a élc gagHe j>;ir un des rcdacteuis de la Glaneuic , et bi qucstiou resolye en CCS termes : ^ Celui des deux orateurs qui ;; p^rlé ou qui parlera le plus long-temps. i>

— E i-raliim d\\ïi journal ministériel au su'j't de qrand Poulot : «Il n'a pis quille la tranchée, etc., /isez la tranchJc ue l'a pas quitté, ciç. »»

— C'ist le jjliNsieien Bosco qui, assure-t-on , se trouvant sur le pont Royal, s'est amusé 'a eswamoter la balle du piilo'ct asiirpntricidr.

— M""^ Bourry, disent les journaux minisUÎrie's , clait </rc55et' sur ses pieds au mouienl où le coi légc passait : M"" Bourry étrail dressée auparavant.

— Lî'S pisîcilets-Bourrv sont comme les fiisils-Cjisiucls, iiroffensifs.

— Un M. Touron vient d'être nommé député. S.» place, a la Chambre , est marquée a rôle de M Roui. Aprcj cela, si cette session ne va pas irtRdcmenul, elle aura bien du malbeiu'.

— Savez-vous a combien de mois s'élèvent les couflamnalions rendues depuis les glorieuses , depuis cette ère soi-disant de liberté? 1U26 mois de prison : voilà pour le temps; quant au cbiflVc des amendes, nous l'avons relevé également : il s'élève a la bagatelle de 347, 55o fr. O glorieuse révolution de juillet', que de bonlieur tu nous a procu'C î

— Le maréchal Soult affectionne beaucoup celle ;locut!o;: , h tut prendre; nota , ce qti'il y a de plus remarquable 'a son hôtel» ce sont les tableaux de prix.

— On n'inscrit plus sur les murailles le nom de Crédei'ille voleur, mais on le remplace par ceux de Souit et d-' Thiers.

— Le carlxiuaro Barlbe, reniant ses anciens principes, comme ses Cerraens de clitcrbonncrïe , vient, après avoir défa rcmjdi les prigovtS ^e

Si^ a/iiiem amis, ôctnimlcr aux Clin<u',rcs la pc- inissioii de Jiutlre ia France en état de :iéi^r, cl loiis ces récalcilrnns a I.i pirlc , selon son bon plaisir; li"s arÙL-l-s T).') et 5\ seraiert rayé.s c^c la Ciiavtc de i83o, rjni apri^s cela srrivt descrniais une i'crité.

— I,c projc'i de loi de M"« Barthc, a paru a'!?5l lourÎKj fjuc sn vile ,' «t son âiuo cncMi'o plus laide que sa fic^iirc.

Les rarlioi.ni-i oi.t tort de se plnindre de M' B:«rli;c; s'il les rctrarde ;ii;iomd'h;ti dr ffificrs, c'o.->l/|i' il dc pciil l'aire antrcinçiit.

— Grat.d Poidot , corinUw' chaciin sait, e*;t iorl ^:ll! /jdansr : devant jffuers, il u a [Ui venir cîuinre a l/.).il d'im t//«»c, mnii» li n lui fjrcc fi ifsai/cs , et <.i:t!Uitio!tS aux hoiiicis.

— Oiiel £;r.cl'.i<«, s'écriait ?il. IiOija;i raïUK^r dernière; quel pillage, s'éciie iVÏ. C;d)ct <(MIe liiinée. '. Ainsi le gàc/iis dans les airiirc? et la l'iaiicc nu pi//(;ge, voit i ju.'Ciii'ici les rJjull.iîs ks p'iis clairs de la révoluti 11 t\c. juiUct, scion deiii de sers adliéiciis.

— Apiîjs q'.îc Poidot n en la trarxhcc ou.'crt-c, qnau.d il a \u le

/lu des liolSaudais devenir pir trop cIuukI, il a dit a l'»!/*!/ (ii-rard :

tt Ah '. ali ! Gc'.aîd, il l'aiil q".c jo vous dise a lient ,

i>. Certain besoin preSS'.uit m'aMprlIc en rer'.ain Iico.y«

— Grand l\tul;)l, dit un y urnal vcitilu , se promenait dans la tranflnîe les mains chir.s ses pociies, preuve de sa bravoure ; pirldeu '. n'estce pas une ii;dil-.ide di: lainiiie, voyez M. san porc , n'a-t il p:ts^ toujours aussi 1rs mains ilans IcS pocli-s (In public'!

