PSEUDO-COCCIDIES DU TYPE DE THOMA ET DE NILS-SJÔBRING
Ici commence à proprement parler la partie véritablement intéressante de notre tâche. Nous n'avons, en effet, étudié jusqu'à présent que des formes résultant de transformations plus ou moins totales de la cellule épilhéliale, faciles par conséquent à suivre et à interpréter. Avec les types de Thoma, au contraire, nous arrivons à des pseuclo-coccidies véritablement intra-cellulaires ou même intra-nucléaires, de dimensions généralement beaucoup plus restreintes que celles de la cellule qui les contient, et dont certains caractères pourraient réellement en imposer pour ceux de véritables Sporozoaires, si l'on ne s'appuyait, pour les élucider, d'une part sur leur développement, d'autre part sur leurs analogies avec les productions intracellulaires normales.
Los pseudo-organismes de Thoma sont-ils des éléments inconnus jusqu'à nos jours et que seuls les progrès de la technique moderne ont permis de découvrir dans les tumeurs : correspondent-ils, au contraire, à des laits morphologiques déjà connus e1 interprétés dans un autre sens ? J'emprunterai, pour répondre à celle question, l'opinion même d'un partisan de
J.ÎJl
LES CANCERS EI'lTllEUAUX
l'hypothèse parasitaire, de M. Soudakewitch. Dans son premier travail sur le parasitisme dans le cancer, M. Soudakkwitch a relevé avec soin un certain nombre d'auteurs qui ont représenté des cellules épithéliales pourvues d'inclusions analogues à celles que Ton considère comme des parasites aujourd'hui et dont la nature eoccidienne ne doit, d'après lui, faire l'objet d'aucun doute. 11 est évident que, si, comme l'a fait Soi dakkwjtch,
on se reporte aux travaux de Vihciiow ( 1 84 1 ), de Leubuscheb, de W. Balm, (I'Eiucuskn, etc., et que, si l'on compare leurs figures à celles de Nils-Sjôbring, de Soudakewitch, de Podwyssowski, il ne peut se produire aucune hésitation au sujet de leur commune identité. Nous pouvons donc, sans imprudence, répondre par l'affirmative à la question que nous nous sommes posée plus haut et dire que, connues depuis longtemps, interprétées d'abord dans un sens exact, les inclusions intra-cellulaires du type de Thoma ont été seulement l'objet d'une interprétation nouvelle et, à notre avis, erronée.
Ainsi que nous l'avons déjà dit, la première description se rapportant nettement aux types dont nous nous occupons ici se trouve dans le petit travail de Thoma, paru en 1889, et oii l'auteur a brièvement résumé la plupart des détails qui seront plus lard repris et développés par ses successeurs. « Ces parasites apparaissent, dit-il, comme des organismes unicellulaires de 1 4 - 1 » \>de diamètre et peuvent être clairement mis en évidence par diverses méthodes de coloration. » On y trouve, selon lui, un protoplasma, un noyau et parfois aussi un nucléole. « Il est à remarquer que ces formes se trouvent isolées ou par groupes
de i-(i dans les noyaux épithéliaux qui perdent presque complètement alors leur colorabilité. » « Les vésicules contenues dans le noyau cellulaire présentent parfois aussi des sphères chromatiques plus ou moins grosses, très fortement colorables. »
Fig. ijo.
Cellules physaliphorcs. D'après ViB chow. V. Arch., Bd. I. Taf. II.
ÈTIOLOGIE PARASITAIRE —
s POIiOZOAIIîES
En un mot, Thoma a précisé d'une façon assez claire les formes qu'il avait en vue pour qu'il ne soil poinl besoin de figures pour les identifier à celles représentées plus tard par Nii.s-S.ioiuum; d'abord, puis par la plupart des ailleurs partisans de l'hypothèse parasitaire. Son travail mérite donc, à ce titre, d'être signalé comme la pierre angulaire d'une des parties les plus importantes de l'édifice un peu disparate dont nous étudions l'architecture. Examinant les pièces provenant d'un carcinome du sein lixé par l'alcool, Nils-Sjôbring ( i Soo) nous donne une élude accompagnée d'une planche et un peu plus détaillée que celle de Thoma, ce
Fie. i3i.
