‹ Les capucins en Franche-ComtéChapitre 47 sur 183 · V.P. Jnstiniei^ Véjux, d'Autrey · texte numérisé non relu

V.P. Jnstiniei^ Véjux, d'Autrey

Vêtu le 15 août 1769. — Le P. Justinien d'Autrey-lês-Cerre (Haute-Saône), dans le monde Claude-Joseph Véjux, opta en 1790 pour la vie commune, refusa de reconnaître la juridiction de révêque Seguin le 24 mai 1791 ; puis, dénoncé comme ses confrères au district de Besançon, ij reçut aussi Tordre de se déporter, et dès lors se mit à parcourir le pays

pour y exercer secrètement son saint ministère. L'histoire nous en est racontée par les procès-verbaux de son arrestation, et de l'interrogatoire qui la suivit :

c Le canton de Bonnay fut, dans la nuit du 21 au 22 mars 1796, le théâtre d'une double capture, accomplie au mépris de la Constitution, qui interdisait les visites domiciliaires, surtout nocturnes. Par ordre de Viotte, lieutenant de gendarmerie â Besançon, Cosson, maréchal-des-logis, Roux et Vuillemot, brigadiers, assistés des gendarmes Cabra, Tissot etGabry, se rendirent à Bonnay pour faire la recherche de plusieurs prêtres déportés, émigrés et autres, prévenus de s'y être retirés pour prêcher la désobéissance aux lois. « Nous nous y sommes rendus, » dit le chef de l'expéditloo, « environ vers les dix heures du soir, et nous avons requis « l'agent de nous déclarer s'il n'y avait pas dans la cornac mune des prêtres déportés ou émigrés, et dans quelles « maisons ils se retiraient. Il a répondu qu'il n'en connais- « sait aucun. Comme nous étions sûrs du contraire, et que « nous connaissions les maisons où ils étaient, nous l'avons « requis de nous accompagner au domicile du citoyen Cl.-F. « Lambert, ex-ermite, ce qu'il a fait. Y étant, nous avons K demandé à Lambert s'il n'y avait point d'étrangers chez lui, « et il a répondu que non. Aussitôt, nous avons passé dans la « chambre dite le poêle j où nous avons trouvé un homme « qui nou^ a paru suspect, et à qui- nous avons demandé ses « nom, prénoms, d'où il était, et quel état il exerçait. H a « répondu qu'il s'appelait Claude-Joseph Véjux, Capucin, et « qu'il était du côté de Vesoul ; qu'il n'avait point ftit de « serment, et n'avait été ni dépoi*té ni émigré ; que pendant « les dernières années il avait résidé dans les environs, mais « qu'il n'avait ni passeport ni certificat de résidence, et qti*il « était arrivé hier à Bonnay pour voir ses amis. Après quoi, « nous l'avons fouillé, et avons trouvé dans une de ses

: poches une boîte en carton vert, liée avec une tresse z blanche, et dans laquelle nous avons trouvé trois petites c boîtes en étain, où il y avait de Thuile avec du coton. t Nous avons de suite cherché sur le lit où il avait couché, i: et nous y avons trouvé un portefeuille de maroquin doublé K en soie, renfermant un autre petit portefeuille rouge, K dans lequel il se trouve environ vingt hosties qu^il a K déclaré avoir consacrées. Il se trouve aussi, dans le porte- « feuille en maroquin, un passeport à lui délivré par la mum. nicipalité de Vieilley, le 7 pluviôse an IV. Il a déclaré « l'avoir reçu d'un ami qui a contrefait la signature, et il n'a «pas voulu déclarer qui était cet ami. Il s'est trouvé de « plus un petit livre intitulé Missale et Rituaîe portatilia^ « quatre assignats de 50 sous, trois de 15, et un de 5 livres. « Nous avons de suite fait les perquisitions les plus exactes, « sans que nous eussions pu trouver d'autres prêtres ni « effets dans le cas d'être saisis. Après quoi nous l'avons « emmené, ainsi que ledit Lambert, qui le retirait, et les « avons requis d'avoir à se rendre avec nous à la maison « d'arrêt, où nous les avons écroués. >

« Le même jour, à sept heures du soir, Perriguey, nommé commissaire par le département, alla interroger dans la prison les deux détenus. Le P. Véjux déclara qu'il était âgé de quarante-sept ans, ex-Capucin, originaire d'Autreylez-Cerre, dans la Haute-Saône, et qu'il résidait à Venise, canton de Bonnay^ qu'il avait exercé les fonctions du culte depuis le mois d'août précédent, après avoir fait acte de soumission aux lois de la République, mais avec restriction, et qu'avant cette époque il n'avait exercé aucune fonction. Questionné ensuite sur les lieux qu'il avait habités depuis la suppression des ordres religieux^ il répondit : « Etant « de communauté à Besançon, lorsque j'ai quitté le couvent, « je me suis retiré pendant huit jours chez une veuve, dans