— Si Giaud-Poidol avait les inains d;iî)s les p.iehea de sa inlotte, c'est par «tiilîe des c liq'tes de la Ircmrhée..

— L'assassin de l'iiiliî.pe et In D''''-' Baurry se sont ev.;iiuuis tous les deux.

DbXOLRS DU ROI,

v i.'iP! vr.T.iraK dl lv SKSsrox dus cha.mrres, — iS3î.

A; K : ['n irrcnadicr, t'est une losr.'

<r= S. 'i;liei:s di: !i lirî'.rirlic piMUce , «^ Que j'ai de plaisir h vous voir !

ciDorhliz punr la nouvelle rnnée n Les iîls (1 or qui me f)t;l n.iouvoiv; c De lin:^o!s ralcz n-.ou pouvoir:

n ùc vo'is promets une k)un:ée, f Je V!U!S pr(imcl.^ ui:c rournée.

«Je voi;i jj;(init!s plus cl ui.c.lo;;.

«^ C.v<\ nin:

t- (^M'. ; swi-i !<- niaîire. cl qui !«,> :ni.^ \ rtil'i» i\ foiK) i'iaiTJruK discours du roi 1 {O.S..

■'■ .'<■• cn.-l'Miie et la r'pul)': .!;;" ■i':>: UV f.iv, îrônc'se li.n:.:::, « l.einl .il- la eoti-onup civ;.i;i • «'Vous .-iviv. vu ,'c r { br;g!Uiru « l/li.iiiij(.ur lie r; Jvver le i;aiit '. ciAl(j!î .seul as j>Ci I , oui, ;»• m'f :; vnn!o, u Glaça l'ctnentc d'éjViuvanle '.

» 'i'o'it pl'.iii sons ma douce loi '.

« C'osJ moi - O'ii suis le ni.i'tr", et C'^w'i fais t'oi.n Voila, etc.

«Pour j;i Oliver a 11 eiireuse Fr.u ce tt \}i.c ]<■ uc rcjlc i : s oisif,

«Je ne pui» passer sous si'ence

« Un événement âccisif

<t Dont le héros osl un vrai Juif.

ce Députes, j':ii pioniis d'eu fjiire

i' Les Irolc quail; d'un niilliounaire (i) :

t' Ma parole a force de loi;

a C'est moi «Qui suis le maître, et qui /«/s loi. •>■> Voila, etc.

«Voyez reuaîlrc rahondancc « Sous les pas du roi-citoyen '.

ce Les trésors de la Providence «Vont encore arrondir le mien.

« Je suis riche de votre bien '.

ce A ma voix , la peste de peste «Vient de partir; et je vous reste !

ce Venez vous ranger sous ma loi;

« C'est moi ce Qui suis le maître, et qui /àis loi. » Voilà, etc.

te J'ai marié ma Louisette

ce Au vice roi des Pays-Bas:

ce Je compte sur votre cassette, Cl Pour lui fournir bonnels et bas, te Car son pauvre père est bien bas ! ce Dans notre quasi-république, ce Notre fille est fille publique :

«Qu'on la dote, au nom de la loi '.

« C'est moi «Qui suis le maître, et qui^its /oi. « Voila, etc.

ce Pour la mère Ique et la bell' Gique «Il faudra Mclier un bouton.

ce Roi nouveau d'une terre antique, ce Eu Grèce, vous savez qu Othon ce Sans nous jette wn vilain coton, ce Au bonheur de ces petits princes «Contribuez, belles provinces:

ce L'honneur vous en fait une loi;

« C'est moi ce Qui suis le maître, et c^u'xfais loi.->* Voila, etc.

ce La Russie en vain se démanche; Cl La Prusse a beau crier : Haro!

«J'ai de fameux rois dans ma manc'.ie ! ce Othon , Léopold e t Pedro :

«Vous connaisses leur numéro.

«Notre formidable alliance te Doit inspirer la confiance !

te L'Europe tremble sous ma loi !

ce C'est moi ce Qui seul en Europe^àts loi. « Voila {/^/ois) l'fameux discours du roi î (bis.) (t) On sait que l'infâme Deutz a reçu ou doit recevoir huit cent mille francs.

