‹ Les capucins en Franche-ComtéChapitre 76 sur 183 · V. P. Emeric Peusselet, d'Arc-lès-Gray · texte numérisé non relu

V. P. Emeric Peusselet, d'Arc-lès-Gray

Vêtu le 12 mars 1749. — Le P. Emeric, d'Arc-lès-Grav (Haute-Saône), dans le monde Jean-Baptiste Peusselet, eut le bonheur de confesser sa foi jusque sur Téchafaud. Nous reproduisons ici la notice qui lui a été consacrée par Vabbé Caron, qu'il est facile de comparer avec d'autres ouvrages, comme par exemple VHistoire du tribunal révolutionnaire de Paris, par M. Campardon, et celle que publie en ce moment M. Wallon :

« Capucin de la province de Saint-André, ou de Franche- Comté, et vivant au couvent de Pesmes, il y manifesta l'heureux mélange d'une gaieté naturelle et pleine de charmes, avec les austères vertus que lui commandait sa profession. Dès le commencement de la Révolution, ce bon religieui manifestait une vive horreur pour les doctrines pestilentielles, et bientôt après pour le serment schismatique. Sa maison ayant été supprimée, le P. Emery (sic) désira conserverie plus longtemps possible le saint usage de la vie commune

EN FBANCHE*CQMTÉ 281

et se retira dans le couvent de Gray, de son ordre, où les pieuses règles étaient encore en plein exercice. Les supérieurs le chargèrent de recevoir les honoraires de messes, surtout pour la chapelle miraculeuse de Notre-Dame de Montaigu, ou de Gray. Des volontaires républicains, se rendant à Varmée, lui présentèrent des rétributions pour le succès de leur campagne. Sur ce point, Thommede Dieu, sans sortir des bornes que prescrivent la douceur et la charité évangéliques, leur montra les sentiments d'un bon catholique et d'un sujet fidèle. Ces jeunes gens, logés militairement dans la ville, parlèrent à leur hôte, très ardent jacobin, de la doctrine d\i disciple de saint François, qui fut à l'instant dénoncé au club de Gray, puis à la municipalité, et ensuite au district. Ce religieux, interrogé devant ces diverses autorités, confirma par ses joyeuses et loyales réponses le récit des volontaires. Un mandat d'arrêt fut lancé contre l'accusé, et, comme il était fort éloigné de vouloir s'y soustraire, il fut emprisonné dans cette ville; mais, soit que les magistrats inclinassent à l'indulgence, soit qu'ils redoutassent l'opposition de la multitude, qui n'était point encore, pour employer le style du jour, â la hauteur des circonstances, soit que les lois atroces qui, depuis, portèrent la peine de mort contre de simples paroles, ne fussent pas encore en vigueur, l'homme de Dieu resta dans les prisons de Gray sans que l'on s'occupât à instruire son procès. De ce lieu d'horreur le prisonnier fit bientôt une école de vertus. Il y prêcha la religion, et opéra des conversions si frappantes, qu'elles alarmèrent les autorités constituées. Il y eut ordre de le transférer dans les prisons de Vesoul, chef-lieu du département, où la tyrannie constitutionnelle paraissait avoir une marche plus assurée. Cependant, on y montra les mêmes lenteurs dans l'instruction de son procès. Sa cause parut même si graciable à ses juges, qu'ils le mirent en liberté sur parole, en lui permettant

282 LBS CAPUCINS

d'aller vaquer à ses affaires et de visiter sa famille. Mais quelle autre affaire que celle du salut de ses frères pouvait appeler Thomme de Dieu? Quel but se proposait-il en rendant visite à ses proches, sinon celui de le^ affermir et de les confirmer dans la foi, ainsi que toutes les personnes qui lui avaient conservé de la confiance ? Il remplit heureusement cet objet, et vint ensuite reprendre ses fers, sans craindre ni les horreurs de la détention ni la mort même, dont il était menacé.

« Bientôt arriva un règne de sang ; Tempire épouvantable de Robespierre commença. Par ordre des comités, composés d'autant d'assassins, le P. Emeric fut transféré à Paris. Devant ses nouveaux ^uges, il retraça la même franchise, la même noblesse qu'il avait fait éclater toute sa vie, spécialement devant les tribunaux de Gray et de Vesoul. Son sort fut bientôt décidé, et le juste reçut sur l'éch^faud la couronne immortelle. »

Le P. Emeric comparut devant le tribunal révolutionnaire le 8 germinal an II (28 mars 1794), et fut décapité le même jour.

Page 1