SONNET RENAISSANCE
D'un pas leste et galant sautant hors du bateau, Un grand seigneur, en très somptueux équipage, Pose ses doits gantés sur l'épaule du page Qui porte dans ses bras l'épée et le manteau.
Le compliment en vers qu'on remettra bientôt Est barbouillé par un pédant sur une page, Et les musiciens en chœur font du tapage Sous la fenêtre ouverte et sombre du château.
De son retrait, la dame entend voix et guitares, Tandis que son mari, triste, en proie aux catarrhes, Fait dans l'herbe du parc tendre maint piège-à-loups.
Mais près du mur, caché dans l'ombre, sur la pierre, Pour donner un grand coup d'estoc au vieux jaloux, Le rouge spadassin aiguise sa rapière.
SONNET AATATTEAU
Celle-là ne connaît ni jeûnes ni vigiles. Elle est sur l'herbe, auprès des débris d'un festin. Son nez moqueur a l'air de narguer le destin. Elle épluche des fruits avec ses doigts agiles.
Au loin vogue un bateau dont les agrès fragiles Tendent dans le ciel bleu des voiles de satin. C'est lui qui va mener au pays clandestin La troupe d'Arlequins, de Bergers et de Gilles.
A quoi songe la belle enfant aux doigts rosés? Sur sa bouche rieuse où chantent des baisers Elle écrase les sœurs de ses lèvres, les fraises;
Et dans son blanc peignoir fleuri de falbalas, Elle ressemble au beau nuage plein de braises Qui monte de Cythère, à l'horizon, là-bas.