FIN

JOURNAL DU PFXPLE.

Bruxelles, dcccmhre itJSa* Nous so.TT.ncs 3S5!!rus (!o faire plaisir a nos lecteurs, eu leur ÎHisaDl «X)nnaît!e !<• inoiccaii suivant du spirilnel et rjurar^ciix rciliiclcur eu thc( (\c In Gczctte de Normandie, '^.l. Ldu-jard VValsIi, Tictime aussi des pcisécutioiis du justc-inilicu , paie pTji:r la scc(!i:d(: fois de sn pcrsontu; sa del'.e h In c;ju.=;c légitime, cpic depuis deux :uîs ii payait clia- (ji'c j( ur (\c 5.1 p!i;j!ic.

M \ CHAMBRE DE BIGÊTRE, à Rouen, en i.SSa.

Salut a vu;is, murailles tl,- Ricêtrc , Salut h vous, vciîies de ma prison , Sous vos verrous je jure toujours d'èire, D'Ame et d.' cœur, tout entier ?.\ik liourbons Mais

IVles .-imis pcuveutso rappeler ce eijaut qvi ils oui entendu plus d'une fois dans de nous et élég.uis salons, tout brillaus uc bouj^ies , tout eml.ellis de finuues , tout parfumés dr; fleuri, et tout aiuiables d''.-nité d'opinion. Eli bien', ce cba-.t , je l'ai répété dans ma nouvelle chambre de Bicètre, ciiamlji c qui n'est plus la même cpjc celie de l'-annéfî dernière, mais qui a bien aussi son carnclcre. Ses abords sont bleu plus impusans que ceux de mou autre cellule; ici, rien ue mniique : guicliets, grosses clefs et ériormei verroiis. enfin, tout le iuxe du

genre ; et puis, la bas, j'éîais isole, je n'avais pas de camarades,

aujourd'li.;! je n'en chôme pas.

iJjssuela dit que, da'-.s les caveaux de Saint-Denis, il n'v a rail plus de place, toi.t la mort se iià'.ail h br^ remplir; et moi j'ai é'é au moment de mccrier : Dans les murs de Bicetrc il n'y a plus de place, tant la liberté de iS'o se IrAlc de remplir les prisons.

Je me souviens, l'année dernière, en redisant mo:î arrivée h Blcê— tre, je me plaignais de n'y pjint voir ni portes abaissi5eô. ni herses, ai ponls-levis, ni tours, ni ineurtriijres ; celle année, je :io trouve pas davantage ce grandiose f[iie le peintre cîierchcrait dans un lieu de détention, IMa prison est encore liourgeoisc, laide et \u!;.'airc, mais die s'est hérissée de fer, de guiclicts et de verrou x : on dirait un vi/ain.^ffublé de quelques piJxes de la no!;!e armure d'un clicvaiicr.

Oue ceux q'.ji penseront au pjuvrc prisonnier ne s'effraieut donc pas des avenues de ma cliaml;rc.

Après avoir passé les élrol's et sombres corridors qui parient de la guiclieterie, ou arrive a un escalier qui a eu jadis sa beauté ; la ■ pren)ière fois que je comptais ses quatre-vingts marches, le ciccr eue de ma nouvelle demeure me dit ; Cet escalier date du temps de Fraarois I*»",

De François I"', ce nom la, lépondis-je h mon guide, c'est uai ntin de prison.

iMais, pourquoi rr^monter si baul? Aujourdhui, pour prendre du courage en entrant en prison, il n'est besoin d'évo(|iier les souvenirs

des chevaliers, jii des rois; une femme une femme est Jà, et, en

pensant à clic, qui osera se plaindre.

