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ASSOCIATION FRANÇAISE POUR L'AVANCEMENT DES SCIENCES

M. le IV Edgar BEIIILLON

Professeur à l'École de Psychologie.

LES CARACTÈRES NATIONAUX Leurs facteurs biologiques et psychologiques

La science du caractère.

Dans son système de Logique déduclive et inductive, Stuart Mill a proposé de désigner sous le nom d'Etholbgie la science qui a pour but d'étudier les lois de formation du caractère. Pour lui TÉthologie devrait donc être considérée comme la science exacte de l'esprit humain.

Si d'un ensemble de causes résulte nécessairement la production de certains effets, il n'y a pas de raison pour qu'il n'en soit pas de même dans l'accomplissement des actes des hommes. La connaissance de la constitution physique, des tendances, des besoins, des aptitudes d'un individu pourrait permettre de prévoir les actes auxquels on doit s'attendre de sa part. 11 en serait de même en ce qui concerne les actes des hommes réunis en société et constitués en nation. Stuart Mill a exprimé l'espoir que l'Éthologie rendra possible, dans l'intérêt social, soit de tirer parti de ces actes, soit de les réprimer.

Le mot caractère (du grec ;^apaxT-yip, marque gravée, empreinte) indique, par son étymologie même, l'existence de qualités, de propriétés, de dispositions définitivement acquises et assez profondément fixées pour qu'elles ne puissent s'effacer sous l'influence de circonstances fortuites.

Au point de vue individuel, le caractère représente la prédominance habituelle de certaines tendances morales, la disposition coutumière de l'humeur, la manière d'être dans les rapports sociaux, et surtout la façon de réagir en présence de certaines excitations extérieures ou de provocations. Comme il est certain que le caractère moral, ou plus exactement mental, est sous la dépendance directe des propriétés organiques et des fonctions, il apparaît, selon la forte expression de Bichat, comme « la physionomie du tempérament physique ».

Au point de vue collectif, il n'est pas douteux que, du groupement d'individus semblables, issus de la même race, adaptés aux mêmes condi

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tions d'existence, amalgamés par les multiples influences de l'éducation, lie l'habitude, de l'imitation, de l'intérêt et des passions résultera la manifestation de réactions collectives, émanant de l'ensemble des membres du groupement. Les caractères nationaux ne sont que l'expression de cette mentalité collective.

L'auteur qui a le mieux analysé les éléments constitutifs des caractères nationaux est Gustave Le Hon il). C'est à lui qu'il faut donc demander de nous définir à la fois l'origine et le vo\e joués par les sentiments collectifs dans les mouvements des peuples :

(( Ces caractères nationaux, créés chez des peuples homogènes par l'influence longtemps continuée des mêmes milieux, des mêmes institutions, des mêmes croyances, jouent un rôle tout à fait fondamental, bien qu'invisible, dans la vie des peuples. Ils représentent le passé de toute une race, le résultat des expériences et des actions de toute une longue série d'ancêtres. Chaque individu qui vient à la lumière apporte cet héritage avec lui. Durant son existence entière, la vie passée de ses ascendants pèsera sur toutes ses actions d'un poids formidable. Son caractère, c'est-àdire l'ensemble des sentiments qui le guideront dans la vie, c'est la voix de ses ancêtres. Elle est toute puissante cette voix des morts, et quand elle se trouve en opposition avec celle de la raison, ce n'est pas cette dernière qui pourrait triompher d'elle. La part du passé est infiniment grande, alors que celle du milieu pendant la courte durée d'une existence est infiniment petite. »

Ce qu'on désigne fréquemment sous le nom d'âme de la race, c'est la constitution d'un système très stable de sentiments, de besoins, d'aptitudes intellectuelles, d'instincts représentant l'héritage d'un long passé. Ces tendances, d'ordinaire dissimulées sous la mince couche du vernis superficiel dont les décorent les régimes politiques et les conventions, se retrouvent chez tous les individus de même race.

Cette évocation d'une âme commune dans laquelle se trouvent condensées les aspirations d'un groupe ethnique a été souvent exprimée, depuis 1914, au cours des événements de la guerre.