D 'après Nils-Sjôbring, a — fig. i ; b — fig. 2 ; c et d = fig. 12 et i3, de cet auteur.
qui permet d'autant plus aisément de reconnaître la véritable nature des formes qu'il décrit. Nous trouvons, par exemple, dans ses figures i et 3, deux cellules épithéliales qui contiennent chacune une inclusion encapsulée avec un contenu coloré à côté du noyau cellulaire encore intact. Dans sa figure 2, les corps en question se présentent dans le noyau même de la cellule; dans sa figure 4, la cellule primitivement binucléée a gardé un noyau intact, tandis que l'autre s'est transformée en parasite. Enfin, fait plus intéressant encore, Nils-Sjobri>g dessine dans ses figures 12, i3, 1 4, des phases de sporulation du parasite. Nous donnons dans notre figure 1 3 1 une reproduction aussi exacte que possible des formes les plus typiques de ces formations intracellulaires. L'auteur a même cru, ainsi qu'en fait foi sa figure 8, observer un « sarkode » en train d'envahir un noyau cellulaire et il est bien près d'avoir exécuté pour les pseudo-coccidies du troisième type ce que nous avons vu si complètement réalisé par Korotneff pour celles du premier, à savoir l'établissement d'un cycle complet d'évolution commençant par une masse plas-
CAKCBR8 KI'ITHKLIAUX. 23
les c Ayants èpituêhaux
inique géante et finissant par un enkystement etune sporulation
de cette niasse.
Presque simultanément, FoA.(i8yi), dans un premier article, décrit des COFps analogues à ceux des deux autours précités. Il ne larde pas d'ailleurs à étendre ses observations et à les compléter dans deux travaux accompagnés de planches et publiés ultérieurement. Nous y reviendrons tout à l'heure.
Ces trois travaux constituent en quelque sorte les linéaments primitifs de toute une série d'observations qui en seront la continuation et le développement. Parmi ces observations, il en est beaucoup d'effectuées avec les moyens techniques les plus sûrs; il en est d'autres aussi dont l'imperfection est beaucoup plus manifeste; mais le nombre des premiers esl heureusement assez grand pour nous fournir des documents précieux et précis. Nous nous y arrêterons naturellement de préférence, car la bibliographie du sujet, et en particulier celle des pseudo-coccidies du type de Thoma, devient si touffue que l'on se voit déjà dans la nécessité d'élaguer.
Pour éviter les redites, je me verrai obligé de négliger quelque peu Tordre rigoureusement chronologique, c'est-à-dire qu'au fur et à mesure que j'arriverai à chaque auteur, j'analyserai en même temps toutes ses publications qui ne sont en somme que la continuation logique d'un seul ordre de recherches.
Les travaux de Soudakewitch (1892-93) constituent la tentative la plus sérieuse qui ait été faite en faveur de l'hypothèse parasitaire. De plus, appuyés par l'autorité scientifique de M. Metchnikoff, ils présentent, le second tout au moins, la garantie d'une technique irréprochable et d'une observation approfondie. Nous allons les analyser ici en regrettant seulement de ne pouvoir reproduire aussi complètement que nous l'aurions voulu les nombreuses figures qui les accompagnenl et qui sont fort bien dessinées. Celles que je donne ici n'en sonl évidemment qu'une reproduction fidèle, mais assez grossière, les procédés zincographiques ne pouvant réaliser les délicatesses de la lithographie en plusieurs tons. Ces ligures suffi ro ni cependant pour nous guider dans noire discussion.
Pour son premier travail, Soudakewitch (189?.) s'est servi de matériaux fixés par le liquide de Mûller ou par l'alcool : pour
KTIOLOGIE PARASITAIRE — SPOROZOAJRES ^
le second et le troisième (1891 et tp), il a employé presque exclusivement les fixateurs à base d'acide osmique. Chacun de ces travaux n'esl d'ailleurs que le complémenl et le parachèvement des précédents; nous pouvons puiser indifféremment dans l'un quelconque d'entre eux.
Il importe tout d'abord de faire remarquer que les matériaux utilisés par Soudakewitcïï sonl presque tous d'origine glandu-
«Ma #
FlG. l32.
Cancer du pancréas. Métastase du foie d'après Soudakewitcïï, I, pl. VII, 1.
laire. Tandis que les pseudo-coccidies des deux premiers types appartiennent toujours à des tumeurs de revêtement, évoluant vers le type adulte; celles du troisième, au contraire, semblent caractéristiques des tumeurs d'origine glandulaire, ou tout au plus des tumeurs de revêtement évoluant dans le sens embryonnaire. Pont exception à cette règle certaines figures à noyaux multiples qui peuvent se rencontrer à la Ibis dans les deux sortes de néoplasies, qui sont très fréquentes dans les cancers