Pas môîi

De ma chambi'C ife Ynimée rlfernièrc, ïa malveillance u'avait-elle pas fait un enpoue ? cl l'cspi il ennemi qui avait voulu y voir un lieu de délices, do fêles et de banquets , n'avnit-il pas pris soin de m'annoncer d'avanc.'!, par la voix d'un journal , que le temps des égards était passé (il ne s'était pas trompe), et qu'aucune des épines de la captivité ne

seiait évitée à moi pauvre repris de justice Picpris de justice du

juste-milieu, oh! cette pensée me fait lever la tcle avec orgueil et fierté. Et- avant d'aller plus loin dans la description de ma chambre, je m'arrête, avec la cou^eicnce d'avoir fait mon devoir, devant un joli portrait encadré dans une bordure de bois de citronnier : je me souviens que ce portrait fut gagné a une loterie, et que la personne a laquelle il échut ne fut pïs la plus heureuse; mais ec fut moi a qui il fut donné. Celui qui ns viendra pas dans ma cliambre demandera si cette image est eeile de Loiiis-Piiilippe : ohl non, je n'ai rien de semblable appendii a mes mars; Louis-Phih'ppe est heureux, est flatlé , fst puissant '. ce n'est pas l'a ce qu'il faut aux miys d'une prison. Les saints que j'invoque ne sont point au pouvoir, mais je ne nommciai point celui dont les h9!jIoî trails me révèlent la noble origine; sur le front de celui que j'^ime a rfgarder, le temps ni le remords , ni la honle du nom paternel n'ont creusé de rides; ce front est jeune et uni, et d'une teinte scniblahle à ce marbre que Canova a eu soiu de rosir, et pourson Iléhé et pour Tlierpsicorc. Ce front n'est point étroit ni comprimé , et ne finit point en poire; une ciievelure blonde j' brille comme un diadème d'or; de grands yeux d'azur a la fois doux et fiers, donnent en même temps a ce joli visage une expression d'énergie et de konté ; souvent en le regardai.-t je me prends à dire a ctluiquc retrace ce portrait: ^ Tu seras digne de ta mère. ^^ Et j'ai beau chercher dans mon esprit et dans mon cœur un éloge qui vaille ce'ui-la, je ne puis en trouver.

Hier j'ouvris en face de ce portrait un livre d'apologues, et au hazard .e tombai sur ce passage d'un poète allemand : « Il y avait in peuple, ec Dont tons les jours étaient sni:s nuages, » Dont tous les champs étaient fertiles ;

«* Dont toutes les prairies étaient émaillées de ûeurs qui ne croissaient en aucun autre lieu , ni si pures, ni si belles; junc entr'aulres s'élevait comme un calice d'ivoire sur une tige d'émeraudes.

« De bien loin les étrangers venaient pour admirer ce pays fortuné; et regardant la beauté de la fls-ir indigène, ils disaient: Non, il n'est point de terre semblable a celle-ci.

« Mais voila que le peuple volage, que Dieu avait doté de tant de bien, s'ennuia de ces jours prospères, de ccà fleurs si belles, et dit : « Il faut rhanger ceci, «e Et il advint selon ses vœux.

CR Le ciel se couvrit de nuages, la stérilité s'étendit sur les chants, et les prairies perdirent les fleurs qui les embellissaient, et a la place de eelte fleur qui Semblait une coupe pour que les petits oiseaux viiissenty boire la rosée, s'élefèrcnt de jaunes et fétides soucis.

ts Qui croirait que l'on appelait foua et insensés ceui; qui regrettaient l'ancienne fleur du pays. »

Poursuivant l'exploration de ma ebami>;e; sur ma tapisserie grise «e dessinent en bronze les nobles figures deCaarette et de BonchaHcps, de Cathelineau et de Larochejacquelin, d'guc accompagnement du [)ortrait dont je viens de parler.

Un peu plus loin une ravissante figure d'enfant apparaît aussi ; ses longs cheveux séparés ^ar le front, 'a la manière de naphaël, et tombant

sur SCS épaules en boucles ondovantes, uous f)ut reconnaître k petit ange des prisons, Louis XVII, l'enfanl-roi du Temple,

Louis XVII, ce nom a inspiré a Victor Hugo uii« dclicieusa ode : je voudrais avoir son livre pour en cit('r uns strophe qui m'n tonjours paru charmaulc. Le poèlc, rayaliste alors, S![)po''ait cftio le ûls de IMaric-Antoincltc veuait d'échapper p-..- la mort aux grossiers outrages à>\ savetier Simon. Voila le patit prisonnier délivré de la prison et de la vie; il a pris son essor ver- le ciel, et ponr le recevoir dans les pjr%is sacrés, les a/if;es et les archanges , les chérubins ci lus séraphins , vieuncnl au devant de lui avec des palmes cl tous les honneurs dus » lu royauté, en le saluant du nom de roi.