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« la me des ci-devant Ursulines. Ensuite, je suis allé â « Voray, où j'ai vécu pendant quinze jours chez l'aubergiste « Vautier. De Voray, je suis allé à la Grange-de-Mairot, « commune de Châtillon-Guyotte, où j'ai demeuré environ « quinze jours. D^ là, j'ai passé chez mtis parents, avec qui « j'ai demeuré environ huit mois. Pendant ce temps, arriva « la loi de déportation. Je me retirai chez ma sœur, femme « Pelleteret, à Oricourt (Haute-Saône), où j'ai demeuré « caché environ dix-huit mois. Depuis ce temps, j'ai par- « couru les communes de Bonnay, Vieilley, Venise, Voray, « Cendrey, La Tour-de-Scay et lieux circonvoisins, sans « avoir de domicile fixe. » Le commissaire lui ayant demandé s'il était porteur de son acte de soumission, et quelle restriction il y avait mise, il répondit : < Je l'ai remis « à un nommé Ant. Gobillot, de Venise, au mois d'octobre « 1795, et la restriction portait que je ne me soumettais aux « lois qu'autant qu'elles ne seraient point contraires au « culte catholique, apostolique et romain. J'ai fait, au « greffes des municipalités de Venise et de Vieilley, la dédar « ration des lieux ou je voulais exercer mon culte; maisjd « n'en ai point envoyé au greffe du tribunal correctionnel.» 11 déclara ensuite qu'il n'avait prêté ni le serment du 26 décembre 1790 ni celui du 14 août 1792, et que dès lorsilatail cessé de recevoir sa pension de religieux ; qu'il n'avait point été déporté, et qu'il n'avait pas quitté un seul instant le sol de la République, bien qu'il lui fût difficile de prouver anthentiquement sa résidence pour le temps qu'il avait passé caché chez sa sœur ; qu'alors il aurait bien voulu avoir un passeport de déportation, mais qu'on lui avait répondu qu» ce n était plus possible. Il répéta, en finissant, qu'il était arrivé seulement la veille chez le citoyen Lambert, qui était une de ses connaissances, et qu'il résidait habituellement à Venise, où il exerçait les fonctions du culte catholique.

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« Le 04 jnars, le département, dans un long arrêté, où il rappelait avec une sorte de complaisance toutes les lois atroces de 1793 contre les prêtres ou religieux insermentés et contre leurs receleurs, ainsi que la loi du 25 octobre dernier qui les remettait en vigueur, décida que MM. Véjux et Lambert seraient traduits au tribunal criminel. Le 2 avril, après un nouvel interrogatoire, l'accusateur Guillemet déclara qu'il y avait lieu de poursuivre le P. Véjux comme snjet à la déportation. Quant à M. Lambert, la question était loin d'être aussi claire... Il fut mis en liberté au bout de quelque temps. Le P. Véjux fut transféré dans la maison de réclusion des Capucins, le 28 octobre, sans avoir été jugé, la magistrature judiciaire ayant systématiquement ajourné la solution terrible de tous les procès de ce genre. (M. Sauzay, tome VIII, p. 296 et suivantes). »

Le P. Justinien fut libéré le 2 mai 1797, après quatorze mois de prison, dont six dans le couvent qu'il avait habité comme religieux ; la rigueur de ce triste séjour avait dû être tempérée pour lui par une double consolation : la première était la présence de plusieurs de ses confrères^ captifs comme lui ; la seconde était la facilité de donner les secours spirituels à beaucoup de fidèles, qui affluaient vers la prison pour les demander aux confesseurs de la foi, comme avaient fait les chrétiens des trois premiers siècles. Ce fut même la difficulté d*arrêter ce concours qui détermina l'administration départementale à hâter l'élargissement des prisonniers.

Rendu à la liberté, si toutefois l'on peut donner ce nom à la situation qui était encore faite aux prêtres, le P. Justinien reprit ses travaux apostoliques. De nouvelles dénonciations furent faites contre lui, notamment en octobre 1797, où il avait officié à Venise, et le 8 avril 1798, où il avait officié à Moncey.Le département lança contre lui un arrêté de déportation à la Guyane ; mais cette fois il ne se laissa pas sur-

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prendre. Au rétablissement du culte, il fut nommé curé de Bouhans, canton d'Autrey, arrondissement de Gray (Haute- Saône.)

Les saintes hosties saisies sur lui le 22 mars 1796 ont été trouvées intactes dans son dossier, soixante ans plus tard, par M. Sauzay, alors que ce laborieux écrivain fouillait les archives du Doubs pour préparer son Histoire de la persécution révolutionnaire. Sur son initiative, et à la suite d*un accord entre l'autorité préfectorale et S. Ém. le cardinal Matthieu, elles ont été déposées dans le tabernacle de la chapelle de Tarchevêché, où leur conservation protestera sans fin de Téternelle victoire du Christ sur ses ennemis, qui passent et meurent.

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