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LES POISONS INUTILES

J'avais pris en dégoût les fadeurs de la rose, Héliotropes, lis, violettes, œillets.

C'étaient les sombres fleurs que de pleurs on arrose, C'étaient les fleurs de deuil qu'en ce temps je cueillais.

Absinthe blanchissante aux feuilles découpées, Ombelles de ciguë à l'ombre des vieux murs. Langues de jusquiame ayant des fils d'épées, Pommes de mandragore, astres des lieux obscurs,

Ellébore de nuit qui rosis les collines,

Aconits d'or, ors verts, ors jaunes, ors vermeils,

Datura, dont le fruit armé de javelines

Berce en son orbe creux un nid de lourds sommeils,

Pétale blanc piqué de points noirs, belladone, Fleurs de deuil, fleurs de mort embaumant les poisons. Vous formiez le bouquet dont j'ornais ma Madone, Vous qui soûlez les cœurs et tuez les raisons.

J'espérais la dompter quand elle serait morte, Et je comptais ainsi n'en être plus jaloux. Mais plus que vos poisons la Madone était forte. Elle riait, montrant ses dents comme les loups;

Elle noyait sa face au fond de vos calices, Buvait à pleins poumons la mort qui débordait, Et sa bouche si rose, avec d'âpres délices, Etait plus rose encor quand elle vous mordait.

XYIII

Sur mon beau jasmin d'Espagne Trois oiseaux de la campagne Ce matin se sont posés.

J'ai dit : « Puisque je vous loge, Chantez-moi deux mots d'éloge Pour ma mie et ses baisers. »

Le pinson et l'alouette Ont fait une pirouette, Et sont partis tout à coup.

Le troisième, d'un air grave.

Pour qu'en mon cœur je le grave, Reste et dit: « Coucou! coucou! »

Et pourtant la marguerite Où notre amour est écrite, Blanche autour d'un bouton d'or, La fleur charmante et fatale Toujours au dernier pétale Dit que tu m'aimes encor.

Elle dit, la pâquerette :

t Un peu, beaucoup » et s'arrête Avec « passionnément ».

Mais c'est une fleur, et dame!

Une fleur n'est qu'une femme.

Peut-être bien qu'elle ment.

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