‹ Les cantilénes, 1883-1886Chapitre 1 sur 26 · BIBLIOTHÈQUE ARTISTIQUE & LITTÉRAIRE · texte numérisé non relu

BIBLIOTHÈQUE ARTISTIQUE & LITTÉRAIRE

Société anonyme LA PLUME

31, rue Bonaparte, 31

// a été tiré de ce volume 10 ex, sur papier des manufactures impériales du y apon, au prix de 12 fr. l'un, tous numérotés delà 10.

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Funérailles

Si l'on le demandait où est tout le trésor de tes jouis florissants, et si tu répondais que tout cela est dans tet yeux creusés, ce serait une honte dùvorante et un stérile éloge.

Shakespeark.

Roses de Damas, potirpres roses, blanches roses, "Où sont vos parfums, vos pétales éclatants ? Où sont vos chansons, vos ailes couleur du temps. Oiseaux miraculeux, oiseaux bleus, oiseaux roses?

O neiges d'antan, vos prouesses, capitans !

A jamais abolis les effets et les causes.

Et pas d'aurore écrite en les métempsycoses:

Baumes précieux, que tous des orviétans 1

Surpris les essors aux embûches malitornes.

Les cerfs s'en sont allés la flèche entre les cornes^

Aux durs accords des cors les cerfs s'en sont allés^

Et nous sommes au bois la Belle dont les sommes

Pour éternellement demeureront scellés. ..

Comme une ombre au manoir rétrospectif, nous sommes^

Voix qui revenez, bercez-nous, berceuses voix :

Refrains exténués de choses en allées,

Et sonnailles de mule au détour des allées.

— Voix qui revenez, bercez-nous, berceuses voix.

Flacons, et vous, grisez-nous, flacons d'autrefois : Senteurs en des moissons de toisons recelées, Chairs d'ambre, chairs de musc, bouches de giroflées. — Flacons, ô vous, grisez-nous, flacons d'autrefois.

lîn ce matin d hiver et d'ombre, l'alouette, En ce matin d'hiver, l'alouette est muette.

— Voix qui revenez, bercez-nous, berceuses voix.

Les lys sont coupés dans le jardin, et les roses. Et les iris au bord des eaux, des eaux moroses. — Flacons, ô vous, grisez-nous, flacons d'autrefois^

Le jardin était taillé comnve une belle dame. . .

GiLEs Fletcher.

Dans le jardin taillé comme une belle dame, Dans ce jardin nous nous aimâmes, sur mon âme ! O souvenances, ô regrets de l'heure brève, Souvenances, regrets de l'heur. Orêve en rêve

Et triste chant dans la bruine et sur la grève. Chant triste et si lent et qui jamais ne s'achève, Lent et voluptueux, cerf qui de désir brame, Et trémolo banal, aussi, de mélodrame :

C'est la table rustique avec ses nappes blanches Et les coupes de vins de Crète, sous les branches, La table à la lueur de la lampe caduque ;

Et tout à coup, Tombre des feuilles remuées Vient estomper son front bas, son front et sa nuque Gracile. La senteur des fleurs exténuées

S^évapore dans les buées Hélas ! car c'est déjà la saison monotone, L'automne sur les fleurs et dans nos cœurs Tautomne.

Et ce pendant qu'elle abandonne Ses doigts aux lourds anneaux à ma lèvre, j'écoute. J'écoute les jets d'eau qui pleurent goutte à goutte.

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Ses mains qu'elle tend comme pour des théurgies, Ses deux mains pâles, ses mains aux bagues barbares ; Et toi son cou qui pour la fête tu te pares ! Ses lèvres rouges à la clarté des bougies ;

Et ses cheveux, et ses prunelles élargies Lourdes de torpeur comme Tair autour des mares ; Parmi les bêtes fabuleuses des simarres, Vous ses maigreurs, vous mes suprêmes nostalgies ;

O mirages que ma tendresse perpétue, Échos fallacieux de Theuré qui s'est tue, Malgré votre carmin et malgré vos colliers,

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Et vos nœuds de brocart, et vos airs cavaliers, Pauvres ! vous êtes morts, ô vous tous elle toute, Elle toute et mon cceur, nous sommes morts, sans doute.

Pleurer un peu, si je pouvais pleurer un peu, Pleurer comme l'orphelin et comme la veuve, Et comme le pécheur naïf implorant Dieu.

Simple qu*il soit mon cœur, simplement qu'il s'émeuve?