M. Raymond Poincaré a su rendre en termes éloquents dans de nombreuses circonstances, l'émotion patriotique, le courage, le mépris de la mort, l'indifférence au danger dont chaque bon Français est animé en présence des devoirs qui lui incombent.

« Chaque fois qu'on revient au milieu des troupes, disait le Président de la République, on est émerveillé par cette abolition totale de l'intérêt personnel, par ce glorieux anonymat du courage, par la grandeur de cette âme collective où se fondent tous les espoirs de la race. »

En effet, c'est dans cette race que repose l'élément constitutif d'une nation, comme le dit si justement Gustave Le Bon :

« Ce facteur, la race, qui domine la destinée des peuples, domine aussi

(1) Gustave Le Bon : Lois psychologiques de l'évolution des peuples, 1900.

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leurs croyances, leurs institutions et leurs arts. Elle est toute-puissante, cette àme de la race que nous portons en nous et qui dirij^e nos senlinienls, nos pensées et nos actions. Héritage accumulé de toutes les générations qui se sont succédé et <jui ont contribué à la former, elle est la synthèse d'un lonii passé, l'écho souverain de la grande voix des morts. >

En effet, loin d'être une manifestation d'ordre transitoire ou accidentel, le caractère des nations repose sur des éléments fondamentaux (\uï ne lui permettent de varier que dans des limites extrêmement étroites.

Alors que, si Ton s'en rapporte aux apparences, des modilications assez profondes ont paru s'être etïectuées, on voit sous l'influence d'un événement fortuit, les vertus, les défauts et toutes les dispositions natives de la race réapparaître dans toute leur intégrité. Les choses se passent comme si les influences extérieures n'avaient impressionné que la surface, le fond étant resté le même.

La race, pour tous les auteurs, est l'ensemble des individus semblables, appartenant à une même espèce, ayant reçu et transmettant par voie de génération sexuelle, les caractères identiques.

Il résulte de cette définition que la race est constituée par un groupe d'êtres assez semblables entre eux pour que Ton puisse admettre qu'ils descendent de |>arents communs. Il en découle également que, par le fait de leur constitution organique, les re[>résentants de ces races auront entre eux plus dafïinités morphologiques, physiologiques et psychologiques qu'avec le reste du genre humain.

Telles sont parmi les races blanches, celles des Celtes, des Germains, des Slaves, des Kimris, des Latins, des Tchèques, des Circassiens, des Berbères, des Ibères, des Sémites, des Arabes, pour ne citer que les principales. Il conviendra d'établir les mêmes distinctions dans les races noires et de ne pas confondre les nègres Ethiopiens avec les Cafres, les Gabonais, les Tasmaniens, les Australiens, les Papouas.

L'existence d'une race indigène préexistante, adaptée au sol, et douée d'une grande faculté de résistance, constitue donc l'élément essentiel de la formation d'un caractère national. Là où une race ne l'emporte pas sur les autres, on ne saurait envisager l'expression d'une physionomie d'ensemble de la nation.

Une des opinions les plus communément admises c'est que la plupart des nations ne sont que des mélanges de races, les diverses races constituantes s'étant fondues en une race mixte ou métisse. Or, les événements liés à la guerre dont nous sommes les témoins, viennent justement nous apporter la démonstration du contraire.

Actuellement, il n'y a pas moins de quarante races qui, tant en Europe qu'en Asie Mineure, réclament le bénéfice d'une reconnaissance et d'une autonomie. Elles proclament au nom de leurs différences ethniques, de leurs mœurs, de leurs besoins, de la pureté de leur sang, de leurs caractères spécifiques, qu'il leur serait désormais impossible de vivre dans une communauté de gouvernement et d'intérêts avec les races voisines.

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Si ron éprouve quelque élonnemenl à l'idée que, malgré les mélanges inévitables dus aux annexions, aux pénétrations pacifiques, aux combinaisons politiques, la pureté et Tautonomie de ces races aient pu se conserver d'une façon aussi indéfectible, c'est que l'étude de la biologie et de la psychologie comj)arées n'a pas tenu une assez grande place dans les préoccupations des hommes d'État.

La fixité des caractères nationaux est liée à la fixité même de la race, placée elle-même sous la dépendance des facteurs biologiques et psychologiques dont les principaux sont les suivants :

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