‹ Les capitulations; étude d'histoire militaire sur la responsabilité du commandementChapitre 65 sur 116 · Napoléon, Campagnes d'Italie · texte numérisé non relu

Napoléon, Campagnes d'Italie

A Kivoli, le 14 janvier 1797, Lusignan, avec une brigade forte de 5,000 hommes, croyait avoir tourné Tarmée française et tomber sur ses derrières, en lui coupant la chaussée de Vérone, tandis que les colonnes d'Alvinzi, remontant de la vallée de TAdige sur le plateau de Kivoli, l'attaquaient de front; mais déjà ces colonnes repoussées fuyaient en déroute ; la réserve de Tarmée française se retourna contre la brigade de Lusignan, qui, voulant battre en retraite, rencontra le général Rey, appelé sur le champ de bataille par Bonaparte, avec la 75®. Ainsi cernée, cette brigade fut détruite; un corps de 1,500 hommes, trompé par la disposition des lieux, se rendit à un capitaine d'infanterie, qui n'avail pas 50 hommes avec lui.

Pendant ce temps, Provera avait marché sur Mantoue, afin d'entrer dans la place pour la ravitailler, et il s'était heurté à la position fortifiée de Saint- Georges ; cette position se trouvait occupée par le général Miollis, qui lui opposa une résistance invincible. Le lendemain, jour de la bataille de la Favorite, la brigade Victor arriva du champ de bataille de Rivoli, après avoir marché ou combattu depuis trois jours sans s'arrêter, et fondit sur Provera; celui-ci, attaqué d'un côté par Victor, de l'autre par Miollis, enveloppé de toutes parts, se vit forcé de demander à capituler, et mit bas les armes avec 5,000 hommes...

Les Français, toujours victorieux pendant cette glorieuse campagne, ne s'étaient pas trouvés exposés souvent à de grands dangers. Cependant, lorsque Wurmser, poursuivi par Bonaparte après la bataille deBassano, chercha à se réfugier dans Mantoue, la négligence d'un des généraux de division chargés du blocus de cette place lui ouvrit un passage, et il put atteindre son but après quelques combats dans lesquels de petits détachements français eurent le dessous. Ainsi le général Charton, envoyé trop tard avec 500 hommes pour détruire le pont de Villempinta, donna dans le gros de l'armée de Wurmser ; « il se « plaça alors en carré sur le chemin », dit Napoléon, « et fit une vigoureuse résistance ; mais il fut sabré « par les cuirassiers autrichiens et resta mort sur le « champ de bataille. Ce détachement fut perdu sans « avoir capitulé. »

On ne voit plus dans les guerres suivantes, des capitulations du genre de celles de Provera et du colonel Cavasini, se reproduire aussi fréquemment. 11 faut convenir pourtant que la conduite des grenadiers de Lattennann à Marengo fut quelque peu extraordinaire, lorsque, marchant en colonne sur la chaussée après la première bataille gagnée par les Autrichiens, accueillis subitement par le tir à mitraille des dix-huit canons de Marmont, attaqués de front par les troupes de Desaix et chargés avec la vigueur que l'on sait par les 300 chevaux de Kel-

lermann, ils mirent bas les armes. La cavalerie qui les accompagnait et dont F inaction fut honteuse, venait, il est vrai, de les abandonner; il est possible aussi que la surprise causée par ce retour offensif, si peu attendu, ait paralysé les efforts de leurs chefs, mais il est permis de penser que, s'ils avaient essayé une résistance facilitée par leur nombre, la victoire aurait pu être, tout au moins, chèrement disputée.

Nous avons vu, dans la campagne de 1805, la capitulation de Werneck poursuivi par Murât après sa sortie d'Ulm. La guerre de 1809, avec ses batailles sanglantes d'Abensberg, d'Eckmiihl et de Wagram, ses combats de Tengen, de Neumarck et d'Ebersberg, ne vit pas se renouveler les succès écrasants de 1796 et de 1805 ; les Autrichiens ne se battaient plus comme alors ; leurs résistances étaient devenues plus opiniâtres. 11 fallut à la bataille de Dresde, le 27 août 1813, des circonstances particulières pour faire mettre bas les armes à toute l'infanterie de Faile gauche de Schwartzemberg. Cette aile était séparée du reste de l'armée par de profonds ravins; attaquée d'abord par le maréchal Victor, elle reçut ensuite avec fermeté les charges réitérées de la cavalerie de Murât; mais la pluie tombait à verse; les amorces des fusils ne prenaient plus feu ; plusieurs carrés furent enfoncés ; les autres se rendirent pour ne pas être foulés aux pieds ; 10,000 prison-

niers tombèrent ainsi aux mains de nos cuirassiers, dont la bataille de Dresde est restée un des plus beaux titres de gloire.

La guerre, à partir de la campagne d'Eylau, prit en Espagne, en Autriche, en Russie et en Allemagne un caractère d'acharnement qui ne se démentit jamais jusqu'à Waterloo. On ne vit plus qu'exceptionnellement des bataillons entiers se rendre à Tennemi ; il y en eut encore cependant, et les Anglais eux-mêmes, si tenaces sur le champ de bataille, n'échappèrent pas toujours à cette triste nécessité. A la bataille de Fuentès-d'Onoro, par exemple, 1,500 hommes aix ordres du général Hill, entourés et sabrés avec vigueur par la cavalerie de Montbrun, admirable ce jour-là, se rendirent au général Foumier, à qui le général Hill remit son épée.

