EUGÉNIE, ANATOLE, PITOIS, MAILLARD
MATHILDE
(Pitois est précédé d'un domestique portant une corbeille de mariage qu'il fait déposer mystérieusement sur le guéridon. Maillard porte des provisions, un melon, un pâté, etc.)
PITOIS , hors de lui.
Comment! soyez unis !
MAILLARD
M. Anatole , que veut dire ?
ANATOLE
Vous saurez tout... j'ai une position maintenant, un avenir de fortune !
PITOIS
Ah ! ça , voyons!., voyons , je rêve... je dors tout de bout, n'est-ce pas ?
MATHILDE
Eh ! que vous disais-je ?
PITOIS , exaspéré.
Mais VOUS ne savez rien du tout!., elle m'a dit depuis qu'elle m'aimait! qu'elle m'épousait!.. Et elle me refuse !.. quand la corbeille est là!., quand je suis agent de change!., car je suis agent de change , grâce à mon ami Gerfaut!
ANATOLE , surpris.
Comment! vous êtes le client de M. Gerfaut?
PITOIS
Certainement !
ANATOLE
Vous avez chez lui 500 mille francs ?
PITOIS
Je crois parbleu bien !
ANATOLE
Alors, c'est différent... tout est rompu... je cours chez Gerfaut... je refuse! (Fausse sortie.)
PITOIS
Qu'est-ce que c'est? qu'est-ce que c'est?
MATHILDE, à part.
Je n'y suis plus !
EUGÉNIE, à part.
Que veux dire?..
MAILLARD , à part.
C'est un logogriphe. «
ffÛJa ANATOLE , à Pitols.
Mais vous ne comprenez donc pas ? nous sommes associés !..
PITOIS
Ah! bien! en voilà une sévère par exemple !
MATHILDE, riant.
Et dire que j'y ai contribué sans le savoir !
PITOIS , hors de lui.
Comment ! il me prend ma femme, et c'est avec mon argent que je le fais agent de change! en voilà une charge !
ANATOLE
M. Pitois, je vous répète que je refuse. PITOIS , par réflevion.
Eh bien! moi, j'accepte, je veux être généreux!.. (A part.) (cinquante mille francs à gagner par an, c'est une i)onne allaii-e !.. (Regardant Mathilde.) et puis, M"° Mathilde qui veut qu'on ait unétut...
ANATOLE
Ah ! M. Pitois , croyez que je n'oublierai jamais...
PITOIS
Merci, merci.
MAILLARD, lui serrant la main.
C'est un beau trait... vous dînez avec nous, n'est-ce pas?
PITOIS, à part.
Je crois bien!., c'est moi qui paie !.. vieux philosophe, va! (Se retournant vers Mathilde, à part.) Heureusement, que sur les deux, il m'en reste une ! faisons le bonheur de cette jeune personne ! (Haut.) M"' Malthide!
MATHILDE
M. Pitois !
PITOIS
Si vous le voulez, je vous fais gagner votre procès, et je m'appellerai désormais Pitois de Vaucresson.
MATHILDE, riant.
Merci, Monsieur, je ne plaide plus !
PITOIS, stupéfait.
Vous ne plaidez plus?
MATHILDE
Mon avocat vient de trouver un moyen ternie.
PITOIS
Comment, un moyen terme?
AIATHILDE.
J'épouse ma partie adverse.
PITOIS, à part.
Me voilà enfoncé sur toute la ligne!.. (Haut.) Et ma corbeille de mariage?
MATHILDE
Ce sera pour votre associé ! PITOIS, à part.
Allons, il faut en prendre son parti... et puis, après ça, associé ! sait-on où cela peut me mener? (Regardant Eugénie.) Les femmes sont si bizarres !.. un caprice!..