Canonge, Histoire militaire contemporaine
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vue les actes d^héroïsme qui, sur une échelle moins vaste, ont à diflférentes époques excité Tadmiration publique. Parmi ces actes, il en est peu, s'il y en a, d'aussi émouvants que celui de la petite garnison de Lucknow, assiégée en 1857 par les Cipayes révoltés. Il serait puéril de vouloir en diminuer le mérite, par cette considération que le massacre le plus horrible attendait les assiégés s'ils avaient succombé et que, placés entre deux genres de mort, ils ont naturellement choisi la plus glorieuse et la moins douloureuse. Il n'en reste pas moins le fait de la discipline, de la constance et de la fermeté, tenant tête à l'immense supériorité du nombre, au fanatisme et à la férocité de bêtes fauves enivrées par l'odeur du sang.
Est-il besoin de raconter ce siège ? Il suffira, du moins, de le résumer. Battues dans une rencontre avec les insurgés, les troupes royales étaient rentrées, le 30 juin 1857, dans la résidence de Lucknow, ou plutôt dans le camp retranché formé à la hâte en réunissant les bâtiments de cette résidence par des retranchements, palissades et murs crénelés. Il s'y trouvait, comme force sérieuse, 600 hommes du 32^ régiment d'infanterie royale, auxquels on peut ajouter 327 Européens, officiers sans troupe, administrateurs, etc — ; à côté de cela, 765 natifs, 200 femmes et 250 enfants. Ce camp fut immédiatement cerné par les révoltés, dont le nombre se trouva
bientôt porté à près de 100,000, par Tarrivée de :3bandes avides de pillage. Des batteries, habilement disposées par les assaillants, firent pleuvoir sur les défenseurs une grêle incessante de projectiles. Des assauts furieux livrés à diflférentes reprises, assauts pendant lesquels les Cipayes pénétrèrent plusieurs fois dans les retranchements et y furent tués à la baïonnette, échouèrent contre la résolution et le sang-froid de la garnison, qui heureusement était largement pourvue de vivres. Le résident civil, sir Henry Lawrence, ayant été tué dès le début, Tautorité appartenait tout entière au colonel Inglis, commandant le 32® régiment. L'espoir d'être secouru par sir Havelock, qui avait trouvé moyen, malgré la sévérité du blocus, d'annoncer sa prochaine arrivée, soutenait tous les coui'ages. Enfin, le 25 septembre, à huit heures du matin, la colonne d'Havelock, forte de 3,000 hommes, fatiguée par une longue marche et déjà éprouvée par plusieurs combats, se présenta devant Lucknow. Alors s'engagea dans les rues étroites de cette ville, peuplée de plus de 600,000 habitants, une lutte acharnée. Le 25, au soir, le succès de l'entreprise paraissait compromis ; les troupes , malgré leur ardeur , n'avaient pu percer la masse des assaillants ; il fut résolu, cependant, de continuer le combat sans interruption, pour ne pas permettre aux insurgés d'accumuler leurs forces pendant la nuit sur le chemin
de la résidence, et Ton poussa en avant. Qu'on se figure Tanxiété des défenseurs ! Un avis d'Havelock les avait avertis de n'avoir pas à bouger, et le bruit de la fusillade qui s'avançait, celui des explosions de plus en plus rapprochées, leur indiquaient seuls les progrès lents de leurs libérateurs. Enfin, à six heures du matin, sir Havelock et sir Outram, les deux chefs de Tarmée de secours, entrèrent par une embrasure de canon dans la résidence, dont le chemin leur avait été frayé par le 78® régiment écossais et par les Sikhs, alliés -fidèles de TAngleterre ; la délivrance était accomplie. La colonne d'Havelock avait perdu 550 hommes sur 3,000; la garnison avait éprouvé des pertes plus sensibles encorç : sur 1,692 hommes, il n'en restait plus que 979. Au nombre des morts se trouvait le capitaine du génie Fulton, qui avait dirigé les travaux avec autant d'énergie que de talent. Dans toutes les défenses restées célèbres, on retrouve un officier du génie; quand il n'y a pas d'officier, c'est un garde comme Saint- Jacques à Monzon, ou un sous-officier comme le sergent Bobillot à Tuyen-Quan.
Le siège de Lucknow n'était pas achevé; les troupes d'Outram et d'Havclock étaient venues seulement en renforcer la garnison qui, dès lors, était en force suffisante pour résister. Sir Colin Campbell la délivra définitivement le 14 novembre, après un combat plus terrible encore, quoique moins disputé
que celui du 25 septembre. Havelock, honoré par les Anglais à Tégal des plus grands héros, était mort pendant le second siège. La résidence de Lucknow fut, pour un moment, évacuée par Farmée anglaise ; elle contenait encore des approvisionnements considérables. Mais on se demande, avec terreur, quel eût été le sort de son héroïque garnison, si la prévoyance de sir Lawrence n'y avait accumulé les vivres*.
Il resterait, dans Tordre d'idées où. je me suis placé, à relater le siège deTuyen-Quan, le plus récent exemple de ce que peut l'énergie d'un commandant et d'une troupe , assiégés dans une place ; mais, comme je l'ai déjà dit, ce siège est trop récent pour qu'il soit nécessaire d'en rappeler les circonstances, qui sont connues de tout le monde '.