Les caresses
L'amour que je sens, l'amour qui me cuit, Ce n'est pas l'amour chaste et platonique, Sorbet à la neige avec un biscuit ; C'est l'amour de chair, c'est un plat tonique.
Ce n'est pas l'amour des blondins pâlots Dont le rêve flotte au ciel des estampes. C'est l'amour qui rit parmi des sanglots Et frappe à coups drus l'enclume des tempes.
LES CA.RESSES
C'est l'amour brûlant comme un feu grégeois. C'est l'amour féroce et l'amour solide.
Surtout ce n'est pas l'amour des bourgeois. Amour de bourgeois, jardin d'invalide !
Ce n'est pas non plus l'amour de roman, Faux, prétentieux, avec une glose Desij de pourquoi, de mais, de comment. C'est l'amour tout simple et pas autre chose.
C'est l'amour vivant. C'est l'amour humain. Je serai sincère et tu seras folle, Mon cœur sur ton cœur, ma main dans ta main. Et cela vaut mieux que leur faribole I
C'est l'amour puissant. C'est l'amour vermeil.
Je serai le flot, tu seras la dune.
Tu seras la terre, et moi le soleil.
Et cela vaut mieux que leur clair de lune!
Le jour où je vous vis pour la première fois,
Vous aviez un air triste et gai : dans votre voix
Pleuraient des rossignols captifs, sifflaient des merles;
Votre bouche rieuse, où fleurissaient des perles,
Gardait à ses deux coins d'imperceptibles plis;
Vos grands yeux bleus semblaient des calices remplis
Par l'orage, et séchant les larmes de la pluie
A la brise d'avril qui chante et les essuie ;
Et des ombres passaient sur votre front vermeil
Comme un papillon noir dans un rais de soleil.