‹ Les caressesChapitre 17 sur 85 · LE SOLEIL PAUVRE · texte numérisé non relu

LE SOLEIL PAUVRE

Vois-tu le soleil d'hiver, Comme il est blanc, le pauvre homms!

Comme il a l'air triste, et comme De haillons il est couvert!

Ces haillons sont fait dé brume Que met en loques l'autan.

Le vieux soleil grelottant Dans le ciel brouillé s'enrhume.

Pendant qu'ici nous plaçons Nos pieds sur Ja cheminée, Sa face parcheminée A pour barbe des glaçons.

Nous grillons notre pantoufle Contre le chenet ardent.

Lui, là-haut, nous regardant.

Sur ses doigts roidis s'essouffle.

Le gel lui gerce la peau.

Son nez coule comme un cierge.

On dirait un vieux concierge.

Tiens! il tire son chapeau.

0 m'amour, quelle ruine!

Lui qu'on vit incendiant Tout le ciel, ce mendiant Tend la main dans la bruine.

Roulant des yeux en dessous, Il quémande, pitoyable.

Jadis il nous fut bon diable.

Il faut lui donner deux sous.

A ce roi chassé du trône, Pour le réchaufl'er un peu.

Envoie aussi fort qu'on peut Ton baiser comme une aumône.

oO LES CARESSES

Tu me demandes, rieuse

Curieuse, Combien de jours il y a.

Combien de jours que je t'aime?

Prends-toi même La branche d'acacia,

Prends et casse celte branche

Toute blanche De fleurs moins blanches que loi, Compte les fleurs et les feuilles

Que tu cueilles Une par une, et dis-moi

Combien les fleurs et les feuilles

Que tu cueilles Sont sur tout l'acacia; Alors, depuis que je t'aime

Dis toi-même Combien de jours il y a.

o2 LES CARESSES

C'est le malin. A la fenêtre grande ouverte

Tu viens respirer l'air de la ramure verte,

Et tes yeux sont encore imprégnés de sommeil.

Aussi, pour les garder des baisers du soleil,

As-tu mis sur ta tête un grand chapeau de paille.

Quel chapeau merveilleux, étrange! Une broussaille

De rubans clairs, de fleurs folles s'ébourifl'ant,

Un nimbe de féerie à ton minois d'enfant.

Pour goûter la fraîcheur du jour tu te recueilles.

Tous les petits oiseaux dans leurs maisons de feuilles

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TLORÉAL

Redoublent de chansons et de cris éclatants

A voir s'épanouir en toi tout le printemps.

Moi j'admire, dans la fenêtre grande ouverte,

Le bouquet chaud que mêle à la ramure verte

Ton chapeau d'arc-en-ciel, jardin des sept couleurs,

Tout fleuri de rubans, tout rubanné de fleurs.

Ehl oui, c'est toi la plus forte!

Entre tes mains je serai La plume ou la feuille morte Que le vent roule à son gré.

Avec un simple sourire.

Même un tradéridéra, Tu me feras faire et dire Tout ainsi qu'il te plaira.

Je conviens que ta magie Fait de moi ce que tu veux.

Tu mates mon énergie Sous le fouet de tes cheveux.

Tu peux avec une amorce JVI'irriter ou m'apaiser.

Tu peux engluer ma force Dans le miel de ton baiser.

Un mot de ta lèvre rose, Voilà ma bible et ma foi.

Je suis ton bien et ta chose.

Mais aussi, je sais pourquoi!

Et quand je courbe la tête, Je me dis, tout en rampant :

« Patience! le poète Est un charmeur de serpent. *

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