L OFFICIER DE LA GAUDE
Le soleil du 28 juillet .s'était couche' sans nuages, ses denaiers rayons doraient encore la cime des grandis cdince--, et oemblaient ces-cr à regret d'éclairer notre bcmisph.'re; le étoiles commençaient à lîiUler, tout e'tait calnie et pur au ciel : mais sur la terre, ah ! coaiuieat peindre oes> scéoes oe dct>oIatioii ? com-
meut o^er retire ces luttx^ sitiglaulcs où, frcres contre frères, Français contre Français, s'entrVgorgeaierit poiir un mot qu'ils ne comprenaient pasi !
Paris , depuis deux jours , ressemlilail à une ville livrée au pillage ; mille cris coiitus s'dlevaieat à la fois dans les airs et se mêlaient au tintement funèbre du tocsin , au roulement des tambours, au bruit tumultueux des armo -, lie'las!!! j'avais vu tomber à mes côtt's les soldats tldèles qui m'acoompagngient. Blesse moi-mêuie et affaibli par la quantiîd de sang que j'avais perdu , je pris le parti de cliercher, à la faveur de la nuit , une retraite hors de^ barrières, toutes tentatives pour rentrer dans la ville el rejoindre mon re'gimenf étant désormais inutiles. Je m'acheminai donc lentement vers la campagne. Combien de pensc'es douloureuses assiégeaient mon esprit ! que de soupirs, que de larmes pesaient sur uion cœur! Oh! mes brave-, compagnons d'armes, clai^.-ce là le prix qu'on réservait à votre fidélité? Tant de fois vainqu-urs des ennemis de la patrie, était-ce au sein de vos foyeis et de la main de ceux que vous aviez su défendre, que vous d3viez trouver la nx)it ou la honte.' Mais vous qui proclamez si haut voire vicioire, avez-vous oubiié qui nous sommas? sav'ez-vons bien qu au plus fort du combat une force invincible a retenu nos b.tas? Oui, un sentiment <1 horreur glaçait nos courages ; nue voix , plus forte tjue celle de la gloire peut-être, la voix de l'humanité nous criait au fond au cœur: « Grâce pour vos frcres! » et nos armes restaient froides entre nos mains. Malheur à vous , qui ne l'avez pas entendue celte voix impérieuse! malheur à vous, qui n'avez vu qu'un ennemi dans le soldat qui ne sait pa-s trahir!
Et toi) monarque malheureux, dont on s'efforçait de méconnaître les vertus afin d'oatrager la puissance, qu'as-tu fait à ce peuple pour justifier sa haine? Rien, oh! rien , sans doute, car son Iwnheur fut toujo us le premier de tes vœux , et peut, être les tnains qui brisèrent ion trône s'ouvraieut-elles naguèi'B encore à tes bienfaits I
Telles étaient les paroles qui sortaient de ujcs lèvres en mots entrecoupés , eS. q n , en redo iblant mon indignation , agitèrent tout à coup mes mernbi'es d'un violent tremblement; le sang s' échappa de mes plaies avec plus de violence, mes genoux faiblirent, el je tombai sur la terre sans mouvement. Persuadé que j'allais cesser de vivre, la grande image de Dieu vint remplir toute ma pensée. Je crus voir le dôme étoile du firmament se déchirer pour livrer passage à mon âme affranchie de ses liens; mes douleurs ces-èrent, un calme délicieux i'empara de tous mes sens; j'étais comme ravi, en extase, dans une région de félicités c-eleste». De.« flots tl'une vapeur lumineuse m'mcndaienl de toutes parts ; et dans le même
Instant un <ie ces êtres intdiectueis, semhlabie aux aoçes dont parle récriture, apparut à mes rôte's, et me dit avec un accent tout divin : o Pom quoi df^sespërer de ta cau>e et murmurer oonire les acles de l'ctcnielle justice? Crois-tu que Dieu abandonne jamais ceux qui espèrent en lui? Crois-tu qu'il pèsie d'un poids f'gal !e< attentais du crime et les œuvres de b vertu? Crois-tu que, dispensateur etjuilal.'le de ses dons, il ne sache pas faire la part du juste qui le bcnit et celle du coupable qui l'outrage? Ceïse donc tes plaintes, et prête l'oreille à «nés discours. » Alors l'habitant des célestes demeures, remontant aux causes qui avaient amené la re'volution, n;e fil voir l'orgueil des classe-i movennes parvenu à son dernier degrcd'an'ogance; il me montra, d un côté , des hon.mes à ibrluncs lapirîes, excitant secrètement le peuple au mécontenîement et à la lévolte; de l'autre, ces prélencius régénérateurs, fiux amis de la lil.erté, abusant du ])ouvoir de leui e'Ioquence poi>r propager des principes pernicieux et subversifs de la religion et de la morale; enfin il me fit connaître ces êtres perfitics q;ii, chaque jour, comblés des faveurs dv trône, loin de s'en uiontrer les plus zélés dc'fenseurs, gardaient le siltnre en présence de l'opposition, se n'scrvant ainsi une part aux faveurs du dernier maître, quelisque lussent ses droits el son nom. «Tu vois, ajouta l'ange, les triste:; efi'ets de ce (Oncou: s d'efforts criminels. Le trône est renversé, l'exil attend encore une fois les descendans de soixante rois , el le beau royaume de France, dont tant de nalioiw enviaient le destin , va devenir la proie de la rébellion. »
