UN MIRACLE
Pour embaumer ses toilettes,
Je lui cueillais Des roses, des violettes
Et des œillets.
Sur sa figure rosée,
Je fis ce jeu De secouer la rosée
Pour rire un peu.
"Se cambrant à la renverse,
Le cher trésor Ferma vite sous l'averse
Ses longs cils d'or.
Elle enflait ses belles joues
Et suffoquait, Et soufflait avec des moues
Sur le bouquet.
Et soudain les fleurs follettes,
Filles du sol, Œillets, roses, violettes.
Prirent leur vol,
Et partirent vers les nues
En tourbillons.
Les fleurs étaient devenues
Des papillons.
LA NOCE FEERIQUE
La noce sera belle et riche galamment.
Sur la route, où l'or fin nous servira d'arène, Aux chevaux pomponnés je lâcherai la rêne, Et notre dais d'azur sera le firmament.
Je serai cuirassé de velours, moi, l'amant. Vous serez en dentelle et satin, vous, la reine. Nous aurons pour parents notre vieille marraine Qui nous donne le grand soleil, son diamant.
Et tous les amoureux viendront à la soirée
Où chantera la Nuit dans sa robe moirée.
Tous viendront, les oiseaux, les fleurs, les papillons.
Ils seront deux à deux et salueront par paire
En me disant : i Seigneur, nous nous émerveillons
De voir qu'un homme ait pris l'idéal pour beau-père. »
Si tu veux, m'amour, ce soir Nous nous en irons derrière La maison, pour nous asseoir Où commence la clairière.
Là, je veux, l'oreille au vent, Te bien faire entendre comme Les grands arbres en rêvant Parlent tout haut dans leur somme.
Ainsi qu'un vague soupir, Tu sentiras une à une Leurs musiques s'assoupir Sous les baisers de la lune.
Nous ne parlerons de rien; Nous ferons un grand silence Jusqu'à temps qu'ils dorment bien Dans la nuit qui les balance.
Alors, folle, entre mes bras Tu riras de ne rien dire, Et tu les éveilleras Avec cet éclat de rire.