‹ Les capucins en Franche-ComtéChapitre 62 sur 183 · V. P. Marcilien Levbkt, de Vaivre · texte numérisé non relu

V. P. Marcilien Levbkt, de Vaivre

Vêtu le 23 avril 1766. — Le P. Marcilien de Vaivre (Haute- Saône), dans le monde Charles-Richard Levret, eut non seulement à souffrir des horreurs de la Révolution, mais de Texcessive et injuste sévérité de Tautorité diocésaine légi-

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time, ^tii lui fit cruellement expier le serment de égalité^ prêté cependant par tant d'éminents théologiens et de saints eonfessenrs de la foi. 11 eut aussi le malheiir d*être indûment porté snr les listes des «prêtres abdieatenrs qax avaient livré lenrs lettres de prêtrise ; ce qni est ime pFeave, ajoutée à cent antres, du peu de e<Hifiance que méritMit eei listes et même les actes signés. d*où on les extrayait Nous allons laisser M. Sauzay raconter le malheur du P. Marcilien, et nous n'aurons pas de peine à conclure de ce récit que le digne religieux a joint au mérite d'une entière innocence celui d'une humilité plus qu'exemplaire. M. Sauzay (tome VII, chap» txviii), se plaint d'abord de la sévérité diocésaîiie; puis il continue ainsi : ...

« Tel était le besoin qu*épraavaient leà êmeÀ de ae rattacher plus fortement que jamais au giron de rÊglise, qu'en dépit de ces tra^menta rigonrenx» dé ces exigences excessives de l'autorité religieuse, et en face des dispositions menaçantes de Pautorité révc^utionnaire, le monvement de retour ne se ralentit pas un seul instant. Les prêtres restés en France sans esprit d*apostolat s'étaient sentis intérienre» ment si faibles, si chancelants, si éperdus pendant la tourmente, et ils en étaient si profondément humiliés, qv^Us acceptaient avec une sorte de joie toutes les expiations proposées. On retrouve encore un écho de ces sentiments dans la lettre suivante, adressée le 19 juin (1795) à M. Théret, alors en résidence à Soleure, par le P. Marcilien Levret, des environs de Vesoul.

« Je vous remercie bien sincèrement, cher ami, de la part « que vous prenez à mon retour. J*ai cherché à réparer mes « fautes aussitôt que j'ai cru être coupable, etj*ai fait» le «10 février, enti*e les mains de Grandpierre^ tout ce que « votre modèle de «rétractation exige. J*ai écrit une lettre i « Mgr de Lentzburg, où toute ma conduite est détaillée ;

« j*aîy de plus, écrit à Tévêque iatros une lettre des plus « fortes. Je n*ai point remis mes lettres de prêtrise. Le « serment civique ne me lie pas plus que mes autres con* « frères : ce fut notre supérieur qui le fit pour toute la « communauté ; il est en Suisse. Ce serment est tout à fait « caitholique, puisqu'il est» selon Tinstruction de Mgr de « Langres, prononcé avec toutes les restrictions possibles, et « ayec un inviolable attachement au Saint-Siège et aux « évêques légitimes. L'autre serment est celui de Tégalité. « Quant à la suspense et à Tirrégularité, je n'ai jamais « voulu de cure ni de dess^^ > il y a plus d*un an et de9ii « que je ne dis point de messe. Je n'ai jamais administré les « sacrements qu'en cas de nécessité ; jamais je n'ai fréquenté « les églises, et encore moins les offices ou discours des « intrus. J'ai fait connaître à tout le monde mon repentir « et mes erreurs (cm se demande vraiment lesquelles). Je les « ai déclarées publiquement, et en particulier dans les ca- « techismes qu'on vient de m'ordonner de faire dans notre « église. Enfin, Je ne crois pas que, à moins de distribuer « des imprimés, on puisse se repentir plus publiquement. « A Dieu ne plaise que je cherche par là à tenter mes supé- « rieurs de me réhabiliter un seul instant plus tôt qu'ils le « jugeront convenir. Je suis résolu à rester toute ma vie, s'ils c le jugent convenable, dans la pénitence qu'ils voudront « m'imposer. Je fis mes pâques le jeudi saint, dans la cha- « pelle de feu M. Guillemin : toute la paroisse en a été « témoin. Je continue, et me restreins à la simple commune nion laïque. Je parcours le voisinage avec les mission- « naires qui y sont. Je cherche à rappeler ceux de vos « ci-devant confrères et des miens qui se sont égarés. Le « curé de Montigny et celui de Charriez se sont rétractés. « Le P. Seguin, le P. Boudot, dom de Courcelles, Mougin « et d'autres branlent au manche. Notre pasteur actuel est

« le P. Seguin ; je M ai appris à baptiser, parce qu^il ne « savait aucune cérémonie de ce genre. Je lui sers de mutre * « d*école. Tous les dimanches, je fais â Téglise le caté* « chisme, auquel tout le monde assiste. — Bonne nouvelle! « Tous les prêtres qui étaient renfermés aux Ursule*, à « Yesoul, sont élargis et renvoyés dans leurs cures, mvee « pleins pouvoirs d*y exercer leur ministère. On y renferme à « force les terroristes. Revenez, cher camarade ; je vous « logerai dans ma chambre : elle appartient â tous les « prêtres fidèles ; mais elle vous est réservée à juste titre. « J*aurai besoin de vos exemples, de vos lumières, pour ma « conduire et m*affermir dans la carrière qui me reste â « parcourir. Toutes les fois que je pense âmes sottises, j*en « frissonne, et je ne sais pas comment j*ai pu en venir au « point où je me suis trouvé sans le savoir. J*ai toujours été « catholique dans Tâme, mais toujours faible, et n'osant me (t montrer tel. Vale et ama, »

Evidemment, on se demande si ceux qui avaient frappé es saint prêtre avaient autant de vertu que lui. Il nous paraît que les supérieurs ecclésiastiques, qui pendant deux siècles avaient vu le clergé se décharger sur les Capucins des arides et pourtant si importantes fonctions du tribunal de la pé* nitence, auraient pu les consulter, au lieu de les humilier, dans des circonstances douloureuses qu'ils appréciaient trop â Taise, d*après des préjugés jansénistes, et du fond de leur cabinet.

Le P. Marcilien figure parmi les surveillés, en Tan IX.*

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