SCÈNE IX
MAIUANXE , LA MARQUISE.
LA MARQiiSE, Sortant du pavillon.
C'est cela, attendez-moi ce soir, sous les grands marronniers. Est-ce un songe? suis-je à la comédie? — En vérité, ces maris sont d'un mauvais goût... J'en pleure de rage. — Ah ! que les femmes ont raison quand elles écoutent leur cœur! Si le chevalier était là. Patience!... il viendra. — Marianne, donnez-moi tout de suite votre bonnet et votre fichu.
MARIANNE
Je suis donc déjà au bout de mon rôle. {Avec malice.) Tenez, Madame, si vous m'en croyez, j'irai moi-même au premier rendez-vous.
LA MARQUISE, prenant le bonnet de Marianne.
Vous ne savez ce que vous dites. Dépèchez-vous d'arranger mes cheveux comme les vôtres. C'est cela, Marianne. — Il y a des moments où Ton serait tentée... mais allez donc plus vite , Marianne... Ah ! la Présidente avait bien raison de médire des hommes ; hélas ! elle médisait aussi des femmes... Marianne, vous irez dans le pavillon el vous toucherez du clavecin à tort et à travers. Vous y lesterez sans liiniièic. Enliu, arrangez-vous si bien ipie M. de N erinand s'imagine que c'est moi.
— 15) — MARIANNE
Mais si monsieur le chevalier de Versae vient?
Dites-lui bien que ce n'est pas moi!
MARIANNE, avec maU'cp.
Pourquoi donc cela. Madame?
LA MARQUISE, embarrassée .
Parce que... parce qu'il ne faut tromper personne. (Elle met le fichu de Marianne.) Je vais en apprendre de belles là-bas sous la charmille. La nuit sera-t-elle sombre? — S'il allait me reconnaître! Tant pis pour tous les deux.
MARL^NNE.
Sous la charmille c'est à ne pas s'y reconnaître.
Bien, je connnence à prendre tournure. Voilà en vérité un joli chapitre de roman. Cela ressemble un peu trop au Mariage de Figaro-, mais patience, le dénouement... La nuit vient, comme je suis tremblante!... J'ai le cceur qui me bat d'une belle façon... Ai-je bien l'air d'être vousmême, Marianne ! je n'ai pas le temps d'aller me mirer.
MARIANNE
Tout à fiiit, Madame, au point que je m'y tromperais. Il me semble que je me vois dans le miroir. [Avec malice.) C'est surprenant comme un petit bonnet vous va bien. — Mais j'ai du souci, moi ; M. le marquis va m'en vouloir pour l'avoir trompé ou plutôt parce qu'il ne m'aura pas trompée.
N'ayez pas peur, il voulait un baiser, il se moidra les lèvres. Voilà tout.
MARIANNE
La volonté de Dieu soit faite, et celle de Madame aussi.
Est-ce que le marquis est déjà sous la charmille ?
MARIANNE
Il est monté là-haut à la bibliothèque avec un livre à la main.
Alors je vais tout de suite au rendez-vous. J'aime mieux l'attendre. Vous, dépèchez-vous d'aller faire du bruit au clavecin. (Elle s'éloifjne sxir la pointe îles pieds.)
MARIANNE
Bon voyage, Madame. {Seule.) Eh bien, je ne suis pas du tout mal en marquise. Ori dit que c'est l'habit (|ui fait le moine ; moi je dis que c'est le moine qui fait l'habit.