A ces n:ots je sentis mes yeux se mouiller de larmes. L'ange reprit vivement : a Mais Dieu appesantira sa main sur eux , et les abandonnera aux furesles consécjiiences de leurs doctrines, lu les veiras, (onlbndi;:^ par Iturs pjopics iautes , lomijcr chaque jour dans des eireurs pires que ce! lis qu'ils reprocîiaieril laussemenl au pouvoir; et afin que chiite grande leçon soil profitabl<; au peuple , le concours des circonstances amènera des efftts tels, que les nicmçs faits seront reproduits, mais celte fois avec les lésultats les plus déplorables. C'e-l ainsi que cette Charte, au nom de laquelle des flots de si'ug ont coulé, sera changée par ceux qui la proclamaient Hiviolabie ; c'esjainsi que des mesures arbitraires et révoltantes émaneront de ceux qui De prônaieni que liberté individuelle et ordre légal ; c'est ainsi que deux fois autan» d'or ne suffira plus à ceux qui ne parlaient que de bon marché et d économie : c'est ainsi que la gloire des campagnes d'Espagne el d'Alger sera lavéc'par la honte de deux exj)éditions p;ireilles. ïu verras les fauteurs de la révolte, les fabricans de barricades nienari's à leur tour par des révolte* et des barricades ; lu verras ceux qui prêtaient la main à d'ignobles carricaturcs, devenir eux-n.énies Pol)^': des plus pit.uantt^ P'O-
clttctions fîe ce i^pnre : on rira de ccix qui riaient, et à leur tour ils tomberont soas te Fouet veiireur de l'ëpigramfne et f]e. U satire* Tu seras tcmoiu <fe la ruine authentique de cei)x-Ià rini, j)ar (les pl.ïiates sLitinlc'e^, jelaient à dessein dnn» le commerai j'alarnie et le de'coKrngcment.... Enfin, tu entendras les cris
d'un peuple mallieiiieiix el de abuse' ; lu verras ses larme.' ;
tu le varias i:n jour, triste et descnchantd, adnrcr , comme le Sicambie de l'histoire , ce qu'il avait brillé dans sa colère, et briller ce qu'il avait adoré dans ses jours d>e folie... n A ces mots l'ange disparut , et moi je me levai , car mes forces e'taient revenues, avec !'efijK'r.'i*ice que Dieu ne \.\çy\% af>ait pas abanr donnes.
E* kl garde qui vcflle aux barrières du Louvre ^'en d<5fen(l pas les rois!
La peur est ;ine terrible chose; elle ressem'ule au remord-» qui empoisonne tout. Allice fidèle d'une conscience agitée, c'est surtout la nuit qu'elle v;euî dcrohei* au cri:ninel la jouissance de son forfait; elle l'assiège dans ses songes; elle grandit à se» yeux l'ombre des objets qui se réfléchissent sur les nmrailles ; souvent elle écoute craquer les vieux meubles aii milieu du silence , les hxe long - temps , et soiui} , saiiS pijiu- cela se rassurer ; quelquefois elle s'empare des siîïlemens du veni, qui, de corridor en corrido?', vient heurter, comme une émeute populaire, à la porte du coupable assoupi, ou bien gli?se à travers les vitraux d'un palais antique, et imite le râle d nu mourant, les ge'misseinens d'une veuve , les pleins d'iui orphelin , et torture en mille façons son esprit en lui rappcluit des faits cpi'il voudrait oublier.
a Dansez autour de moi, allumez cent bougies ^ faites du <( bruit pendant mon sommeil,» disait celle qui souillait de ses amours impudiques la couche nuptiale cfane reine de France Oh ! vous ne t'échapperez pas ! quoi que vous puissiez faire; non, cette main invincible qui venge l'innocent, vous ne sauriez vous y so^l^traire; et dut-elle, comme Ballhazar, vous surprendre dans les joies voluptueuses d'tm festin environne' de parfums, de fenuiies, de Heurs, eile sera là, impassible, qui gravera ia sentence. Et c'étaient là mes pensées en voyant ces nouveaux satellites qui rôdent toute la nuit autour d'un vaste édifice; ils sont armés jusqu'aux den-ts; un énorme trousseau de clés neuves pend à leur côté, et une carte qu'ils interrogent à la lueur vacillante d'un réverbère, leur donne les noms de ceux qui peuvent à toute he«ire pénétrer jusqu'à leur nKiître sans les .^^aire ires.saiilir.
OW oti! Tow ruÀïcUivez d& TeiroHX , <ieK grilles, des fers,
,}e.s armes , cUîs soldats : vous n'achèterez pas la paix de la
conscience !