A RAOUL
Lorsou'aveg les sons Dont tu les complètes,
968 LIVRE GINQUI^MP.
Tu fais des chansons De mes odelettes, Mille aspects divers De grâce physique Naissent dans mes vers Avec ta musique I
A ta seule voix, Tout en eux s'éveille fit vit à la fois.
rare merveille !
A ma vigne en fleur, A ma moisson mûre, Tu rends la couleur Avec le murmure!
Au ciel rougissant De clartés sans voiles, La nuit en naissant Frissonne d'étoiles , Et sous les berceaux Où sa voix touchante Ravit les ruisseaux, Le rossignol chante!
La biche qui court Parmi les charmilles, S'arrête tout court , Et des jeunes filles Soiis tes feux tremblants , lune incertaine, Lavent leurs pieds blancs Dans une fontaine.
C'est sous le bouleau, Dont les feuilles sombres Découpent dans Teau De légères ombres, Et lorsqu'un éclair Montre leurs visages, On sent courir l'air Dans ces paysages 1
Derniers enchanteurs Des âmes en fêle, divins chanteurs, Qui sur notre tête Agitez encor D'une main hardie Les clochettes d'or De la mélodie 1
Dans l'azur secret, Un sylphe voltige Sur votre forêt Où tout est prestige.
Chaque art a le sien, Mais rien ne s'achève, musicien, Qu'avec votre jôve l
Le monde amoureux De la Poésie Se sent plus heureux Lorsqu'il s'extasie Aux accords si doux Nés de ce délire,
■AMÉhaM— ^
290 LIVRE GINQUIÈUB
Mais c'est toujours vous Qui tenez la lyre I
AiMONS-nous et dormons Sans songer au reste du monde I Ni le flot de la mer, ni l'ouragan des monts, Tant que nous nous aimons Ke courbera la tête blonde, Car Tamour est plus fort Que les Dieux et la Mort !
Le soleil s^éteindrait Pour laisser ta blancheur plus pure, Le vent, qui jusqu'à terre incline la forêt,
Eh passant n'oserait Jouer avec ta chevelure.
Tant que tu cacheras
Ta tête entre mes brasl
Et lorsque nos deux cœurs S'en iront aux spjières heureuses Où les célestes lys écloront sous nos pleurs, Alors, comme deux fleurs Joignons nos lèvres amoureuses, Et tâchons d'épuiser La Mort dans un baiser !
A PHILOXÈNE BOTER
DAVID, tendre comme les femmes, Dans un chant aux notes divines, Pour faire soupirer deux âmes Croise des rimes féminines.
La Volupté ravie embrase Tout ce cantique des cantiques, Et jamais si suave extase Ne charma les odes antiques.
On dirait deux blanches colombes Que les feux de Tamour meurtrissent, Roucoulant au-dessus des tombes
Au mois où les roses fleurissent.
Si, comme toi, dans sa campagne Où passe une voix enchantée, J^avais vu la blonde Allemagne Frémir sous la nuit argentée,
J'aimerais écrire un poème Dans ce rhylhme des cœurs fidèles, Aussi doux que le mot ' Je t'aime.
Et rempli de langueurs mortelles.
Et, comme dans une peinture Où se lamente le génie, Toutes les voix de la nature Pleureraient dans ma symphonie.
202 LIVRE CUVQUIÈME