LA CHEVAUCHEE DE LA MORT
La Mort chevauche dans la nuit, à travers la plaine. Le vent de la nuit à travers la plaine halène ;
Le vent halène dans les ajoncs et sur les prêles.
La Mort monte un hongre pie et borgne aux jambes grêles.
Et les trépassés sont pendus par la chevelure, Sont pendus par les pieds, à la queue, à Tencolure,
AIRS ET RKcrrs
L'encolure du hongre borgne qui caracole.
l.a Mort chevauche à travers la nuit, romme une folle.
Les vieillards disent : Bonne Mort, cesse un peu ta course. Nous boirons, dans le creux de nos mains, à cette source.
Et nous — disent les beaux garçons et les belles filles — Pour faire des bouquets nousciicillerons des jonquilles.
Le pur Concept
Fi I du moniior attendu.
Et de l'éternel leurre, trêve !
Le philtre de la coupe brève Sur la f-o'issiére est répandu ; Le philtre est bu par la poussière.
— Dans le crible de la sorcière Qui donc regarder osera.
Regarder et s'y reconnaître !
— Sur ce qui fut ou qui sera, Mon âme, fermons la fenêtre.
Le Burg immémorial, de ses meurtrières Semble darder un œil dur sur les temps mal-nés,. Et de ses porches les silences obstinés Recèlent les serments gardés et les prières.
Au jardin de la Fée où les échos sont tus Du prime éveil qui se résorbe en l'immuable ; Baume, elle, contre la vie irrémédiable, S'ouvre la Fleur dispensatrice des Vertus.
Et c'est ici le beau Palais de la Huée Où dansent les Coulpes en toquet de grelots.
— Tel le Burg, gésir d'austère silence clos ; Fleurir en soi, telle la Fleur insexuée.
Sous la rouille des temps je suis un vieux blason.
— Chère galère avec ta riche cargaison, Es-tu prise à jamais dans les glaces du pôle ?
— Voici l'heure qui tinte et la chanson du saule.
Mon regard fatigué contemple l'horizon Monotone, à travers les barreaux d'une geôle.
— Je suis l'herbe fauchée et l'arbre que l'on gaule.
— Voici l'heure, maie heure, et la maie saison.
Il6 LE PUR CONCEPT
Mais que me font ces fleurs qui meurent sur la tige^ Et ces parfums remémorés, et le vertige Des royales splendeurs et des épîscopats ;
Car mieux que dans la nuit close des sépultures,. Daimôn auguste du Concept, oh ! n*ai-je pas Trouvé l'oubli sacré, dans tes prunelles dures l
Les pâles filles de l'argile
S'en vont hurlant par les chemins,
Et dans un transport inutile
Sur leurs seins nus crispent leurs mains.
Lèvre vaine de ses carmins, Orgueil de la hanche nubile Senteurs fugaces de jasmins.
O cette extase puérile I
TOI, dans qui j'ai constitué Pour me consoler de la terre, L'amour stérile et solitaire.
Dors ton sommeil impollué Sous la piarre que ne soulève Que la force occulte du rêve.
Dans le chêne rugueux sculptée Tu gîs sur les feuillets du livre Où ma patience s'enivre, Tête de la décapitée.
Lorsque mon âme cahotée Réclame en vain Toubli de vivre, Ta prunelle auguste me livre La loi par le Destin dictée.
Et pour un instant le souci Inexpugnable, et tout ceci Qui rampe, fruste et périssable,
Se dispersent comme du sable ; Et mon esprit monte et descend Dans l'air lucide et latescent.
La DÉTRESSE dit : Ce sont des songes anciens,
Des songes vains, les danses et les musiciens.
La tête du Roi ricane du haut d*une pique ;
Les étendards fuient dans la nuit, et c'est la panique.
