‹ Les caprices de la marquiseChapitre 1 sur 15 · SCÈNE PREMIÈRE. NICOLAS · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE. NICOLAS

(Au lever du rideau, on entend un air de cornemuse. Après avoir joué, Nicolas sort d'un bostiuet à pas de loup, dans un ajustement trôs pittoresque.)

NICOLAS

Quoi! ma musique ne l'attire pas? — C'est donc ici le château de la Belle et la Bète ? — Je ne veux nommer personne. — Quel château mystérieux ! Marianne y est devenue invisible. C'était bien la peine de gâter ces beaux .espaliers et ma culotte de velours ! Depuis ce matin je perds mon temps à soupirer sur ma cornemuse. Je me suis présenté plus de vingt fois à la porte , mais il parait qu'ici on n'a pas l'habitude de passer par là. J'ai vu un freluquet de valet de chambre qui m'a dit : — Halte-là , Nicolas ! il n'y a pas de Marianne. D'ailleurs, a- 1- il ajouté, on n'entre ici qu'habillé. {Nicolas se regarde.) — Si je savais où est la fenêtre de Marianne ! On dit que c'est là un chemin de tra- ' verse. — Je lui ai écrit; a-t-elle lu ma lettre ?*Qui sait si elle ne m'a point oublié? Elle devient quasi grande dame au château. — Oh ! que nenni ! on n'oublie pas si tôt Nicolas. Si je pouvais seulement la prendre par le corset et lui parler

entre quatre lèvres ! — Mais qm vient dune là-}3as? — Ouf! c'est la marquise. Pauvres espaliers! pauvre culotte de velours ! (// s'enfuit et grimpe au mur du parc.)

SCÈ.NK II.

LA MARQUISE DE VERMAND, un éventail à la main,— robe à paniers et toutes les fanfreluches du temps.

LA MARQLISE.

Oui, des caprices. — Vouloir et ne pas vouloir. — Ne pas vouloir ce qu'on sait, ne pas savoir ce qu'on veut. — On appelle cela des caprices, et on nous en blâme. Quelle méchanceté ! — Il y a des gens que nous ne supportons que pour leur faire supporter nos caprices. — Eh ! mon Dieu , nous que personne ne contredit , si nous ne pouvions pas nous contredire un peu nous-mêmes, quel ennui ce serait ! Quoi de plus mignon, de plus charmant, de plus imprévu, de plus divin qu'un petit caprice, — un caprice adoré, un caprice impromptu ! — Le caprice, c'est la rose que j'effeuille , l'amant que je ne prendrai pas , la comédie qu'on me donne, celle que je fais, celle que je voudrais faire, une rivale, parfois même un mari : moi, quand le mien n'est pas là... {Elle se promène en rêvant.) Mais, depuis que je suis revenue en ce château, toute espèce de caprice m'est interdit. Il tiuit que je me contente d'être heureuse. {Après un soupir, et d'une voix traînante.) C'est bien amusant! Je suis lasse du bonheur; il me semble que je mange sans cesse de la soupe au lait. — La destinée s'obstine à liler mes joure avec de la soie. Si ce fil était mouillé de quelques larmes, à la bonne heure! — Est-ce que le chevalier ne viendra pas avant huit heiires? Ah! monsieur de Versac, vous me né-

gligez... car il est déjà sept heures et demie. Depuis (pi'il demeure avec nous, nous ne le voyons plus. Que faire ce soir? Nous ne sommes pas à Paris! — Marianne ne vient pas. Si j'avais ce petit roman, Pçiint de lendemain! Le titre est délicieux. Je ferai lire cela au chevalier, pour voir s'il y a avec lui des jours sans lendemain. Hélas ! réduite à lire des romans quand tout le monde en fait autour de moi ! Ah ! grand'mère avait bien plus d'esprit ! Mais les abbés et les mousquetaires s'en vont : adieu les petits romans. A quoi bon les paravents aujourd'hui? et les oratoires? si ce n'est à prier Dieu?... Où donc en suis-je avec le chevalier? Un amour innocent, qui ne nous fera pas grand mal au cœur, une églogue, une bergerie, une vraie page de Watteau. Pourtant, si le chevalier était toujours là!... Mais l'ingrat voyage ailleurs.

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