SCENE III
les mêmes , sur le devant de la scène. On voit défiler dans la galerie un cortège funèbre *. ROMÉO.
Ce cri qui perce ces murailles Est le signal des funérailles !
ENSEMBLE
TEBALDO et ROMÉO.
De sinistres pressentimens Soudain d'etfroi glacent mes sens!
Ils prêtent l'oreille.
CHOEUR dans la galerie.
Comme la rose pudibonde, Juliette, hélas! vient de mourir Sans que le souffle impur du monde, En l'immolant, l ait pu flétrir !
Paix à la fleur sitôt cueillie !
Dieu l'a ravie à notre sol !
A l'ange elle s'est réunie!
Vers les cieux elle a pris son vol !
roméo, épouvanté. Quoi! Juliette!...
* Ce cortège doit avoir un aspect très-imposant et très-som bre. On en laisse la composition au bon goût de MM. les Ré gisseurs-généraux. (Note de l'Auteur.)
tebaldo, V interrompant.
Est morte! !
roméo, au comble du désespoir.
Ah ! barbare !
ENSEMBLE
ROMÉO et TEBALDO.
Le ciel contre moi se déclare.
Ils restent immobiles quelques insta ns; Roméo sort le premier de sa stupeur, puis jetant son épée, il se précipite désespéré devant Tebaldo , qui laisse aussi échapper son arme de ses mains.
ROMÉO
Le cœur brisé par les douleurs, Elle est morte, triste victime...
Toi qui la poussas dans l'abîme, Obtiens un pardon par tes pleurs !
Mais non, ton œuvre est incomplète !
Frappe, obéis à tes transports ! ! !
Que ta rage soit satisfaite, Tu ne connais point le remords !
TEBALDO.
Grâce, pitié! le sort m'accable!
Vois ma peine, vois mon effroi !
Envers elle je fus coupable, Mais je l'adorais avant toi.
Vis, triomphe de ma misère ! Vis, ton cœur est victorieux !
Comme elle t'aimait sur la terre, Elle t'aimera dans les cieux !...
Ils se séparent et sortent dans la plus grande désolation.