Où donc ai-jc régné? demande le petit martyr;

El les chœurs des anges lui répondent :

Tu fus roi dans les fers

Il y a dn luxe dans ma cliaiabre, j'y ai deux glaces ii hcaux wadres dorés; c'est trop, medira-l-on, cl je penserais de même si j'étais toujours seul, mais elles n-flèlenl des visa.es amis, et je leur eu s.iis gi-é.

Puis un peu plus loin vient la planchiî auv cartons, f-;roi d'ouvrages arriérés.

Ils ont bien fait de me suivre a Bicêlrs ; la j'aurai L' temps de Les vider et de me mettre au courant.

La les Tuileries; par le vicomte de Varirlery, qui rarontc la pas;iou de Maric-Amélit.', princesse de Naplei , pour son cousin l.ouis-Philippe, alors proscrit et exilé, et ne porSaut plus alors la cocarde de Jcuimapts et de Valmy ; livre qui peint si hiin daiis ces scènes de l'amllle la grâce , l'aménité elles vtulus de Madame Adélaïde, et qui uous fait volr,cumnie si on y était, le brillant, la viv cité de répartie, cl [m mnuières nobles et générensc-i du prince roval.

A côté de ce livre , Henri le prétendant , dont !o titre cl les premiers chapitres sont bien tr.r.np \irs. Si uoui en ronnaissions {'auli.-nr, noiLS lui reprocherions avec laison des passages bien ("ails pour attrister les royalistes et ceux qui veulent que l'on honore la fidélité cl le dévouement. Si ce livre est allé "aHoly-Rood, s'il est destiné ii aller à Prague , nous en sommes sûrs, 11 attristera le royal enfautdont il a pris le nom.

Touchant a cette nouvelle produclion , est la relation de l'arrestation de S. A. R. Madame, par iM. Gui|}0Uig. Quoique notre ami soit aujourd'hui sous les verronx de Blois , nous lui ri;proohcrous de n'avoir pas laissé aller davantage sa ponsée et son cœur, pour nous redire la gène, la torture, les douleurs du corps, les angoisses, les tournions , les espérances de l'àmc, dans celte étroite carhelle.

Oh! il me semble que si j'avais été assez heureux pour soulTrir avec elle, j'aurais presque voulu peindre seconde par seconde, miuutc par minute , les seize heures de cette lon^,'ne agonie d'alteiite.

Si je critique la brocb.ure du royaliste breton , c'est de sa faute ; pourquoi l'a-t-il faite si courte. Tout !« mon le a votdu avoir ce récit lie l'arrestation de celle qui est anjnuririiui dar.s la tour do Hlaye , t(ui! h; inonde a voulu voir celle sccue d^iniérieur, celle petite chambre de la maison de M"""' Duguiny, ; elfe lr,:in!>lo mansarde lapisséiL' par une fille de rois.

Voilà toute ma bibliothèque; M, Persil v trouverait-il h redira ? Je ne le crois pas; c'est celle (l'un légitimiste , eî l'on sait bien que la prison, en nous priviuit de la liberté, ne f'.itque river davantage les opinions dans l'àmc ; pour bien s'enronccr dans le sol , la racine de certains arbres a besoin du souffle àvs tempêtes.

Quelque chose qui est tout a fait 'a sa pince rhez un condamné pour délit de la presse, c'est le fameux calendrier de M. Edouard Guerin ; cette spirituelle parodie ilc l'aîmanach dts Kicioîres et éonq/a.éicsf^^x-

blic sous la rcsiaiitvttion, nu.rque ch;K[uc jour de rannéc on d'une cnuMitc, o'i cl'urjc saisie, ou d'une rouflauination de jouin;d.

J ai niLS deux jours fcrijs, n le a; dcccmbre /83i , el le 19 novcmbic i83^ po!toi()i:t le titre <i,.« In Guzcltc tic ISorinandie. L'idc'c de ce icsiuik' de toutes les liliertc's est aussi S;i]u!aire (ju;- spirituelle; et Je plus eiiîiud p.irlisan d« la révolution de jtiillcl s'eu dc^oûtci ait . s'il Iisnil d'i;!! bout a l'-iulrc le Cij'cndner de Tordre public et de la liberté de 1.1 p.esso.