La DÉCRÉPITUDE dit : Êtes-vous fous, vraiment,
Vraiment, êtes-vous fous d'avoir encor cette pose,
D'avoir encor sur les dents ce sourire charmant,
Ce sourire devant le miroir, et cette rose
Dans votre perruque, ah ! vraiment, quelle est cette pose I
Le TEMPS dit : Je suis le Temps, un et simultané, Et je stagne en ayant Tair de celui qui s'envole, Mirage fruste et kaléïdoscope frivole, Je vous leurre avec l'Heure qui n'a jamais sonné.
Alors MAYA, Maya l'astucieuse et la belle Pose ses doigts doux sur notre front qui se rebelle Et câline susurre : Espérez toujours, c^est pour Votre sacre que vont gronder les cymbales vierges,. Et vous aurez For et la pourpre de Bedjapour, Esclaves dont le sang teint les cordes et les verges.
Tidogolain
TIDOGOLAIN
La Dame — en robe grivelée — Par le verger s'en fut allée.
Belle de corps et d'air hautain, Les yeux comme cieux du matin ; Au col un collier de cinq onces, Et dans ses cheveux de jaconces Un large cercle d'or battu, Avec des pierres de vertu.
126 TIDOGOLAIN
Or, portant le bracet fidèle, Un naîn marchait à côté d'elle, Un nain ni tant fol ni vilain Qui avait nom Tidogolain :
« J*ai fin samit. Au doigt j'ai rubacelle, J'ai daguette à pommeau de diamant.
De doubles d'or lourde est mon escarcelle ; Sur mon chapel et plume et parement.
Las ! réjoui ne suis aucunement :
Que fait-il, Faste, et que fait Opulence?
Amour occit mon cœur de maie lance.
J'ai destrier qui, sans qu'on le harcèle, Bondit crins hauts et le naseau fumant ; Le frein de gemmes et d'argent ruisselle, De pourpre est le caparaçonnement.
Las ! sans armet, ma tête doiemment Penche, et mon bras de fer est sans vaillance, Amour occit mon cœur de maie lance.
TIDOGOLAIN
Anne, Briarde, et Doulce la pucelle
Aux cheveux blonds, plus blonds que le froment,
Et la Dame de Roquefeuilh, et celle
Pour qui mourut le roi de Dagomant,
M'offrent joyeux réconfort ; mais comment
Auraient-elles à mes yeux précellence ?
Amour occit mon cœur de maie lance.
Princesse, pouvez seule à mon tourment Porter nonchaloir et allégement, Car c'est de la tour de votre inclémence Qu'Amour occit mon cœur de maie lance, >
Ainsi chantaTidogolain Le nain ni tant fol ni vilain, (Dans l'air tiédi de la venelle Fluaient des senteurs de canelle,.
De spicpètre et de serpolet.) El la Dame dit : Ce me plaît.
^TTw:^
Mélusine
Raimondin chevauche et son cheval l'emporte,
Les rênes au col, à travers les futaies.
Le vent berce sur l'eau l'ombre des futaies ;
Sur l'eau la lune est blanche comme une morte.
132 MÈLUSINE
Moins blanc sur Teau le clair de la lune flotte, Moins blanc que le vidage dolent du comte.
Bien dolent, bien dolent est le cœur du comte. Dans la futaie et sur Teau le vent soufflote :
« Les unes, sous les hauts hennins, L'œil à mainte feintise idoine.
Aux traînes que portent des nains Par les escaliers de sardoine ;
D'autres, dont la grâce florît
Comme une branche neuve, et toutes ;
Et la pucelle qui sourit
Au chevalier vainqueur des joutes :
aii^^^^mmiti^^ÊÊÊi
Festins mentis aux affamés, Promise nef qui soudain cul*;, Leurres de fleuves tôt humés Dans la hagarde canicule...
Indicible, et le front vêtu De pierres gemmes en guirlande.