Sur ma guirlande fanée et ma robe neuve Tissée au ciel avec du blanc, avec du bleu, Sur ma guirlande fanée emportée au fleuve, Pleurer un peu, pouvoir pleurer serait mon vœiu

Mais^ ce pendant que votre main cruelle et sûre, Sûre et cruelle fait vibrer dans ma blessure L'inexorable trait, Ma Dame, ma Douleur,

Il faut que je vous loue et que je vous célèbre,

Et que je tresse la gemme rare et la fleur

*JDans vos cheveux qui sont couleur de la ténèbre.

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En son orgueil opiniâtre, Que d'un sceptre d'or se parât, Que dans un habit d'apparat Il eût des poses de théâtre,

Que, de sa prestance idolâtre,.

Mît la perle de maint carat Avec un ruban nacîrat Dans sa chevelure folâtre ;

Vinéludable vint à point Tirer d'une main acharnée La bride de sa destinée,

Briser son sceptre dans son poing, Faire de sa pourpre une loque Que le vent mauvais efHloque.

O les cavales hennissant au vent limpide, Et les los de triomphe à Tentour des pavois.

Les cavaliers mordent la cendre, et je me vois Tel un vaincu que la populace lapide.

L'ombre se fait suspecte et veuve des hautbois^ Et l'appareil n'est plus de la fête splendide ; Et tout à coup par un maléfice sordide Des belles Dames se décharnèrent les doigts.

Lutter, pourquoi ? quand l'étendard de la conquête Claque aux remparts trahià ; et faut-il qu'on s'entête Sous les lustres obscurs à danser d'un pied tors ?

J'entends pleurer comme des chordes sous des plectres. Avec de pâles fleurs voici passer des spectres ; Et je voudrais mourir un peu, comme on s'endort.

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Désir de vivre et d'être heureux, leurre et fallace, Et monstre indéfectible aux têtes renaissantes, Malgré l'automne et les couronnes marcescentes, De courir tes hasards mon âme n^est pas lasse.

Car nous n'espérons point d'être jamais, hélas ! Le sage dont l'esprit sûr égorgea les sens ; Et nous avons au cœur cent taureaux mugissants, Et la morgue ridicule des guérillas.

Que pour un jour du moins I dure et lente rancune Du Destin, laisse-toi fléchir par l'infortune Et que j'aie un peu de trêve et de réconfort ;

Que je cueille la grappe, et la feuille de myrte Qui tombe, et que je sois à Pabrî de la syrte Où j'ai fait si souvent naufrage près du port.

Sous vos longues chevelures, petites fées^ Vous chantâtes sur mon sommeil bien doucement, Sous vos longues chevelures, petites fées, Dans la forêt du charme et de Tenchantement.

Dans la forêt du charme et des merveilleux rites, Gnomes compatissants, pendant que je dormais, De votre main, honnêtes gnomes, vous m'offrîtes Un sceptre d or, hélas ! pendant que je dormais.

J'ai SU depuis ce temps que c est mirage et leurre Les sceptres d'or et les chansons dans la forêt ; Pourtant, comme un enfant crédule^ je les pleure^ Et je voudrais dormir encor dans la forêt.

Qu'importe si je sais que c'est mirage et leurre^.

Par la douce pitié qui s'attendrit au pli, Pourtant dur, de ta lèvre, inaccessible amante, Saurais-tu donc effacer la marque infamante Que la vie imprima sur mon front assoupli 1

SoiS) au moins, la main qui berce, et lorsque a faibli Mon orgueil et, ce pendant que geint la tourmente, Abrite-moi, comme d une magique mante, Des ténèbres de ta chevelure d'oubli ;

Et que de tes yeux la translucide prunelle Me verse la fraîcheur et la paix solennelle De la mare endormie en un lit de roseaux.

Mais surtout garde-toi bien close, et taciturne.

Tel que sous le soleil un augurai oiseau.

— Car mon âme frimit de regarder dans l'urne^

Et j'irai le long de la mer éternelle Qui bave et g émit en les roches concaves, En tordant sa queue en les roches concaves ; J'irai tout le long de la mer éternelle.

Je viendrai déposer, ô mer maternelle, j

Parmi les vare(*hs et parmi les épaves, Mes rêves et mon orgueil, mornes épaves, ^

Pour que tu les berces, ô mer maternelle.

Et j'écouterai les cris des alcyons

Dans les cieux plombés et noirs comme un remords,

Leurs cris dans le vent aigu comme un remords.

Et je pleurerai comme les alcyons, Et je cueillerai, triste jusqu'à la mort.

Les lys des sables pâles comme la mort.

Interlude

Je vous annonce environ deux douzaines de lions rampants et d'ours mangeurs de miel. Que tout vivant prenne garde ! car, quoique fantastiques, ils ne laissent pas de donner quelque crainte et d'exécuter des travaux d'Hercule avec des épées nues.

Le Tableau des Merveilles »

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