Aïe vo:l:. h ma cliemiu.'e : oh! ce n'est j)')int \\\\ de c;'S grands f,)yers a cnn;.t\clcs supportant sur leurs lêles un in:;nlcau élevé el décoré d arin;>iries.

Vous avez vu dans no.5 vieux clialcaux r<s chrininécs qui se proje-

, taicnt en avant (.'ans les salles , et qui étaient si spacieuses que t uite la

fauiille poi.vait venir s'y asseoir auprès de l'éiiornie pied de chêne

qui y J;iiil.iit avec tout son lierre, et écouter les histoires dcri.unl ou

du chnpelain.

iVci) , ma pauvic c.hcniinée est bien nne clicniinée du siècle, une ciicuiinée d'économie ctd'cgoHnic, où l'on se cliai-irc avec un é:li de nois, ot flevïinl laqtîelle une seule personne se réchaulVc à ijrand'peine. Mais a fJicC-Ire ou ne s'cnquicrt de donner du feu au\ piisonniers ; et s ils ne veulent pas geler et greioter daîjs leur ciiambre, il f'.iul qu'ils aient lecours h l'iiivenfi :)n du baron prussien Riiinfb.d.

01 ni.i cheminée n'a rien d'an'.if|ue , en revanche mon fauteuil a Tair «iC venir di; incinoir héréditaire : son haut dossier, ses hias reinhourles, son Siège large et profond , les granits ramagfs de son étoffe , le bois d'cbènedesa charpente contournés , to;:t cela en ftiil un vrai fauteuil des anciens jours.

Aussi j'y suis so'.ivenî; cl c'est là que confji lablenicnt étendu , je me laisse aher a ces rêveries qui vous transportent si loin , malgré les rerronx.de votre porte et les harrcaux de votre fenêtre.

A ma fenêtre, on n'a point mis de ces pcrsicnnes dormantes qui cacoent 'a Lt prisonnière de Dlaye i'aspcct de ces Ciimpagnes qu'elle aimerait tant avoir : h Iravcri nv(ts> barreaux, je m'empare de l'espace ; et quand mes •<^i:wii ne s'abaissent pas, quand ils ne plongent pas dans les cours pavées et entourées de murs qui s'étendent au-dessous de ma fenêtre, par-dessus les toits inégaux, bizarres et biscornus; pardessus les cheminées de bri-iues, les tuyaux de fer; par-dessus les longs baî.nicns d'un autre asile de douleur (le grand hôpital), \\\\ peu ii gauche, on aperçoit et Je terme des captivités et le terme îles souffrances ^ le grand cimetière monumental. Von-; voyez qu'il y a là comme une chaîne de douleur tombant d'aboid de la fenêtre du prisonnier dans les cours des captifs, puis dans celles dos malades , et puis sur les tombes dos libérés, de ceux qui ont fait leur temps. Au mdieu do tout ce p'iysagc de pierres, d'ardoi-es et de tuiles, entre toutes ces fumées noires qi i s'élèvent comme le souffle impur de la grau. te cité , j'aperçois poiudre des ctmes d'arbres an jouid'hui sèches el dépouillées, tt qîîc j'c'père voir verdir de plus près.

K'vciiant h l'intérieur de ma cellule , jc me trouve en face de ce qui la décore ïp plus.

Sdnt! saKa! jeune et rovale captive dout l'image embellit et décore ma pris.in'.

lande ouverte 'a tous les vcals '.

Quand Jes piisoïmiers qui jouent, qui sifflent, qui se jjlai£i;iifnt , qni jurent et qui chantent au-dessous des Ij;irrcnnx de fer de n>n fenêtre auront fait silenrc; qiuind je n'entendrai plus leurs vaix rudes dnns les cours, et leurs sahols et leurs souliers ferrés fl.nis les f;a!eries cl flans les escaliers do la maison; quand les veiroux auront cric a lun porte , sous la main du t^uichelier; quand la cloche d'arpent linlcra le couTrefeu ; quand l'heure de la retraite sera vciuic pour inau jièic , et que je demeurerai seul, alors je penserai à vous , jeune tt royale captive dont l'image décoie ma prison.