Par quel géant gardée es-tu Aux grottes de Nortoberlande,
La prime et l'ultime, et pennon Où Taure des Promesses joue, Et molette de bon renom Brochant le Désir qui s'ébroue ! n
Le vent berce sur l'eau l'ombre du bouleau, Le vent berce la blanche lune sur l'eau,
134 MËLUSINE
»ii II I 11 i m — Qbé^ib^b i H iiiiliiii w—w^»*»— ■■■«■■■ —
De la futaie une gente dame sort,
Très doucement elle chante un très doux chant ;
Le comte a le cœur abusé du doux chant,
Le comte ne sait pas s'il veille ou s'il dort :
« Les papemors dans l'air violet Vont, et blonds, et blancs comme du lait.
Blonde suis, blanche comme du lait, En gone de velours violet.
Les diaspes et les caldonies Dardent sur mes tresses infinies.
Mes pers yeux, mirances infinies, Fanent diaspes et caldonies.
Feuilles et pétales parfumés, Montent, montent les rosiers rames.
Ainsi que fleurs aux rosiers raméa, A mon buste mes seins parfumés.
Des citoles avec des saltères
Frémissent aux soirs des périptères.
Ma parole aux soirs des périptères Fait taire citoles et saltères :
Targe sur les dangers ennemis Et Bel-Accueil ceux-là sont promis, Sire comte, à votre vœu promis Plus haut que les Pensers ennemis. »
MELUSINB
Lèvent souffle, souffle à travers la boulaie. Le cheval porte Raimondin, à sa guise.
Sans qu'il lui tire la bride ou le conduise Le cheval galope à travers la boulaie.
.iCà
Le comte est pâle comme un mort sous le heaume, Sous le haubert dur son cœur garde une plaie. Le vent souffle, souffle à travers la boulale. Elle frissonne au vent l'aigrette du heaume :
« Sur le haut lit par l'évéque bénit, et fleuri D'écarlates tentures de Constantinople, — Le si doux chant chantait juste, — la Dame a guéri Mon cœur, de sa main, ambre de Constantinople, De ses clairs yeux, écus d'or et de sinople.
Sur l'oreiller par l'évcque bénit, tout brodé D'oisillons volants, sous les lambrequins en dôme, — Le si doux chant chantait juste, — mon rêve a goûlê Parmi la pompe de sa chevelure en dôme, Le sûr fruit de son corps, magistère et baume.
Las ! Us ! trop tard, trop tôt la Male-Bouche parla : Le Mal-Souci parla de Forfait et de Rite.
Mon Dieu, se pourrait-il, oh ! se pourrait-il cela Hideux simulacre et démoniaque rite, Sur la couette par l'évêque b(!nite ! »
Le vent berce sur l'eau l'ombre du bouleau.
De la futaie un triste, triste chant monte.
Le vent bcrre la blanche lune sur l'eau.
Il ne sait pas s'il veille ou s'il dort, le comte.
« Spectre clément à la Vie, et comme De se voir réel il avait peur ; Ab ! grand' peur il avait du labeur Opiniâtre et failli de l'homme.
f MÉLUSENE 131,
L'Anacampsérote au suc vermeil Est écîose : au cœur las panache ; Au flux de son aile cadeneée L'Iynge berce l'amer sommeil.
Mais le Jaloux, dont la vois incite, S'essore des marges du Missel Et dit : qu'il nous faut rompre le scel De l'incantation illicite.
Alors c'est la cliutt; et le confin Du fier Palais qu'abritait la Nue ; Et voici qu'Entélékliia nue Rampe en le Jour vertical et vain, s
Table
Mi
FUNERAII-l ES
Pages.
Sous vos longues chevelures
Et j'irai le long de la mer é
ernelle..
Pages.
Toute 11 B»biole 31
La lune le le»a 33
Geiie 35
Never mofe 37
Le Rhin 39
Florence 43
Vignelie 4S
Madrigal 47
Le RuRîan 49
AIRS ET RECITS
Maryfi 57
La mauveite mère 61
Nocturne 67
Air de danse 71
L'Ëpouae fidèle 7S
La comtesse Esmir^e 81
Agha Veli 85
La Femme perfide 91
La Veuve 95
La vieille Femme de Berkclej 97
La Chevauchée de la Mort 107