COUVENT DE BAUME-LES-DAMES
R.P. Lucien Devillars, de Baume, gardien.
Vêtu le 13 juillet 1757. — Le P. Lucien de Baume (Doubs),
dans le monde Claude-François Devillars, suivit une à une toutes les fautes et toutes les erreurs de la Révolution. D'abord vicaire schismatique â Baume, il devint bientt»t curé de Pontarlier, où il inaugura ses fonctions par un discours hétérodoxe dans l'assemblée des Jacobins, qui en ordonna l'impression. Il devint président de ce club, acteur du théâtre de Pontarlier, auteur de brochures révolutionnaires, puis chef du culte philosophique. Ce dernier titre lui procura une belle humiliation; car, ayant parlé en des termes indignés des horreurs qu'il voyait et auxquelles il avait pris trop de part, et s'étant appliqué à prouver dana une assemblée la nécessité de la religion et des sacrement?, il fut conspué et raillé au point qu'il crut devoir quitter à tout jamais Pontarlier. Tandis qu'il en prenait les nioyen§, le club dont il avait été président le fit jeter en prison; elle était remplie de bons catholiques, qui ne le regardèrent qu'avec horreur. Pour comble de malheur, le tribunal de Pontarlier le déclara justiciable du tribunal révolutionnaire, et il aurait été amené devant Fouquier-Tinville, si le représentant du peuple en mission dans le Doubs ne s'était inte^ posé en décidant qu'il demeurerait jusqu'à nouvel ordre consigné dans la ville de Besançon. Une épreuve si cruelle et si méritée ne convertit pas ce prêtre infidèle, et du reate, dans sa détresse, l'évêque constitutionnel usait volontiers de tous les sujets qui consentaient à ne pas l'abandonner. Il nomma celui-ci membre de son conseil, puis curé de Moncley, où le P. Lucien était encore au rétablissement du culte.
R. P. Boniface TouRNOUX, deDampjoux, vicaire.
Vêtu le 4 octobre 1752. — Le P. Boniface de Dampjoux (Doubs), dans le monde Jean-Baptiste Tournoux, paraît
avoir attiré dans la religion un parent plus jeune que lui, le P. Othon, d'Evillers (François-Joseph Tournoux), que nous trouverons au couvent de Belfort. Tous les deux se laissèrent prendre dès le premier instant aux filets du schisme. 11 est difficile de. les suivre et surtout de les distinguer Tun de l'autre dans cette carrière, à cause tantôt de Tabsence et tantôt du désordre de leurs prénoms dans les documents. Cette difficulté est augmentée par le retour en Franche- Comté d'un troisième Tournoux (Georges-Ambroise, alias Charles-Joseph, alias Martin), Capucin du couvent d'Orléans, qui prit également part au schisme. Tous ils trouvèrent, dans le mépris des catholiques et dans la tyrannie des magistrats républicains, le châtiment de leur infidélité ; ceux-ci leur reprochaient de tenir trop énergiquement à leurs opinions religieuses. Les PP. Boniface et Othon disparaissent totalement des listes du clergé constitutionnel après les premières folies révolutionnai reis et ils sont absents des listes d'abdicateurs.* Ceci est pour nous un indice puissant de leur rétractation pendant le cours de la persécution. Cet indice est confirmé par le soin que le département prit de régulariser leur position, comme celle des prêtres fidèles, en 1800. Ils résidaient alors tous deux à Chamesey ; ils s'y trouvaient encore en août 1801, au moment de la formation du nouveau clergé.
11 n'en fut pas de même de leur jeune parent, Georges- Ambroise, dont nous aurons à parler plus loin. Il persévéra dans le schisme jusqu'au bout. Chargé. par l'évêque Seguin de la cure de Dampjoux en 1791, il fut repoussé par les habitants, et se retira à Vaufrey, dont la cure lui fut attribuée par les élections du 6 m^jl 1792. De semblables élections le ramenèrent à Dampjoux en l'an 1793. Il y était encore en septembre 1795, où un groupe de catholiques, revenant d'une tentative pour délivrer de pauvres prêtres
emmenés par la troupe, dévalisèrent sa cave et son ofûce pour calmer leur faim et leur soif.
L'année suivante, 1796, les habitants de Dampjoux le chassèrent honteusement, et ramenèrent dans leur paroisse Tancien curé légitime, qu'ils gardèrent â main armée. Ce fat sans doute â la suite de cette expulsion qu'il alla se fixer à Ecot, ou il était encore en 1801. Quand le sous-préfet Kilg^ pasteur protestant, mais homme honorable, dut donner secrètement son avis sur les prêtres de son arrondissement, il dit de ce Tournoux : « Grand délateur, intolérant, méprisé dans le pays. ».En conséquence, le préfet voulut le déplacer ; mais l'archevêque, dont les préférences étaient acquises aux constitutionnels, insista pour son maintien à Ecot. De là, il fut transféré â Bouhans-lez-Montbozon (Haute-Saône}.