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lié vis-à-vis de la Rassie au sujet de Constantinople dès son voyage de 1912 à Pétersbourg. C’est lorsqu’elle l’a appris, au cœur de l’hiver 1914- 1916, qu’elle a décidé l’expédition aux Dardanelles. Vous pensez bien que, du moment où la Russie entendait prendre Constantinople, l’Angleterre s’empresserait de prendre elle aussi ses sûretés en occupant Lemnos et Gallipoli. Elle n’a jamais eu l’intention de prendre Constantinople. i C'est pour cela qu’on a tort de croire en France que l’expédition des Dardanelles est un échec.
Ce n’est pas un échec pour l’Angleterre, puisqu’elle a obtenu ce qu elle voulait. La Russie occupera peut-être la porte du Bosphore, mais l’Angleterre tient dès à présent les clefs des Dardanelles.
— Je crois qu’il y a beaucoup d’esprit de l’escalier dans cette version. C’est une explication après coup de l’échec très réel que les Alliés ont subi. Mais il y a tout de même dans ce qu’011 vous a dit une part de vérité. L’Angleterre a pris ses sûretés.
— Oui, et croyez bien que c’est pour en prendre d’autres qu’elle a occupé Salonique.
Mon idée (mais là-dessus je n’ai pas reçu de confidences), c’est qu’on se dit à Londres, en outre, que Salonique peut fournir le moyen de s’entendre avec l’Autriche.
Gandolphe.
11 novembre 1915.
Qui fait les frais de LŒuvre? Hennessy.
Téry raconte que la nuit dernière, à deux heures du matin, un agent secret est venu le trouver de la part du préfet de police, et lui a dit, après avoir décliné ses qualités « d’agent secret » ( 1 ), que, s’il publiait le manifeste des socialistes allemands, L’Œuvre serait saisie. L’Humanité avait déjà imprimé ce manifeste, mais la censure en a exigé l’échoppement.
Renaudel s’y est soumis en maugréant, mais s’y est soumis.
Gandoiphe est censeur militaire, mais ne s’occupe pas de censure politique.
Il est exact que la lettre de démission de Delcassé met en cause le président de la République, et que pour cette raison-là elle est impubliable. La réponse que Viviani lui a adressée est outrageante. Delcassé aurait offert de retirer sa lettre de démission, mais cela n’aurait pas .été jugé faisable.
Delcassé est parti pour Beaulieu. Il n’a vu presque personne avant de partir.
Le médecin militaire inspecteur en chef Delorme, qui déclarait le 3 août 1914 à l’Académie des sciences que « les blessures de guerre étaient aseptiques », hérésie qui a coûté la vie à des centaines, peut-être des milliers de blessés, est le même qui, avant la guerre, ordonnait de faire les amputations dans les hôpitaux militaires sans anesthésier les malades, pour la raison, disait-il, qu’il fallait habituer en temps de paix les médecins à opérer des malades non endormis, les opérations devant être faites sur le
champ de bataille sans le secours du chloroforme.
Tsokoff. 19 novembre igi5.
Panafieu lui a dit que les premiers généraux auxquels Ferdinand a offert le portefeuille de la Guerre au moment du traité germano-bulgare ont tous mis comme condition à leur acceptation qu’aucun officier allemand ne serait admis à exercer un commandement dans l’armée bulgare. Le Tzar, s’étant déjà engagé à incorporer dans son armée un assez grand nombre d’officiers allemands, a dû appeler au ministère de la Guerre le général [an blanc].
Un jeune Rodzianko, furieux de n’avoir pas été invité à une soirée de la comtesse Klein michel, fit courir dès les premiers jours de la guerre le bruit qu’elle avait été arrêtée et pendue. C’est la princesse K... qui lui aurait dit : « On a fait courir le bruit que vous étiez une espionne, mais je ne l’ai pas cru. — Et moi, aurait dit la comtesse, on m’a dit que vous trichiez au jeu, et je l’ai cru. »
Comtesse J. de Montebello. Novembre iqi5.
