‹ Les caprices de la marquiseChapitre 6 sur 15 · MARIANNE, LA MARQUISE · texte numérisé non relu

MARIANNE, LA MARQUISE

LA MARQUISE, revenant sur la scène par une autre allée. Ah! çà, Marianne, il ne viendra donc personne?

MARIANNE

Pour vous désennuyer, Madame, je voulais presque vous nvoyer M. le marquis.

Que dites-vous donc là, Marianne? on voit bien ([u'on l'a pas grand'peine à vous désennuyer, vous.

MARIANNE, ovec dépit et dénouant son tablier.

AI. le marquis a mieux aimé me tenir compagnie, j'en suis encore toute agitée.

Toute agitée ! Voyez- vous ces grands airs!

MARIANNE

Ce n'est pas contre moi. Madame, qu'il faut vous irriter.

Ah! ne vous justifiez pas, je ne suis jalouse de personne, et vous comprenez bien...

MARIANNE , à part.

Je ne comprends pas du tout.

M. de-Vermand a tout simplement voulu voir le fond de votre cœur.

MARIANNE

Mais M. le marquis n'a rien à voir là-dedans, j'imagine.

LA MARQUISE , 0 part.

Est-ce que c'est possible! Je veux en avoir le dernier mot. D'ailleurs, voilà un secours contre l'ennui , car il y a là un commencement de comédie. Est-ce que je vais trouver un prétexte à caprices? {Haut.) Écoutez, Marianne, je vous permets do riro un peu avec M. de Vermand, cela m'amusera.

MARIANNE

Mais, Madame , savez- vous si je me permets cela à moimême? {A part.) Et Nicolas!

Voyons, ne faites donc pas tant de façons. La belle

— lô —

afTaire, en vérili', que de sourire aux jolis propos! Soyez tranquille, votre vertu ne sera pas enjeu.

MARIANNE

Madame en parle liien à son aise.

Ne raisonnez pas et faites ce que je vous dis. Tout à l'heure M. de Vermand repassera par ce bosquet; soyez coquette au possible ; faites-lui toutes les agaceries du monde.

MARIANNE, avec naïveté et avec malice.

Mais, Madame, je ne suis pas savante là-dessus. {A jmrt.) — Et franchement (se tournant vers le spectateur), entre nous, je n'ai pas besoin de cela.

La sotte ! Est-ce qu'on ne sait pas ces choses-là sans les apprendre?... du moins, il me semble. — On se laisse aller et on va toute seule.

MARIANNE

Mais comment renouer avec M. le marquis? Je suis bien sûre qu'il est dépité contre moi.

Voyons, que je vous fasse la leçon. M. de Vermand passe près de vous, vous le regardez du coin de l'œil; s'il passe outre, vous l'arrêtez par votre voix.

MARIANNE

Mais que lui dire? car enfin on ne peut pas parler sans rien dire.

Enfant! Au contraire, on parle toujours sans rien dire.

Voilà le grand esprit des femmes qiiialisent tant de choses sans parler.

MARIANNE

Ah î la parole n'y est donc pour rien ?

La voix est tout. Ainsi, si M. de Vermand ne s'arrête pas, vous lui parferez avec trouble , sans savoir ce que vous dites.

MARIAXNE.

C'est cela. Je lui dis : M. le marquis, où en étions-nous donc tout à l'heure ? Vous me chantiez que ma bouche était un rosier ; vous me demandiez pour qui étaient toutes ces roses. Il était aussi question d'un collier.

<Juoi, Marianne 1 M. de Vermand vous a dit cela! C'est impossible. Voyez comme ces hommes sont des sots ! Gentil-Bernard n'eût pas mieux dit.... « Votre bouche est un rosier ; «mais c'est divin. M. de Vermand n'a jamais eu l'esprit de m'en dire autant. Mais je crois que c'est lui qui vient. [Se rapprochant de Marianne.) C'est entendu, vous savez bien votre rôle. {A part.) Ah ! M. de Vermand ! sa bouche est un rosier. Prenez garde , il y aura des épines pour vous. (Haut.) Jouez bien la comédie, Marianne. N'allez pas trop loin, vous savez... jusqu'à un certain point.

MARIANNE

Je n'en sais rien du tout, Madame. Jusqu'à quel point?

Accordez un rendez-vous, pas davantage. D'ailleurs je serai là dans le pavillon. Je ne suis jias jalouse, au moins;

je suis curieuso. {Elle se jette dans le pacillon et pousse Ut porte.)

MARIANNE

Vuilà de la curiosité bien placée!

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