‹ Les caressesChapitre 71 sur 85 · ENVOI · texte numérisé non relu

ENVOI

0 toi qui commis l'attentat, Femme, voici, pour la dépense De la croix de mon Golgotha, Quarante sous de récompense.

Je veux chanter ma folie En jouant du mirliton, Mettre à ma mélancolie Un nez en carton,

Et rire, et faire des frasques, Sauter, crier dans un bal, Suivre le troupeau des masques, Gomme un carnaval.

NIVÔSE 24a

Je donnerai la venette Aux épouses des badauds En pinçant leur gorge honnête Dans le bas du dos;

Et je casserai les vitres Avec mes poings et mes pieds; Je serai le roi des pitres Et des hurlubiers.

Mais en vain je fais le brave Et je raille mes chagrins ; Ils dominent d'un ton grave Le bruit des crincrins.

Mes sanglots de douleur folle Ont crevé le mirliton, Et mon flux de pleurs décolle Le nez en carton.

244 LES CARKSSES

LES CRUCIFIES

Les vrais crucifiés, ce sont les amoureux.

Ils sont cloués vivants aux bras de la femelle;

L'épine dérisoire à leurs cheveux se mêle ;

Le sang perle en sueur sur leur front douloureux:

Et quand les rouges pleurs tombent de leurs yeux creux.

Aucun ange ne vient rafraîchir de son aile

La brûlure du trou béant à leur mamelle;

Un Dieu n'entr'ouvre pas le ciel exprès pour eux.

Pas même un bon larron ! Golgotha solitaire ! Le désespoir qu'ils ont au cœur, il faut le taire. Ou, s'ils osent crier « Ijimma Sabacthani »,

Leur croix, la femme, au vent railleur se prostitue ; Et, sentant qu'avec eux leur amour est fini, Ils meurent en doutant de la foi qui les tue.

Page 1