Quelqu’un qui a assisté à un des derniers déjeuners donnés par Isvolsky à des Russes de passage m’a dit que pendant tout le repas on avait parlé russe afin de n’être pas compris par
les domestiques, et qu’Isvolsky et plusieurs de ses invités n’avaient cessé de dénigrer la France et son armée, en prétendant que l’armée russe était la seule qui tînt tête vaillamment à l’invasion allemande.
Herbette. 22 novembre 191 5 .
J’ai vu Freycinet avant-hier. Conversation d’une heure. Je lui ai parlé très sincèrement. Quand il a accepté d’entrer dans Je ministère, Briand lui avait dit qu’il serait seul ministre d’État, qu’il aurait la vice-présidence du Conseil, que Malvy ne resterait pas. Aucune de ces promesses n’a été tenue. Par jalousie, Ribot a fait des objections en ce qui concerne la vice-présidence, et a défendu Malvy. Herbette a dit à Freycinet que dans ces conditions il n’aurait pas dû accepter, qu’il était plus utile comme président des deux grandes commissions du Sénat ; on l’en a fait partir, on l’a joué. Freycinet a reconnu que tout cela était vrai. Herbette a dit : « Vous devriez saisir la première occasion de vous retirer, en tous cas avant le i cr janvier. — Je n’attendrai pas si longtemps », a dit Freycinet, et Herbette a eu l’impression que Freycinet ne serait plus ministre le 1 e1 décembre. On ne lui montre rien. On l’a rèlégué au premier étage, au quai, et il est là à grelotter, abandonné et inutile.
Freycinet a dit à Herbette : « J’ai assisté au
Conseil qui a eu lieu à l’Élysée entre les ministres anglais et les nôtres la semaine dernière. Les Anglais m’ont fait une impression médiocre ; ils m’ont paru inférieurs même aux nôtres. »
Herbette. i cr décembre 1915.
Freycinet disait avant de revenir au pouvoir : « Nous ne pourrons pas percer les lignes allemandes. )) Il se taisait sur la réciproque. Aujourd’hui, il affirme qu’il a maintenant la certitude absolue que les Allemands ne pourront pas percer les lignes françaises. En outre, il est devenu un très chaud partisan du général Jofîre. Il considère son maintien comme indispensable, et il dit que, ayant été conférer avec lui au quartier général, il a été très frappé de son ascendant sur les commandants d’armée.
Gérard. i er décembre igi5.
Jules Cambon se lamente sur la situation fausse qui lui est faite au ministère. O11 ne l’écoute pas, on ne tient aucun compte de ce qu’il dit. — Alors faites des notes par écrit, pour qu’il en reste quelque chose.
Gérard. 28 décembre 1915.
Denys Gochin a raconté à Gérard que lui, Sarrail, Mario et Kitcliener se sont tous les quatre prononcés pour l'évacuation de Salonique. Cochin avait promis à Sarrail, en quittant Salonique, de faire connaître sa manière de voir au gouvernement français et de la défendre ; quant à Kitchener, il s'était exprimé dans le même sens sans aucune réserve, et il avait même commis l’imprudence de communiquer son opinion au roi Constantin avant d’en avoir conféré avec le gouvernement anglais. C’est ce qui explique l’altitude du roi de Grèce, qui, après avoir entendu Kitchener, ne pouvait pas douter que l’évacuation aurait lieu.
A Paris et à Londres, on ne fit d’abord aucune objection. Le gouvernement anglais adopta la manière de voir de Kitchener, et, lorsque les ministres anglais et français se réunirent à Calais, Briand se rangea sans résistance à l'opinion de Sarrail et de Kitchener. En Conseil des Ministres, à Paris, la thèse de l’évacuation fut soutenue avec beaucoup de talent et d’arguments par Freycinet. Mais, après lui. Bourgeois prit la parole, et alors commença le revirement. Bourgeois fît remarquer qu’une question de cette importance ne pouvait être résolue sans le concours de tous nos alliés, et particulièrement de la Russie et de l’Italie. On prit' l avis de Pétersbourg et de Rome, et, les deux gouvernements s’étant prononcés pour le maintien à Salonique