PLONGEON
C'est bien fait! Je me suis conduit comme un oison. Au lieu de suivre en paix le fil de ta rivière, J'ai fait le beau plongeur au fond d'une englivière Où les limons bourbeux s'entassaient à foison.
J'en suis sorti sans souffle et pris de pâmoison Malgré mon cœur si fort et mon humeur si fière. On dut me rapporter au dos d'une civière. J'étais bleu comme si j'avais pris du poison.
Et voilà ce que c'est que de n'être passage! Je n'avais qu'à flotter, admirant au passage Les arbres, les coteaux, les nuages, le ciel.
J'aurais nagé longtemps, les yeux ravis d'extase. Le courant me berçait aussi doux que du miel. J'ai voulu voir le fond, et j'ai bu de la vase.
Du pic de la cime haute Je suis tombé comme un fou Et me suis rompu le cou.
C'est bien fait, car c'est ma faute.
Je n'avais qu'à rester coi.
Mais j'ai voulu, trop rapace, Saisir le bonheur qui passe Et le retenir. Pourquoi?
Dans le ciel, à tire-d'aile, Comme il planait d'un vol sûr, Je pouvais bien dans l'azur Le suivre d'un œil fidèle.
Mais, plein d'un fauve appétit, Sans calcul, sans frein, sans règle, J'ai fait comme le grand aigle Qui veut nourrir son petit.
En voyant s'enfuir ma joie, J'ai voulu la raccrocher, Et j'ai contre le rocher Brisé moi-même et ma proie.