Pendant la campagne de Russie , le corps saxon commandé parReynier, fut, comme nous le verrons plus loin, surpris par le général russe Tormasotf dans la position de Kobryn. Enveloppé par 28,000 hommes dans une ville ouverte, le général Klingen combattit longtemps avec une bravoure digne de tout éloge, mais il fut enfin réduit à mettre bas les armes avec 2,000 hommes, rendant, lui aussi, son épée au général ennemi.

La fin des guerres de l'Empire fut marquée par des événements désastreux. Des divisions, des brigades se trouvèrent coupées et séparées de l'armée.

Elles ne capitulèrent pas. Ce fut les armes à la main que se firent prendre les généraux Puthod, Partouneaux et Pacthod aux batailles de la Katzbach, de la Bérézina et de la Fère- Champenoise, Lauriston et Keynier à Leipzick.

Le 27 août 1813, à la bataille de la Katzbach, le général Puthod avait été détaché sur la rive droite duBober, pour prendre en flanc Farmée de Bliicher, que le maréchal Macdonald devait attaquer de front; Macdonald fut repoussé, et Puthod resta seul exposé aux coups de F ennemi. Débordée, accablée par le nombre, réduite par la pluie à ne plus pouvoir tirer un coup de fusil, sa division se défendit vaillamment; elle fut détruite sans se rendre et sans capituler.

Tel avait été auesi, à bien peu près, le sort de la division Partouneaux pendant le passage de la Bérézina ; envoyée à Bori&ow pour faire une fausse démonstration et tromper T ennemi sur le point de passage, elle avait été rappelée trop tard; elle s'égara dans la nuit et tomba au milieu des corps d\arméc russes de la rive gauche de la Bérézina. Ainsi coupé de Tarmée, Partouneaux résolut de se faire jour et disposa ses troupes en trois colonnes, une par brigade. Mais il n'avait en tout que 4,000 hommes pour en combattre 40,000 ; la brigade avec laquelle il marchait fut enveloppée par l'ennemi ; il répondit par un refus à toutes les sommations qui

lui étaient adressées, et ne cessa de lutter, ainsi que ses deux autres brigades, jusqu^à ce que l'ennemi fatigué cessât son feu. Au jour, Partouneaux restait encore debout sur la neige avec 400 hommes ; il lui fallut céder à V évidence et se laisser prendre . Le reste de la division en fit autant ; 2,000 hommes environ mirent bas les armes ; un bataillon de 300 hommes réussiirà percer pendant la nuit en suivant les bords de laBérézina, prouvant par là qu'on ne doit jamais capituler et qu'on parvient quelquefois à s'échapper. La division Pacthod, à la Fère-Champenoise, le 25 mars 1814, fut réellement sublime et, pour ma part, je n'hésite pas à placer cette résistance sans espoir, de 3,000 gardes nationaux à toute la cavalerie et à toute l'artillerie de la garde impériale russe, au-dessus de bien des victoires. On assure qu'elle inspira aux souverains alliés de sérieuses réflexions, et qu'ils éprouvèrent la crainte de ne pouvoir venir à bout d'un pays dont les citoyens montraient un tel mépris de la mort. Le général Pacthod avait été chargé d'escorter un convoi de munitions envoyé à l'Empereur. Il avait sous ses ordres, comme je viens de le dire, 3,000 gardes nationaux, quand il se trouva en présence de l'armée ennemie, à laquelle les maréchaux Marmont et Mortier venaient déjà d'échapper en subissant des pertes cruelles ;. il forma cinq carrés de ses gardes nationaux et se réfugia dans un pli de terrain où

il fut bientôt enveloppé. Deux de ses carrés résistèrent longtemps aux charges de la cavalerie russe, jusqu^à ce que Tartillerie, arrivant enfin, les criblât de mitraille et ouvrît des brèches dans lesquelles se précipitèrent les escadrons ; tous les hommes qu'avait épargnés le canon furent alors impitoyablement sabrés. Les. trois autres carrés se fondirent en un seul, sur lequel Fartillerie russe" dirigea tous ses coups ; par moment, les batteries arrêtaient leur tir, et les Russes sommait les gardes nationaux de se rendre ; ils refusaient, et le tir recommençait de plus belle. Enfin, T empereur Alexandre leur envoya un de ses aides de camp, et le petit nombre d'hommes qui restait encore debout se rendit à lui personnellement \ . .

Quant à Leipzick , . on sait par quel effroyable malentendu l'explosion prématurée du seul pont que l'imprévoyance inouïe de Napoléon eût gardé pour la retraite d€ l'armée, laissa 20,000 hommes sur la rive droite de l'Elster exposés aux étreintes d'une armée de 200,000 hommes, avec Macdonald, Ponia- • \ towski, Lauriston et Reynier. Il n'y eut pas de ca* î pitulation : Poniatowski s'élança dans l'Elster et 5 s'y noya, Macdonald, plus heureux, parvint à l'autre rive, dont les soldats du 6^ corps l'aidèrent à fran- j chir les escarpements, Lauriston et Reynier furent j

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