Et vous aussi, fille des rois, d:;ns le slîeiicc des miils , vniis entendrez la cloche de la viiic tinter les heures qui passent indiffercults et sur les faites des prisons et sur c iix des palus.

Ces hciu"es qui ont marque pour vous tant de joies et de plai<;irs ; ces heures qui réveillaient toute une vdie pour la conviera vos fêles, à ces fêtes où une fois vous parûtes comme Marie Stuart... Oh ! d«ns ce tenips-l;< , je m'en sjuviens, quelques-uns vous en voulurent d'avoir pris ce caractère de la reine d'Ecosse , et ils disaient : «l'ourquoi jouer avoo tant de malheurs?... »

Celait alors comme un presseiitim"nt ; et depuis vous avez vu Holy- Rood... ; et depuis vous êtes a Blaye !

Salut! salut ! jeune rt royale captive dont l'imap»» décore ma prison! Ah ! j'ai connu tous les charmes cnivraus de la liherté ; Uiou cœur a battu en vous voyant radieuse et libre parcourir mou pnvs. Dms ces jours -la, les roses effeuillées sur les ro'ifes étaient ccmiuc un lapis sous vos pieds de piiuccsse ; et comme po'ir vous j^arantii- du soleil , les arcs de triomphe vous formaient comme un long berceau sur les chemins.

Vous souvenez - vous du jour où notre famille vous recul? OW ! ce fut un bfau jo; r . et que je mets au-dessus de tons ceu\ qui me furent nccoi'dés : mais il en sei-ait un q';e ]r pincerais "a l'épfal de celte belle journée , celui où je deviendrais caplii dans la même prison que %ous.

Oh! oui, ce serait plus que l'instint où l'on m'annoncerait ma liberté, que celui où Ton me dirait : t^Va , échange les semaines de prison de lloueu pour des années de prison de Blaye. ^'

Privé de cet honneur que tout noble cœur envie, je puiserai patience et résignation eu m'arrclanl devant vous, jeune et royale captive dont l'image décore n»a prison.

Vous, si légère, si gaie, combien la triste enceinte où vos geôliers voirs tiennent doit vous semblei' étroite , vous qui aviez toute la France pour y nu ner le plaisir et semer les bienfaits'. Que le jardin de Blaye doit 'emhicr triste et éloufTdUl a celle fini était si voyageuse ; car, blanc cygne de Paithcuope, lu as eu long-temps tout un ciel d'azur ouvert a Ion essor T L'espace était a toi, et tu ne posais qi\c sur de limpides ondes, sur la mousse verdoyante ou des lleurs pnTuniéi.s, et mainleuant le voda tombé'' dans les lacsdu chasseur; une main perfi le s'est étendue sur ti s ail.'s, cl i';i ravi la libellé; m.iis l'azur peut revenir au < ici, cl la liberté a l'habitant des airs. N.ible p:iuccs>;c, sous les sombres voùtrs qui vous lelienuent , j'v vois un ange descendu du ciel , cetangequî dit il ceux qui souffrent : Vos douleurs ne dureront pas toujours; cet ange qui ditau\ mères : Vous reverrez vos enfans.

Et tout prè-s de cet esprit céleste , je vois un nuire auge , celui qui allège toi;s les maux eu les parlagcaul , cl que les bouunes oui apjield

amitié Oh! c{ue ceux qui tieuucnl vos dcstiuccs dans leurs M)ains

n'arrachent point d'auprès de vous celte ainic que vous vjus êtes faite nu lori de votre adveisilc, ni ce vieux chevalier auquel votre éponv mouiaul \uuj arajl reçoiHunii'Jéc. Oh ! il a l^ivii icupli Ja noble mis-

sion qui lui avait été donnée, et celui-là ne vous a point été seulement fidèle dans les fêles '.

Que ceux qui vous ont si long-temps comblée de trompeuses caresses,

3ue ceux qui joujuent avec les blonds rbevcux de votre fi's, et qui ont écouroiiné sou front, que ceiix-la jouissent de leur houlieur; vous, vous n'envierez ni leur splendeur, ni leur prospérité. Ils ont cru briser un roseau, et voila rpic le roseau s'est fait chêne. Salut! salut 1 jeune et royale captive dont l'image embellit et décore ma prison!

Edouard Wals^.

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