V. p. Séverin Nicod, d'Arc-sous-Cicon
Vêtu le 12 août 1764. — Le P. Séverin d'Arc-sous-Cicon (Doubs), dans le monde Jean-Baptiste Nicod, fut, pendant tout le cours de la Révolution, un des plus intrépides héros qui aient alors combattu pour la foi. Il fit d'abord partie du groupe de religieux qui, après avoir opté pour la vie commune, continuèrent à résider au couvent des Capucins de Besançon jusque dans le courant de l'été de 1792. Le simalacre de chapitre imposé par les décrets à cette réunion lai conféra la charge d'économe ; ce fut en cette qualité que, le 10 septembre 1792, il contresignala demande par laquelle le Père Provincial priait la municipalité de donner aux religieux connaissance des droits et de la liberté qu'on prétendait leur laisser à la suite de l'expulsion dont ils étaient victimes. La municipalité répondit qu'ils pouvaient rester en ville, « attendu qu'aucun citoyen n'était gêné qu'autant quil troublait la tranquillité publique ; qu'aucune loi ne déterminait en quel nombre ils pouvaient habiter ensemble, mais qu'il était à craindre que la réunion d'un certain nombre ne donnât de l'inquiétude. » En effet, la paix ne leur fat pas laissée longtemps ; les dénonciations plurent bientôt contre eux, et ils furent frappés les uns après les antres d'arrêtés de déportation qui les obligeaient à se cacher ou à quitter leur patrie. Bien qu'en droit le P. Séverin eût pu opposer â cet arrêté la prestation du serment de liberté^égalité, qa'd
BN FRANCHE-COMTÉ 231
avait faite en temps voulu, il comprît qu'il n*y avait pas à copapter sur l'esprit de justice des persécuteurs ; dès lors, il fie mit à rendre dans le secret aux catholiques les services de son ministère, devenus si précieux en ces temps de malheur. Peu de prêtres fidèles donnèrent autant que lui de l'ouvrage à la police, à laquelle il était fréquemment signalé, et qui ne réussissait jamais à le trouver.* Un jour, cependant, le 27 décembre 1796, « la brigade de gendarmerie en résidence au Yaldahon, commandée par l'impie et terroriste Demante, revenait de Passonfontaine, â la recherche de plusieurs réquisitionnaires. En sortant de Rantechaux, les gendarmes rencontrèrent cinq hommes, au nombre desquels ils reconnurent le P. Nicod, Capucin, connu sous le nom de P. Séverin, qui desservait, comme on l'a vu, la commune de Passonfontaine. Jls l'arrêtèrent, ainsi que ses quatre compagnons, jeunes -gens soupçonnés d'être de la réquisition, et continuèrent leur route du côté du Valdahon avec leur capture. Mais, entre Rantechaux et Epenoy, ils trouvèrent un rassemblement d'environ cent personnes, tant hommes que femmes, de tout âge, armés de fusils, de pistolets, de tridents, de gros bâtons ferrés et de piques.
« Us furent assaillis par cette foule, qui criait, en les enveloppant : « Notis voulons ravoir notre P. Séverin ! » et qui tomba sur eux à coups de pierres et de bâtons. Les gendarmes ayant requis les assaillants de se disperser, le jeune Humbert, fils de l'adjoint de Rantechaux, coucha en joue le brigadier Demante, et lui lâcha, à la distance de six pas, un coup de fusil dont il fut atteint de plusieurs grains â côté de l'œil gauche. Un instant après, Demante reçut encore un coup de feu au bras gauche, qui fut percé par la mitraille. Le gendarme Lapoire fut aussi atteint de deux coups de fusil chargé de mitraille, et blessé à la main droite et à la cuisse droite. Alors, tous les assaillants se précipitèrent sur les
232 LES CAPtJCINB
gendarmes, les enveloppèrent de toute part, et les trappèrant pendant près d'une heure avec les armes diverses dont ils étaient munis. Pendant ce temps^à, le tocsin sonnait â Ëpenoy et à Kantecliauz, et un attroupement encore plus considérable que le premier accourut d'Épenov, en criant qu'il fallait tuer Demante et sa brigade. A ce moment, les premiers assaillants, qui étaient tous de Rantecbaux^ redoublèrent de fureur. Les gendarmes, après avoir fait feu pendant longtemps pour se dégager, furent forcés de se jeter dans un bois voisin, où ils furent encore poursuivis à coup de fusil. Ils se sauvèrent â la débandade, laissant tons Le« prisonniers entre lés mains des insurgés (M. Saozaj, tome VIII, p. 405). » Nous n'avons rapporté ce trait en son entier que pour montrer, par l'affection dont il était entouré, le dévouement que le P. Sévôrin déployait en faveur des catholiques affligés par la persécution. Sa présence était encore signalée â Rantechaux le 10 janvier 1797, puis à Arc-sous^Cicon le 28 octobre de la même année. Le commissaire du canton de Vercel écrivait aussi, le 24 octobre, au chef de la justice révolutionnaire de Besançon : « Niood, d'Arc-sous-Cicon, dont le nom de guerre est Séverin, rôde dans le canton de Nods et à Ëpenoy. C'est un ardent prônenr
de la contre-révolution. Il ne rôde que la nuit » De eos
dénonciations, il s'ensuivit, contre le P. Séverin, un arrêté de déportation à la Guyane ; mais sa prudence en rendit Pexécution impossible. Cet arrêté fut rapporté le 17 mars 1800. Enfin, les jours de paix arrivèrent ; après une discossion entre l'archevêque de Besançon, que ses affections inclinaient vers les prêtres constitutionnels, et le préfet da Doubs, qui tenait à honorer le véritable mérite, celui-ci obtint gain de cause, et le P. Séverin fut nommé curé de Pouligney. Il figure aussi un instant dans les liâtes de la Haute-Saône, comme curé de Larians.